Le musicien malien Salif Keita vient de lancer ce qui constitue son dernier album en carrière.

Salif Keita: rattrapé par le temps

Salif Keita fait résonner ses rythmes aux quatre coins de la planète depuis maintenant un demi-siècle. Pour marquer le coup, le musicien malien a lancé en février un nouvel album. Il s’agit de son dernier en carrière. À l’aube de ses 70 ans, le pionnier de l’afro pop avoue trouver de plus en plus lourdes les contraintes du métier.

Joint à Bâle, en Suisse, où il donnait à la mi-juin le coup d’envoi d’une tournée européenne, Keita explique qu’une certaine lassitude commence à le gagner. «À mon âge, c’est devenu fatigant de faire un album et d’y consacrer deux ou trois ans. La façon de faire a également changé, il y a de plus en plus de technologies.» 

Les moyens manquent aussi, déplore-t-il, pour permettre de se produire en Occident. «Il y a de moins de moins de subventions accordées pour les tournées de musiciens africains, comparativement à ce que c’était il y a 15 ou 20 ans. Plus de la moitié des fonds ont été coupés par les gouvernements en dehors de l’Afrique. C’est devenu très difficile.»

La star malienne ne s’éloignera pas de la scène pour autant, mais c’est avec une certaine parcimonie qu’il acceptera les invitations. Entre-temps, il profite de l’été pour faire plaisir à ses nombreux fans en leur rendant visite à l’occasion de son «50/70 Summer Tour». Entre Bruxelles et Cartagène, en Espagne, le musicien traversera l’Atlantique pour venir offrir une performance au Festival Nuit d’Afrique de Montréal, au Festival d’été de Québec et au Celebrate Brooklyn Festival. 

Son groupe de neuf musiciens qui participe à la tournée est composé entre autres du joueur de kora Mamadou Diabate, du maestro guinéen de la guitare Djessou-Mory Kante, du percussionniste Molobaly Kone et de la chanteuse Bah Kouyate.

Ségrégation

Son ultime album, baptisé Un autre Blanc, se veut un clin d’œil à son statut d’albinos, une anomalie génétique qui affecte la production de mélanine et qui peut conduire à des troubles de la vue. Dans plusieurs pays d’Afrique, naître albinos est un véritable drame. Plusieurs sont tués et démembrés, leurs bourreaux étant convaincus qu’ils possèdent des pouvoirs surnaturels. «Les albinos sont victimes de la tradition. La seule façon de changer les choses demeure l’éducation.»

Par le biais de sa fondation, Salif Keita s’acharne donc à faire cesser cette stigmatisation et à faire disparaître les préjugés, lui qui a dû s’imposer pour faire carrière. «Mes parents ne voulaient pas que je fasse de la musique. Il a fallu que je m’impose, je n’avais pas le choix, il n’y avait pas d’autre alternative.»

De la même façon, le sort des immigrants africains l’interpelle au plus haut point. Déjà, il y a 20 ans, il venait au secours de ses compatriotes maliens dans la chanson Nous pas bouger. Les choses ne se sont guère améliorées, loin de là. «C’est de pire en pire, malheureusement. Les gens meurent sur les routes, dans le désert, dans la mer. Ils sont chassés partout. Il faut que quelqu’un dénonce cette misère.»

Salif Keita sera en spectacle au Festival d’été le 12 juillet, à 21h10, à la scène de place D’Youville.