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«Saboteur» de Sandveiss: l'album de la survivance

Quatre ans après un prix GAMIQ, une tournée en Suède et avoir joué sur les Plaines avant Megadeth, Sandveiss lance son deuxième album. Leur vinyle est le premier à sortir des presses de la La Société des loisirs, petite entreprise indépendante à l’emplacement encore nébuleux, dans Saint-Roch.

Au bout du fil depuis la Floride, Luc Bourgeois, le seul membre original de la formation, nous expose le chemin semé d’embûches qui a (enfin) mené à la sortie de Saboteur. L’enregistrement a été amorcé en 2016, mais la sortie d’un EP et le départ de deux membres du groupe a mis le projet sur la glace pendant plusieurs années. Sans compter que Luc Bourgeois tourne presque à temps plein avec le groupe Bodh’aktan, où il joue de la cornemuse.

«On l’appelle quasiment notre album de survivance. Pas qu’on était sur le bord d’être morts, mais ça a tellement pris du temps, il y a eu tellement d’embûches qu’il était temps qu’il sorte, expose le Madelinot. Sandveiss est un projet du cœur.»

Le quatuor nourri au métal, au rock progressif et à la scène grunge des années 90 comprend Bourgeois (guitare, voix), Shawn Rice (guitare) et les recrues Maxime Moisan (basse) et Dominic Gaumond (batterie). Sur Saboteur, on trouve une chanson fleuve de 10 minutes, mais aussi une pièce acoustique avec des synthétiseurs et de l’orgue. Les arrangements de guitare, pensées pour un seul musicien sur le premier album, sont plus développées dans le deuxième, composé à deux six cordes.

Luc Bourgeois a dû sortir sa plume pour six des sept titres de Saboteur. «Écrire des textes, pour moi, c’est plus demandant que d’écrire de la musique. Cette responsabilité m’a mis un peu de pression.» Au fil du jeu, plusieurs thèmes se sont dessinés, comme la peur de l’autre, qui ronge notre époque «connectée». «Se perdre sur Internet et voir à quel point les gens sont intolérants et insensibles donne lieu à des constats parfois tristes et décourageants. Les gens sabotent beaucoup de choses de leur vie par peur des réactions, par peur des autres», résume le musicien.

La pochette de «Saboteur» de Sandveiss

Le seul support physique de Saboteur, pour l’instant, est un lot de 300 disques vinyle, dont 100 éditions spéciales dorées. «On est toujours restés fan de la grosse pochette, du rituel, d’écouter les chansons dans l’ordre où elles ont été pensées par le groupe», souligne Bourgeois.

Alors qu’il existe une quarantaine de presses à vinyles dans le monde, deux groupes ont annoncé leur intention de produire des vinyles à Québec ces derniers mois. «On sait ce que c’est le travail indépendant. La qualité et les prix étaient concurrentiels, c’était un no-brainer

Celui qui passe de la cornemuse à la guitare électrique a eu un parcours musical inusité. Il a vécu aux îles de la Madeleine, «un bastillon de la musique traditionnelle», jusqu’à ses vingt ans. «Malgré que la musique traditionnelle fasse partie de mes racines, j’ai toujours été un gros fan de musique métal. Quand j’avais quatre ans, je voulais jouer de la guitare dans un groupe comme KISS», explique Bourgeois, qui a suivi cette voie à l’adolescence.

Bien qu’il soit guitariste, il a été engagé comme flûtiste dans une fresque historique des îles de la Madeleine. «J’ai eu deux mois pour apprendre à en jouer, c’était un peu fou.» Puis, il a appris la cornemuse chez la dame qui l’hébergeait à île du Prince-Édouard, où il a passé quelques mois pour apprendre l’anglais. «La cornemuse était un de mes premiers amours musicaux, parce que j’étais aussi un fan de Soldat Louis, que j’avais vu en 88 ou 89 dans un aréna aux îles, explique-t-il. La cornemuse a donné la trail à toute ma vie professionnelle.»

Il a joué dix ans dans le groupe Suroît, puis a cédé à l’insistance d’un de ses amis d’enfance et s’est joint à Bodh’aktan.

«Je veux donner un plus de place à Sandveiss, tranquillement pas vite. On y va un pas à la fois.»

Le spectacle de lancement de Saboteur à Québec aura lieu le 30 novembre à la Source de la Martinière.