«Dans les années 60 et 70, j’ai eu les meilleures occasions de partenariats musicaux, se réjouit Rick Wakeman [...] J’ai eu la chance de travailler avec les plus grands [...] J’ai aussi travaillé avec les pires!»

Rick Wakeman : Le grincheux sympathique

Au bout du fil, Rick Wakeman résume sa philosophie : «J’ai suivi le conseil de David Bowie, qui m’a déjà dit : “si tu crois en quelque chose et que tu veux le faire, fais-le”.» Ça vaut pour ses multiples collaborations musicales, son parcours aux claviers des Strawbs ou de Yes, ses ambitieux albums concepts, ses inoubliables capes (lire l’autre texte), ses incursions télévisuelles et dans l’édition, ses relectures au piano et on en passe...

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Wakeman n’a pas eu une vie ordinaire. Des sessions d’enregistrement qui l’ont notamment amené à collaborer avec Bowie (Space Oddity, Life on Mars) ou Cat Stevens (Morning Has Broken) à un cheminement musical pour le moins varié, le musicien n’a pas vu le temps passer.

«Quand je pense à tout ça, je réalise que je deviens vieux, évoque-t-il. Je parlais avec ma femme la semaine dernière. Je lui disais que j’aimerais avoir de nouveau 30 ans, mais à la condition de pouvoir garder toute l’expérience que j’ai acquise en 70 ans. C’est impossible, bien sûr. Je suis reconnaissant d’avoir grandi musicalement dans les années 60 et 70 où j’ai eu les meilleures occasions de partenariats musicaux. Ça ne reviendra jamais. J’ai eu la chance de travailler avec les plus grands musiciens, chanteurs et auteurs-compositeurs. J’ai aussi travaillé avec les pires! À cette époque, je me faisais engager par des gens que je ne connaissais pas. Parfois, on voyait tout de suite que ça allait être un hit. D’autres fois, on se disait : “qui diable a payé pour ça?”»

Musique et anecdotes
Le claviériste et compositeur a puisé dans les divers chapitres de sa carrière pour monter le spectacle Grumpy Old Rock Star (qu’on peut traduire par «Vieille rock star grincheuse»), qu’il présentera seul au piano du Palais Montcalm le 27 septembre. Le titre a été inspiré par l’émission Grumpy Old Men, à laquelle il a participé pendant six ans et aux deux bouquins d’anecdotes qu’il a publiés.

«À travers tout ça, je raconte des histoires ridicules. Ma vie est intéressante. Un très bon ami m’a déjà dit que rien de normal ne m’arrive. C’est vrai», résume le sympathique Britannique, qui dit prendre sa musique «très au sérieux» sans lui-même se prendre au sérieux.

Question de ne pas vendre ses propres punchs, Rick Wakeman demeure discret en entrevue sur les sujets qu’il aborde dans son spectacle. Il évoque bien une anecdote impliquant une séance d’autographes et des sous-vêtements féminins. Pour le reste, c’est motus et bouche cousue. Mais venant d’un gars qui a raconté son examen de la prostate au micro lors de l’intronisation de Yes au Temple de la renommée du rock’n’roll, disons qu’on peut s’attendre à n’importe quoi!

Rick Wakeman

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UN HOMME ET SA CAPE

Non, vous ne verrez pas Rick Wakeman sous sa célèbre cape scintillante sur la scène du Palais Montcalm le 27 septembre. Son mythique accessoire mode se révèle trop lourd pour les bras dans les récitals de piano, explique-t-il. N’empêche que son vêtement signature n’est jamais bien loin. 

«Je la porte encore dans les spectacles rock, assure-t-il. Et quand pour une rare fois je ne la porte pas, je reçois des tonnes d’insultes sur Internet. C’est vrai que j’ai l’impression d’être habillé de façon inappropriée dans les concerts rock quand je ne porte pas la cape. Quand je vais en Amérique du Sud, ils incluent même dans mon contrat que je dois porter l’une des capes classiques.»

Pourtant, ce choix vestimentaire est arrivé par accident, raconte Wakeman. Ça s’est passé lors de sa première tournée avec Yes, en 1971, après la lecture d’une critique par ailleurs élogieuse de la musique du groupe, mais qui avait comparé l’allure du claviériste à celle d’une «araignée démente». 

«J’avais plusieurs claviers et toutes sortes de pédales pour garder le contrôle sur le volume et tout ça, relate Wakeman. Ça faisait que mes bras et mes jambes allaient dans tous les sens quand j’essayais d’utiliser une pédale d’un côté en jouant de l’autre.»

Avant de se laisser gagner par un complexe, le musicien a trouvé la solution à son problème lors d’un concert au Connecticut, alors que Yes avait été présenté par un animateur local vêtu d’une cape trois-quarts noire. «C’était un gars énorme. Je me suis dit : “wow, cette cape peut cacher n’importe quoi!”» En échange des 200 $ qu’il avait en poche — son cachet de la semaine —, Wakeman a mis la main sur le vêtement. L’éclairagiste du groupe a plutôt plaidé pour qu’il adopte une cape à paillettes pleine longueur en lui recommandant une couturière qui pourrait la créer pour lui. Le reste fait partie de l’histoire du rock…  Geneviève Bouchard

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BIENTÔT UN ALBUM DE NOËL

Après les récents Piano Odyssey (2018) et Piano Portraits (2017), sur lequel il a revisité en version instrumentale tant son répertoire solo que des morceaux de Yes ou diverses reprises liées à son parcours musical, Rick Wakeman s’apprête à se commettre de nouveau au piano, cette fois sur un album de Noël. Attendu le 29 novembre, Christmas Portraits rassemblera une vingtaine d’airs connus du temps des Fêtes, mais revus et corrigés par le musicien. «Je pense qu’avec toutes les variations que j’ai ajoutées, vous serez incapables de chanter sur la musique… À moins d’être saoul», précise-t-il en rigolant.  Geneviève Bouchard