Safia Nolin a fait honneur à son deuxième album de compositions, «Dans le noir», dans un spectacle fort bien monté et visuellement soigné, où la complicité avec son guitariste Joseph Marchand ne s’est pas démentie.

Safia qui rit, Safia qui pleure

CRITIQUE / Il y a deux Safia Nolin. La première a le don de nous bouleverser avec ses chansons tristes. La deuxième, par son naturel désarmant, fait souvent crouler son public de rire lorsqu’elle s’adresse à lui. Les deux étaient en grande forme, samedi soir au Grand Théâtre, pour la rentrée dans la capitale de l’auteure-compositrice-interprète.

Celle qui a poussé à Limoilou (plusieurs de ses collègues musiciens de Québec étaient d’ailleurs présents pour cette première) a lancé il y a quelques semaines son deuxième album de compositions, le bien nommé Dans le noir. Elle lui a fait honneur, samedi, dans un spectacle fort bien monté et visuellement soigné, où la complicité avec son guitariste Joseph Marchand ne s’est pas démentie.

Avec cinq pyramides en miroir pour décor, Nolin a lancé le bal cachée sous un drap, entonnant justement Miroir dans une sorte de pied de nez à tous les trolls qui l’ont attaquée à propos de son apparence physique dans les dernières années. La voix forte et une vulnérabilité assumée (elle y chante tout de même «je sais que c’est moi la plus laide»), le ton était donné. Dans le même ordre d’idées, elle chantera plus tard La laideur, tirée du premier album, dos au public et inondée d’une lumière la réduisant à une silhouette. Très bel effet. 

Parmi les moments forts, citons les touchantes livraisons de Belvédère et Les chemins, la visite éclair d’Ariel Engle le temps de cette Lesbian Break-up Song et La neige, qui s’est déployée dans une profusion de faisceaux lumineux. Notons au passage les reprises pas piquées des vers de Loadé comme un gun d’Éric Lapointe et de Belle, la locomotive de Notre-Dame de Paris censurée par Nolin, qui ne voulait pas chanter «la demoiselle serait-elle encore pucelle?». «Je trouve ça dégueulasse!» a-t-elle lancé avant de dénoncer Criminel, une autre chanson signée par Luc Plamondon et endisquée par Garou. «Ça fait rire personne, la pédophilie!» s’est-elle exclamée. La chicane a aussi eu droit à un hommage, impromptu, celui-là.

Au chapitre de la légèreté, la chanteuse allergique aux rappels a eu plus d’une occasion de dérider ses fans. Lors d’échanges décalés avec son complice Joseph Marchand, nous avons appris son amour des cœurs de palmier et celui qu’elle a surestimé du kimchi. Quand une spectatrice a lancé «le pot est légal, maintenant», Nolin a rétorqué du tac au tac que «c’est vraiment old news»! Et rappelant qu’elle avait été porte-parole de la Fête Arc-en-ciel, elle y est allée d’un «c’était malade, j’ai fait un speech après Régis!» bien senti. 

Le concert de samedi s’inscrivait dans une série spéciale chapeautée par Sirius XM et Pop Montréal alliant musique et bonne cause. Les recettes de vente de billets seront remises à l’organisme Les porteurs de musique, qui s’est donné pour mission d’amener la musique à des gens qui n’y auraient normalement pas accès (hôpitaux, instituts psychiatriques, centres de détention, etc.)

Le spectacle a été enregistré et on espère franchement que le résultat en vaudra la peine parce que cette quasi constante circulation sur scène et dans la salle avait de quoi irriter les spectateurs...

Stéphanie Boulay

En début de soirée, Stéphanie Boulay a donné un avant-goût de ce qu’elle nous a mijoté sur son premier album solo, Ce que je te donne ne disparaît pas, attendu le 2 novembre. Celle qui est souvent décrite comme la moitié blonde des Sœurs Boulay — «mais je suis un humain à part entière», a-t-elle tenu à préciser — ne semble pas s’éloigner trop de l’univers chansonnier qu’elle brode avec sa frangine, selon ce qu’elle a mis en vitrine samedi. Accompagnée au clavier d’Alex McMahon, réalisateur de son album, elle a interprété un bouquet de pièces épurées qui laissent transparaître une plume sensible. Elle a toutefois terminé ce rendez-vous avec Québec en tête à tête le temps de se mettre à nu — musicalement, on s’entend... — avec Ta fille, un premier extrait poignant.