L’auteure et psychiatre Lyne Vanier a discuté d’intimidation, de harcèlement et de suicide chez les jeunes, mercredi midi, au Salon du livre, en compagnie de l’animatrice Sophie Gagnon.

Salon du livre: briser le tabou du suicide

Le beau temps successif à une inattendue bordée de neige printanière et une manifestation de chauffeurs de taxi autour de l’Assemblée nationale n’ont pas empêché des milliers de fervents de lecture de se présenter mercredi, au Centre des congrès, pour l’ouverture du 60e Salon international du livre.

Aux premières loges, arrivées en autobus scolaires, les traditionnelles et bruyantes cohortes d’élèves qui ont pris d’assaut les stands consacrés à la littérature jeunesse. Le premier rendez-vous littéraire du midi leur était d’ailleurs consacré, avec l’auteure et psychiatre Lyne Vanier, venue discuter de son plus récent ouvrage, À deux pas de l’abîme, qui aborde les thèmes du harcèlement, de l’intimidation et du suicide.

Selon Mme Vanier, il faut ne pas avoir peur d’aborder un sujet délicat comme le suicide auprès des jeunes, histoire de mettre à leur disposition un espace de discussion. «Nier la réalité ne la fait pas disparaître. Il faut oser. C’est de ne pas en parler qui est dangereux», croit l’auteure jeunesse qui a déjà fait état de ces thématiques dans Pierrot et l’été des salamandres, Liaisons dangereuses.com et Le silence des autres.

En parler oui, mais certainement avec «plus de douceur» que dans la télésérie 13 Reasons Why, où le suicide est abordé de façon frontale, dans des passages parfois explicites. «Ce n’est pas nécessaire d’aller aussi loin», estime-t-elle.

«Ça le suit partout»

L’intimidation emprunte aujourd’hui un nouvel aspect face à la popularité des réseaux sociaux. Avec, comme résultat, que le jeune doit composer avec cette «triste réalité» à longueur de journée, même à la maison. «Ça ne s’arrête plus à l’école, ça le suit partout.»

Dans son allocution, la spécialiste a fait référence à l’ouvrage The Bully Society, paru en 2012, où Jessie Klein, dans la foulée des tueries survenues dans les écoles américaines, propose la création d’une «communauté de courageux» où sont mises de l’avant des valeurs comme la compassion, l’empathie, l’entraide, l’éloge de la différence et la collaboration.

«Face à l’intimidation, les discours font souvent boy scout. On dit aux jeunes de se tenir debout même si c’est difficile, mais c’est prendre le problème à l’envers. Avec un partage de ces qualités communes dans les écoles, si un jeune se fait écoeurer dans le corridor, il y aurait quelqu’un pour le défendre. Il faut pour cela être capable de se mettre à la place des autres. L’empathie a toujours été une grande valeur qui a permis à l’humanité de pousser vers l’avenir.»

Par contre, déplore Mme Vanier, le livre a été écrit avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, partisan de la loi du plus fort et d’un discours voulant que la réussite passe par une volonté d’«écraser les autres»…

+

SUCCÈS POUR UNE VILLE, UN LIVRE

La première édition à Québec d’Une ville, un livre a connu un franc succès. L’évènement invitait les gens de la capitale et ses environs à lire le récent Les chars meurent aussi de Marie-Renée Lavoie afin de participer à des clubs de lecture et puis à rencontrer la romancière de Québec. En 26 jours, on a dénombré pas moins de 518 prêts du livre; 890 réservations; et 611 copies vendues — le roman s’est même retrouvé en 3e position des ventes sur le site leslibraires.ca. «C’est une expérience extrêmement grisante pour une autrice de voir Québec tendre la main vers son roman et lui offrir quelques précieuses heures volées au quotidien pour plonger dans son univers. J’en ressors émue et bouleversée», a fait savoir Mme Lavoie. L’initiative de la Ville de Québec maintenant complétée, l’auteure du Dernier camelot (2018) est l’invitée d’honneur, jeudi, du Salon du livre.  Éric Moreault