Salomé Leclerc a finalement porté plusieurs chapeaux pour la création de son dernier album, d’abord auteure-compositrice-interprète, mais aussi de musicienne à réalisatrice.

Salomé Leclerc seule aux commandes

Salomé Leclerc a souvent parlé d’elle-même à la troisième personne au cours de notre entretien. Pas parce qu’elle se prend pour une autre, rassurez-vous. Mais l’auteure-compositrice-­interprète s’est tellement attribué de rôles dans la création de son nouvel album — fin seule, elle a écrit, composé, arrangé et réalisé ses nouvelles chansons, en plus de jouer de la majorité des instruments — qu’il a bien fallu qu’elle compartimente!

Pour son troisième effort, Les choses extérieures (en magasin vendredi), la musicienne a décidé de tester ses limites. «Je ne pensais jamais me rendre aussi loin dans l’autosuffisance, si on peut dire», estime celle qui présentera ses nouvelles compositions au Théâtre Petit Champlain le 22 novembre. «Ça m’a pris beaucoup de temps. Ç’a été de loin le plus grand défi de ma carrière», ajoute-t-elle. 

Pour Salomé Leclerc, la mission initiale en était une de réalisation. Après avoir travaillé avec la Française Emily Loizeau pour son premier album (Sous les arbres, 2011) et coréalisé le deuxième (27 fois l’aurore, 2014) avec son complice Philippe Brault, l’heure était venue d’entrer en studio seule aux commandes. «C’est comme si depuis toujours, je voulais en arriver là», résume la principale intéressée, qui a poussé le travail solo plus loin en allant jusqu’à jouer elle-même de la plupart des instruments… Chose qui n’était pas prévue au début du processus. «Trois jours avant le studio, les gars étaient callés pour venir [jouer]», confirme Salomé Leclerc à propos des Philippe Brault et José Major, qui l’accompagnent sur les planches. Et c’est justement en songeant à cette expérience qu’elle s’est ravisée, évoquant un souci de «protéger la chanteuse de la guitariste» en elle.

«Ça se passe comme ça en show: la guitariste tripe et elle veut les accoter. Et elle les accote souvent, je pense. Mais elle prend beaucoup de place. Ensuite, il y a la chanteuse qui se rajoute peut-être plus timidement par-dessus tout ça», décrit l’artiste au timbre texturé, qui oscille entre une chaleur un brin rauque et des teintes plus aériennes.

«J’avais l’impression d’échapper quelque chose, reprend-elle. Je suis vraiment contente d’avoir écouté la petite voix en moi, qui était bien intimidée de leur dire ça. C’est quand même un gros move, parce que tu doutes beaucoup, aussi, dans des moments comme ça. Finalement, c’était la voie à prendre. Je voulais laisser le plus possible la place à la voix et aux textes. Mais ç’a fait en sorte que j’ai été plus musicienne que jamais parce que finalement, j’ai joué de tout.»

L’ensemble fait la force

La culture du simple — à laquelle contribuent les plateformes de diffusion en continu —, très peu pour Salomé Leclerc. «J’écris vraiment un tout, un ensemble, confirme-t-elle. Dès la première chanson, je vois le vinyle. Ma manière d’écouter la musique, c’est par albums, aussi. J’y vais très rarement par playlists. Je suis encore nourrie par ça. C’est l’ensemble qui fait la force de la chose.»

Pour ce troisième chapitre de sa discographie, l’auteure-­compositrice-interprète avait plus que jamais la volonté de sortir du cadre: elle, des instruments et toutes les voies ouvertes. «C’est vertigineux, avance-t-elle. Ma volonté dans tout ça, c’était de me retrouver en studio avec un preneur de son. Je voulais une liberté totale. Je voulais fabriquer mon album de la même manière que je fais mes maquettes, chez moi.»

Les consignes laissées au preneur de son Sébastien Blais-Montpetit étaient claires : «Seb, tu enregistres tout!» cite Salomé Leclerc. En résulte toutes sortes de petits sons fantômes qui s’invitent ça et là sur Les choses extérieures. «Pour moi, c’est une manière d’amener le côté brut que je voulais sur l’album, précise-t-elle. Je voulais ce côté naturel. Je ne voulais rien dénaturer, rien aseptiser. Ça ajoute un côté très chaleureux à la chose.»

De quoi aussi offrir à la créatrice beaucoup de matière première pour ce qu’elle décrit comme un «bricolage», où certains éléments ont été coupés d’une pièce pour finalement se retrouver dans une autre, par exemple. De quoi aussi influencer la forme plus libre des chansons, qui s’offrent souvent des détours mélodiques et des changements d’ambiances.

«C’est comme des petits films. C’est peut-être à cause du collage. J’y serais probablement difficilement arrivée avec d’autres musiciens, parce que je me serais juste laissée emporter par un riff et on aurait fait une toune avec ça», observe la musicienne, pour qui le processus de création s’apparente à du «débroussaillage», à une avancée «à tâtons». 

À mi-parcours, Salomé Leclerc est d’ailleurs allée chercher le regard extérieur d’Antoine Corriveau, dont l’apport a finalement été si significatif qu’elle lui a donné le titre de directeur artistique. «Je lui parlais de ma production, je lui disais que la réalisatrice commençait à douter, qu’elle n’était pas toujours convaincue, relate-t-elle. Et quand la réalisatrice n’est pas convaincue, l’auteure-­compositrice ne l’est pas plus… Et l’arrangeuse ne sait pas où se garrocher dans ce temps-là. Il m’a dit: “envoie-moi les chansons, je suis bien willing de les écouter et de te donner mon avis”. C’est parti simplement de ça.» 

Outre son spectacle à Québec le 22 novembre, Salomé Leclerc fera notamment escale à Gatineau, Montréal, Trois-Rivières et Ottawa d’ici au printemps.

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EN RAFALE

Un livre: Nirliit de Juliana Léveillé-Trudel. C’est d’une poésie [qui me laisse] sans mot. J’ai découvert cette auteure par ce livre-là. Ça m’a beaucoup, beaucoup parlé. C’est rare que je termine un livre aussi vite. Ça me prend du temps, généralement. C’est tellement touchant, tellement beau. C’est vraiment très poétique. 

Une exposition: Leonard Cohen au Musée d’art contemporain de Montréal. Pour l’ensemble de l’œuvre, c’était vraiment tripant. Il y avait de la vidéo, il y avait une reproduction de la pièce où il travaillait. Ça m’a beaucoup interpellée. 

Un album: IRM de Charlotte Gainsbourg, réalisé par Beck. On dirait que j’ai décroché depuis son dernier disque, mais avant ça, c’était une grande, grande référence pour le son. Surtout sur cet album-là. Je trouve que Beck avait vraiment apporté quelque chose en cohésion parfaite avec la voix de Charlotte, qui n’est pas si puissante. Autant je l’entends comme très brut, je trouve que ça va vraiment avec la voix de Charlotte. 

Un musicien: Philippe B. Pour ses textes. Je pense à lui parce que je l’ai croisé dernièrement et ça m’a rappelé à quel point ses livrets de textes ont été présents sur mon bureau pendant l’écriture de ce disque-là. Et c’est comme ça depuis le début. Philippe B m’inspire depuis toujours. 

Une ville: J’allais dire Paris, mais ça va trop de soi. Alors je vais dire Sainte-Luce-sur-Mer. Depuis toujours, on dirait que le Bas-Saint-Laurent, c’est ma région, même si ce n’est pas ma région [d’origine]. C’est juste magnifique. Il y a la plage, il y a une promenade sur le bord de la plage… Tout sent bon, tout est beau. Avec la promenade et les lampadaires, il y a un petit quelque chose d’européen. C’est super accessible et c’est resté quand même simple comme village. Oui, il y a beaucoup de touristes, mais le développement est resté local. 

Une figure politique: Jean-Martin Aussant. J’ai découvert l’homme politique avant l’humain, avant l’ami. C’était quelqu’un qui m’inspirait beaucoup déjà. Je l’ai côtoyé dans le projet Légendes d’un peuple, il a été pianiste sur ce show-là. J’ai découvert quelqu’un de profondément humain, de généreux, d’à l’écoute. Il est devenu un ami. Il a perdu ses élections, mais c’est peut-être pour un meilleur départ. On lui souhaite!

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Salomé Leclerc (Maude Audet en première partie)

• Quand: 22 novembre à 20h

• Où: Théâtre Petit Champlain

• Billets: 36$

• Info: theatrepetitchamplain.com