Avec son spectacle «All the Poses», Rufus Wainwright a célébré de belle façon ses 20 ans de carrière, mardi soir au Grand Théâtre.

Rufus Wainwright: touchantes célébrations

CRITIQUE / Ses favoris sont grisonnants, il avoue lui-même avoir pris un peu de poids, mais la voix, reconnaissable entre mille, et sa façon de dodeliner de la tête lorsqu’il chante n’ont pas changé. Rufus Wainwright a célébré de belle et généreuse façon, mardi soir, au Grand Théâtre, ses 20 ans de carrière à l’occasion du spectacle de sa tournée «All the Poses», qu’il trimballe depuis presque six mois un peu partout sur la planète.

Pour son public de la première heure, il s’agissait d’un moment privilégié pour revisiter les pièces de ses deux premiers albums, Rufus Wainwright (1998) et Poses (2001), livrés quasi en totalité, en deux volets distincts. «C’est bien d’être chez soi», a lancé d’entrée de jeu le chanteur de 45 ans qui avait choisi, dans un premier temps, comme toile de fond, une vue stylisée de Montréal.

Accompagné de cinq musiciens — dont la claviériste de jazz américaine Rachel Eckroth qui a assuré la première partie avec brio, forte de plusieurs envolées planantes —Wainwright s’est souvent exprimé en français dans la première heure, livrant quelques anecdotes, dont l’une pour mettre en lumière Beauty Mark, composée pour sa mère, Kate McGarrigle une femme «extraordinaire», mais qui a été très exigeante envers lui et sa sœur Martha.

Beau moment d’émotion lorsque le chanteur a entonné à la guitare Sally Ann, que Leonard Cohen, «un ami, presque un membre de la famille», avait littéralement adopté à l’époque, allant jusqu’à l’écouter en boucle pendant deux jours, ce qui a signifié pour son auteur que la chanson devait être «pas mal». Pour le reste de son répertoire, a ajouté Wainwright, il n’a jamais su l’opinion du regretté chanteur poète. «On parlait de grandes idées comme le trafic et la météo. C’était très subtil...»

Laissant tomber son veston pour apparaître en camisole noire à paillettes, Wainwright a terminé la première partie de la soirée avec émotion, d’abord avec la reprise de la magnifique chanson Both Sides Now, de Joni Mitchell; et la très engagée Sword of Damoclès, critique ouverte de l’arrivée au pouvoir d’un certain président américain jamais nommé.

Le second versant du spectacle, plus costaud et beaucoup moins bavard, a été l’affaire de Poses.

Wainwrigth s’est installé au piano pour entonner l’une des chansons phares de cet album, Cigarettes and Chocolate Milk, suivi des ballades Greek Song et Poses.

Cette fois, comme toile de fond, Montréal avait laissé sa place à New York et à l’hôtel Chelsea où s’était déroulée l’éprouvante composition de ce second opus, sous l’influence du crystal meth dont il devait devenir dépendant.

«C’est très difficile de tracer la ligne entre le passé et le présent», s’est contenté de dire Wainright, entre de douces reprises de California et One Man Guy. Le ton s’est fait plus grave et ténébreux pour Evil Angel, illustration de l’état d’esprit tourmenté qui habitait le chanteur à l’époque, sans oublier, cet autre souvenir noir, In the Graveyard.

En rappel, sous un tonnerre d’applaudissements de la salle Louis-Fréchette, Wainright est revenu clore la soirée avec trois chansons, Imaginary Love, Going to a Town et l’incontournable Across the Universe, des Beatles.