Avec un humour qui bizoune dans toutes les directions et une irrévérence décapante, les temps morts sont inexistants dans le spectacle «Enfant roi» de Rosalie Vaillancourt.

Rosalie Vaillancourt: rigolote enfant roi

CRITIQUE / Elle arrive sur scène en coup de vent, déballe sa vie sexuelle sans filtre, fait jaillir ses blagues branchées sur le 220, avec une voix haut perchée comme une Bobinette sur l’acide et dont elle est la première à reconnaître qu’elle tombe sur les nerfs. Pour son premier tour de piste solo, la jeune Rosalie Vaillancourt a comblé les fans de sa génération, et même ceux ayant l’âge de ses parents, mercredi soir, à la salle Albert-Rousseau avec son succulent spectacle «Enfant roi».

La soirée s’est ouverte avec la projection d’un court film d’animation servant de fil directeur au show. Sa jumelle à l’écran, fille archi pourrie d’un monarque, est frappée par la malédiction d’une sorcière. D’ici la fin du spectacle, la princesse de Saint-Hyacinthe devra apprendre à devenir une bonne personne sous peine d’être transformée en «gros tas de merde», méchant destin scatologique...

À chaque moment de sollicitude à l’égard d’autrui, Rosalie fera s’illuminer le pétale d’une fleur multicolore. Elle devra y arriver sept fois, ce qui n’est pas de la tarte compte tenu de la vilaine propension de son personnage à manger du prochain. 

«Merci d’avoir payé pour venir m’entendre vous crier dans les oreilles», lance-t-elle d’entrée de jeu, consciente de sa réputation. La jeune femme sait tirer profit de «sa voix de sirène» (de police) pour provoquer les rires. Sa stridente imitation des personnages de Passe-Partout, Cannelle et Pruneau, fait grimper les décibels au plafond pour notre plus grand plaisir.

Les temps morts sont inexistants avec Rosalie. Doit-on s’étonner qu’elle se décrive comme une fille hyper spontanée, abonnée au Ritalin depuis 10 ans, et affectée de problèmes de TDAH, d’inhibition et d’impulsivité? On ne lui en tient pas rigueur compte tenu de sa façon de rire (et de faire rire) de ses travers.

«Humour kiki»

L’humoriste voue une prédilection pour les blagues de sexe. Ça bizoune dans toutes les directions, à une vitesse folle (quitte à en perdre des bouts) et, en toute honnêteté, toute cette irrévérence est franchement décapante. La découverte de son premier pénis, ses moments intimes au lit, tous ces petits mensonges déclinés avant de passer à l’acte («Oui, oui, on peut faire l’amour, j’ai pas de maladie, c’est juste des boutons de chaleur»), autant de numéros qui frappent dans le mille.

Souhaitant que les critiques parlent d’elle non seulement comme une spécialiste de l’humour «pipi caca», mais aussi de l’«humour kiki», l’humoriste de 27 ans au look d’adolescente se fait hilarante dans un segment où elle présente sur grand écran quelques photos de famille. Celle de ses parents («C’est là qu’on voit que deux moins, ça donne un plus») ou d’elle-même, en fillette à qui il manque des dents d’en avant («Pas évident pour manger du blé d’Inde.»).

Un autre diaporama consacré à ses découvertes d’œuvres muséales est de la même farine. Ses commentaires sur des toiles montrant des «bébés laids médiévaux» sont tordants. D’une statue des jumeaux romains Romulus et Rémus, accrochés aux mamelles de leur mère louve, elle dit : «Finalement, moi et ma sœur, on était pas si bizarres que ça...»

Commentaires salaces

L’humoriste tourne aussi à son avantage les (véritables) messages haineux, insultants et misogynes reçus sur les réseaux sociaux, «et pas seulement des gens de (sa) famille». Captures d’écran à l’appui, elle roule dans la farine leurs auteurs à grands coups de commentaires salaces. Très réussi.

Un show d’une heure et demie qui passe dans le temps de le dire, où elle se permet même de pousser la chansonnette grivoise à deux reprises. La sympathique humoriste peut dormir tranquille, elle est certainement une bonne personne et ne sera jamais transformée en vous-savez-quoi. «Et peu importe ce que les gens pensent», elle ne va jamais changer, qu’on se le dise.

Une supplémentaire du spectacle Enfant roi aura lieu le 3 mars 2020, à la salle Albert-Rousseau.