Safia Nolin a choisi une nouvelle fois d’exposer sa vulnérabilité dans les chansons de son deuxième album, «Dans le noir», qui sort vendredi.

Safia Nolin: suivre sa route

«J’ai l’impression que mon deuxième album va parler d’anxiété. Ç’a vraiment pris une grosse place dans ma vie. Mais là, ça va full bien. Je suis contente, je m’en suis sortie.» La citation est de Safia Nolin. Mais pas de la Safia actuelle. Elle vient plutôt de la Safia de 2015, alors qu’elle venait de lancer «Limoilou», un premier album qui allait lui attirer des louanges par ses qualités musicales, mais, du même coup, la placer dans l’œil d’un public pas toujours bienveillant.

Trois ans après notre première rencontre, l’auteure-compositrice-interprète s’esclaffe — et se traite accessoirement de «conne»... — lorsqu’on lui rappelle ses propos du passé. Difficile de renier ce qu’elle avait prédit sur la teneur du deuxième disque: le bien nommé Dans le noir, attendu le 5 octobre, ne se démarque pas par sa trame hop la vie. C’est plutôt la naïveté de l’affirmation qui la fait maintenant tiquer.

«Je vais bien. Mais je pense que je confondais des trucs. À ce moment-là, j’avais pris le contrôle de mes crises de panique. Mais de l’anxiété généralisée, j’en fais vraiment beaucoup», nuance Nolin, l’air néanmoins serein, parlant de ses angoisses comme d’«un taureau qui ne s’apprivoise pas tant».

La fameuse pression du deuxième album, elle s’attendait à la ressentir. Elle avait été bien prévenue. Sauf qu’elle ne s’attendait pas à la vivre ainsi. Selon le récit de Safia Nolin, l’écriture de Dans le noir s’est faite somme toute assez aisément. Dans ses périodes de doutes, ses complices Joseph Marchand et Philippe Brault, qui coréalisent l’album avec elle, l’ont «aidée à faire le ménage». Ils l’ont aussi épaulée quand est venu le temps de forger ce son plus rugueux — «je rêvais de quelque chose d’un peu plus grunge», confie-t-elle —, où s’invitent parfois des sons captés «sur le terrain» ou pigés dans des vidéos d’archives familiales.

Pour celle qui dit souffrir de l’exercice de la comparaison (nombre de vues sur YouTube, nombre de pouces en l’air sur les réseaux sociaux, etc.), c’est plutôt le principe même de mettre ses tripes sur la table dans cette industrie et à cette époque qui a été matière à sueurs froides.

«Est-ce que c’est encore d’actualité de faire un album lourd et introspectif quand tout le monde fait juste consommer de la musique comme du fucking McDonald’s? s’interroge-t-elle. Moi, il n’y a pas d’anti-vomi dans mon album. C’est genre une grosse crisse de brique de beurre que tu bouffes en pleine face. C’est tough, mais il faut que j’arrête de me comparer à des gens qui ne font pas de la musique de même...»

Références plus claires

Si les sentiments qu’elle exprime dans ses chansons tristes sont sans équivoque, Safia Nolin reste généralement vague sur les références qui l’ont inspirée. Elle se fait toutefois plus explicite sur deux pièces de son nouvel album.

Il y a d’abord Sans titre, où elle évoque son père, avec qui elle n’a plus de contact. L’introduction de la chanson est d’ailleurs un montage sonore tiré de vidéos familiales où on l’entend s’adresser à lui.

«Je n’ai pas envie d’aller dans trop de clarté, mais en même temps, il y a une partie de moi qui sait que d’autres personnes ont vécu ça, observe-t-elle. Pour une fois dans ma vie, si je peux faire de la musique assez claire pour que les gens [se sentent touchés], je le souhaite.»

Difficile aussi de douter de l’origine de Lesbian Break-Up Song, titre bilingue qu’elle partage avec Ariel Engle (La Force). «On comprend que ça ne parle pas d’un homme qui travaille dans la construction», rigole celle qui a vu sa rupture amoureuse — entre autres choses personnelles — rapportée dans certains médias.

Souvent ciblée sur les réseaux sociaux (lire le texte ci-dessous), Safia Nolin a choisi une nouvelle fois d’exposer sa vulnérabilité dans ses chansons. Lorsqu’on lui souligne que ça demandait un certain courage, l’auteure-compositrice-interprète relève un «clash» entre la création de ses deux albums. Et réitère sa volonté de suivre sa voie.

«Quand j’ai sorti le premier, personne ne savait j’étais qui et c’était facile d’être aussi franche, reconnaît-elle. Là, il y a peut-être des gens mal intentionnés qui vont l’écouter. Mais ça ne me dérange pas. J’aime mieux ça que de me modifier pour me protéger ou pour plaire. Pour moi, se protéger et plaire, ce n’est crissement pas loin. J’aime mieux juste faire la musique que je veux faire comme si de rien n’était. Parce que c’est vrai que ça m’a fait vraiment peur… De faire mon album en me disant : “le premier a quand même bien marché, est-ce que je devrais faire la même affaire?” On s’entend que naturellement, je ne suis pas allée très loin. Mais il est quand même un peu différent, selon moi. Je suis contente d’avoir été capable de m’écouter et de me respecter là-dedans.»

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Safia Nolin (Stéphanie Boulay en première partie)

• Quand: 20 octobre à 20h

• Où: Grand Théâtre

• Billets: 39$

• Info.: www.grandtheatre.qc.ca

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DISCUSSION AUTOUR DES RÉSEAUX SOCIAUX

Il y a eu ce passage au Gala de l’ADISQ, où elle s’est fait remarquer (voilà un bel euphémisme!) pour avoir porté des jeans, des baskets et un t-shirt orné de la photo de Gerry Boulet. Depuis, Safia Nolin a souvent été prise pour cible: par des chroniqueurs n’appréciant pas son anticonformisme, par des internautes qui ont déversé leur haine sur les réseaux sociaux. Décriée d’une part, elle est un peu devenue un symbole d’affirmation d’autre part. Safia, elle, prend tout ça avec un grain de sel. Pendant notre entrevue, la discussion a glissé sur le sujet. Extraits...

Le Soleil: Ta présence en dérange plusieurs. Il m’est souvent arrivé de recevoir des courriels aux propos disgracieux après avoir publié des articles sur toi. 

Safia Nolin: Sérieux? Je ne savais pas ça!

LS: Récemment, c’est aussi arrivé avec Hubert Lenoir...

SN: Ouain, Hubert aussi se fait ramasser pas pire. 

LS: Est-ce que ça enlève de la pression sur tes épaules?

SN: Non, mais ça me fait constater certaines choses. J’ai remarqué que certaines personnes qui me haïssaient aiment Hubert. Je me suis demandé si c’est parce que je suis une fille. [...] Je le trouve vraiment hot, Hubert. Il dérange ben plus que moi, je trouve. Je l’appuie vraiment à 100 % dans sa démarche. Je l’aime vraiment beaucoup. Et j’ai l’impression qu’il se fait ramasser, mais pas totalement pour les mêmes raisons que moi. L’auditeur homme de droite est plus challengé par lui. Moi, je challenge beaucoup plus les femmes. Et c’est ça qui me fait comme capoter un peu. 

LS: Est-ce que ça s’est un peu calmé?

SN: Oui. C’est sûr que dès que je vais à la télé, je me fais souvent basher, mais pfffft... Là, les gens vont souvent dire que je ne porte pas de brassière. Je trouve ça cave. Ça, on dirait que ça me déprime beaucoup. Ça me déprime plus que bien des affaires, parce que je trouve ça vraiment fucké de me faire dire ça. Je trouve ça vraiment déplacé. Je peux ne pas mettre de brassière si ça me tente, arrête juste de me regarder les seins! 

Salomé Corbo au dernier gala des prix Gémeaux

LS: Comment as-tu trouvé le kit de Salomé Corbo aux Gémeaux?

SN: Elle me l’avait dit. En fait, elle m’avait demandé l’autorisation pour quelque chose, mais je ne pensais pas que ça serait ça. J’ai été surprise. Mais j’ai trouvé ça vraiment cute. Ça m’a fait vraiment plaisir. 

LS: Et tu te retrouves sur le dernier album de Koriass… 

SN: Il me l’avait envoyé aussi. Les gens sont polis, ils demandent mon consentement. Qu’est-ce qu’il dit, déjà? Il parle de l’ADISQ...

LS: Il dit : «Quand Safia débarque et s’en sacre de ce qu’on attend d’une femme, mais on crache dessus comme un chien.» Tu es comme devenue un symbole...

SN: En même temps, Manu, c’est mon ami. Mais oui, I guess que je suis [un symbole]. Un sex-symbol! (Rires)