Le premier spectacle solo de Robert Lepage au Diamant, «887», a fait courir les amateurs de théâtre, mardi soir.

Robert Lepage dans «887»: une première en solo au Diamant

Après l’avoir jouée plus de 300 fois à travers le monde, Robert Lepage a vécu une soirée émouvante, mardi, en présentant pour la première fois sa pièce solo «887» dans l’écrin magnifique dont il rêvait depuis si longtemps, Le Diamant.

Aucune cérémonie n’a marqué ce moment historique. Ni avant ni après la pièce, le comédien ne s’est adressé à l’assistance. Lepage a plutôt choisi de laisser parler son talent, toujours aussi impressionnant. Seul sur scène pendant deux heures, l’auteur-metteur en scène-acteur a entraîné l’assistance dans un mémorable voyage au pays de la mémoire. 

Fort d’un récit au croisement de la petite et de la grande histoire, entre l’intime et l’universel, Lepage déploie des trésors d’ingéniosité techniques et scénographiques pour rendre hommage à son père Fernand, revisiter des pans de son enfance et quelques moments historiques de notre histoire (visite du général De Gaulle, le samedi de la matraque, les bombes du FLQ...).

887 — titre inspiré du numéro civique de l’immeuble que Lepage a habité dans les années 60 avec sa famille, sur l’avenue Murray — fait toujours aussi forte impression, même pour ceux qui ont eu la chance de la découvrir au Trident, à l’automne 2016. Drôle, touchant, bouleversant — on pense à la finale d’anthologie où le comédien livre le poème Speak White, de Michèle Lalonde —, la pièce fait passer par toute la gamme des émotions.


Fort d’un récit au croisement de la petite et de la grande histoire, entre l’intime et l’universel, Lepage déploie des trésors d’ingéniosité techniques et scénographiques pour rendre hommage à son père Fernand, revisiter des pans de son enfance et quelques moments historiques de notre histoire

Claire Ouellet, de Saint-Nicolas, ne voulait pas rater cette première pour rien au monde. La dame en était à sa seconde visite au Diamant, après avoir assisté à la pièce Les sept branches de la rivière Ota, premier projet créé par Robert Lepage pour sa compagnie Ex Machina. «On est tellement chanceux qu’il ait décidé de s’établir à Québec. Il aurait pu aller s’établir n’importe où dans le monde. Ça me touche beaucoup qu’il soit si attaché à sa ville. C’est un génie, un joyau.»

Événement de l’automne

887 est l’événement de la saison théâtrale de l’automne dans la capitale. Quelque 15 000 billets ont été vendus pour 29 représentations, jusqu’au 21 décembre. En raison de la forte demande, trois supplémentaires ont été ajoutées.

Pour le directeur général et de la programmation du Diamant, Bernard Gilbert, la popularité de la salle de spectacles de place D’Youville dépasse les attentes. Depuis son ouverture, début septembre, le taux d’occupation atteint 85 %.

Les spectateurs ont été nombreux à faire la part belle à la programmation résolument éclectique de l’endroit. Même la première soirée de lutte a fait fureur. «Le spectacle a attiré une clientèle qui ne vient jamais au théâtre», se réjouit M. Gilbert. Parmi la programmation d’hiver dévoilée sous peu, l’endroit innovera en présentant un show de drag queens.

Il a été impossible de s’entretenir, ne serait-ce que brièvement, avec Robert Lepage à l’issue du spectacle, accueilli par une longue et bruyante ovation. «C’est pour lui un moment très fébrile, précise Bernard Gilbert. Il a le sentiment d’arriver dans une nouvelle salle où il n’est jamais allé. Pendant un mois, le jour, il va pouvoir créer dans l’un des studios. C’est un pas de plus pour lui et Ex Machina.»