Raymond (Guillaume de Tonquédec) lit Cyrano de Bergerac à ses poules !

Roxane: Le renard dans le poulailler ***

CRITIQUE / Il y a eu, avant The Police, une Roxane célèbre : la femme idéalisée de «Cyrano de Bergerac». Sauf que dans le premier film de Mélanie Auffret, il s’agit plutôt d’une poule — au sens premier. Et son «amoureux» qui la traite aux petits soins est un fermier dont le poulailler est menacé par l’industrialisation de l’agriculture. «Roxane» débat avec beaucoup d’humour et d’humanité d’un sujet universel : notre volonté de payer le plus bas prix possible notre nourriture a des effets sur les producteurs.

La réalisatrice française a planté sa caméra à Corlay, en Bretagne, où Raymond (Guillaume de Tonquédec) élève ses poules bio pondeuses et à qui il lit des extraits de la célèbre pièce d’Edmond Rostand. Il y coule des jours heureux avec sa femme Anne-Marie (Léa Drucker), conseillère au Crédit Agricole, et leurs trois enfants.

Jusqu’à ce qu’il apprenne que la coopérative n’écoulera plus ses œufs et ceux des autres petits éleveurs du coin pour cause de non-rentabilité. Anéanti, son beau-frère Poupou (Lionel Abelanski), fermier lui aussi, tente de se suicider...

Pour sauver son exploitation, Raymond a une idée saugrenue : tourner des vidéos avec ses poules en espérant qu’elles deviennent virales sur YouTube.

Sa femme le trouvant ridicule, le pauvre homme va chercher de l’aide chez sa voisine Wendy (Kate Dûchene). L’Anglaise est prête à lui donner des cours d’art dramatique s’il réalise un travail d’ébénisterie, pour lequel Raymond a un talent fou. Cet échange de bons procédés va aviver d’autres tensions dans le couple.

Car Anne-Marie tente de ramener son mari sur terre alors que Raymond refuse de baisser les bras. Un courage admirable dans les circonstances, mais Roxane met en évidence la logique implacable de la rentabilité.

C’est bien beau le bio, encore faut-il que les gens veuillent en payer le prix. Cette réalité, Mélanie Auffret s’en sert comme toile de fond, sans appuyer le propos. Le spectateur saura en tirer les conclusions. La ruralité française ne diffère guère de la nôtre.

Cela dit, la subtilité n’est pas toujours au rendez-vous et le ton parfois très léger. Des défauts qui ne gâchent pas le fait que la réalisatrice a su maintenir un délicat équilibre entre l’humour bon enfant et les composantes plus dramatiques.

Guillaume de Tonquédec (Le Prénom), avec sa composition sensible, réussit à émouvoir et à nous toucher droit au cœur quand son désarroi s’exprime à la caméra (de son cellulaire).

Léa Drucker, César de la meilleure actrice 2019 pour le percutant Jusqu’à la garde, s’avère aussi inspirée que d’habitude.

Sans parler de Roxane! On rit, mais les plans de réaction de la poule font souvent mouche. De même que l’utilisation de la caméra pour incarner son point de vue dans certaines scènes.

Ce film sans prétention, néanmoins intelligent, est aussi porté avec grâce par la musique typique de Gaétan Roussel (ex-Louise Attaque).

Un beau petit moment de cinéma.

Au générique

Cote : ***

Titre : Roxane

Genre : Comédie dramatique

Réalisatrice : Mélanie Auffret

Acteurs : Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski, Kate Dûchene

Classement : Général

Durée : 1h25

On aime : l’intelligence du propos. Le délicat équilibre entre humour et drame. Les poules. La musique.

On n’aime pas : des moments moins subtils.