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«Les honorables»: y’a pas de justice

CHRONIQUE / «Cette affaire-là, ça va être une bombe.» L’enquêteuse arrivée sur les lieux de la découverte de Gabrielle Dessureaux, très gravement blessée, a vu juste. La jeune triathlète de 18 ans a été laissée pour morte dans un boisé. Le principal suspect dans cette affaire, Tristan Rabeau, est innocenté dès le premier épisode. Un verdict qui anéantit les parents de la victime, deux juges, Ludovic et Lucie Desssureaux.

Patrick Huard et Macha Grenon forment un duo vedette incomparable dans Les honorables, un drame familial sur fond de thriller psychologique, signé Jacques Diamant et disponible à partir du 10 janvier chez Club illico. Dix épisodes d’une heure, que vous voudrez sans doute consommer compulsivement, tant cette histoire prenante nous accroche dès le départ. Et remet en question notre propre rapport avec notre système de justice.

Séparés depuis quelques années, Ludovic et Lucie verront leur famille resserrée par ce drame et voudront que justice soit faite coûte que coûte. Pour y parvenir, ils emprunteront des routes différentes, avec leur fille avocate, Alicia (Mylène Mackay) et leur fils Raphaël (Olivier Gervais-Courchesne), le voyou de la famille, ex-détenu converti en vendeur de voitures, et qui trempe dans de sombres projets avec son oncle Gaétan (Sylvain Marcel), frère aîné de Ludovic.

Tristan Rabeau n’en est pas à ses premiers démêlés avec la justice. Cet étudiant de droit parvient à manipuler habilement tout le monde, et affirme ne pas connaître la victime. On se doute qu’il la connaît beaucoup mieux qu’il le dit. Un personnage que Kevin Houle rend absolument détestable, qui pue l’arrogance, se plaît à narguer les Dessureaux et que vous haïrez un peu plus à chacun des épisodes.

Tout le premier est consacré aux jours précédant la tragédie et au procès de Rabeau, avant qu’on embarque dans les plans de la famille pour venger le décès de Gabrielle. Patrick Huard, qui n’avait pas tenu de rôle régulier dans une série depuis 10 ans, est excellent dans ce rôle de juge, qu’on sent animé par la rage, la douleur d’avoir perdu sa fille, et ce sentiment d’avoir été trahi par son propre système de justice. Heureux de revoir Macha Grenon, peu présente à l’écran depuis la mort de son personnage dans Nouvelle adresse. Ce sont des juges, mais ce sont avant tout des parents blessés qu’on verra se battre durant les 10 épisodes.

Auteur le jour et procureur de la Couronne qui conseille les enquêteurs la nuit, Jacques Diamant a quitté le terrain de la justice il y a neuf ans. C’est pour donner d’abord une voix aux victimes qu’il a voulu écrire Les honorables. Selon lui, l’emphase est toujours mise sur l’accusé, et il souhaitait au contraire mettre de l’avant la famille de la victime. 

C’est un heureux retour à la télé québécoise pour le réalisateur Louis Choquette (Rumeurs, Mirador, Le gentleman), qui a beaucoup œuvré à l’étranger ces dernières années. Il souligne qu’ultimement, Les honorables illustre les conséquences de vouloir se faire justice soi-même. Sa série, tournée en pleine canicule l’été dernier, est visuellement impeccable. Il parvient à installer ce sentiment de doute constant.

Produite chez Datsit Sphère, fusion entre les boîtes Datsit et Sphère Média Plus, Les honorables pourrait connaître une deuxième saison. Il faut croire que tout ne sera bouclé au terme des 10 premiers épisodes. Avec Léo et Killing Eve, déjà en ligne, et L’amie prodigieuse, disponible à partir du 27 décembre, ce sont des heures de plaisir qui attendent les boulimiques de séries au Club illico durant la période des Fêtes. On attend la deuxième saison de La dérape, tournée à Québec, pour le printemps, alors que TVA relaiera la première saison à partir du jeudi 17 janvier à 19h30.

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LES OLIVIER EN TÊTE

Le Gala Les Olivier a retenu l’attention de 1215 000 téléspectateurs, dimanche sur ICI Radio-Canada Télé. C’est moins que l’an dernier, alors que la soirée de l’humour en avait attiré 1403 000, mais c’était soir de match entre le Canadien et les Blackhawks, le choix de 590 000 amateurs à RDS. Deuxième au palmarès, Boomerang: Noël chez les Bernier a été suivie par 769 000 fidèles à TVA, alors que la finale d’Occupation double Grèce, remportée par Catherine et Andrew, en a retenu 675 000 à V.

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Des Olivier très ordinaires

CHRONIQUE / La qualité des derniers Galas Les Olivier m’a rendu exigeant. Quand la barre est mise haut, on s’attend à rien de moins l’année d’après. Et malgré quelques bons moments, j’avoue m’être ennuyé de François Morency dimanche soir lors de ce 20e gala, qui a décerné l’Olivier de l’année et celui du spectacle de l’année à François Bellefeuille.

Pourtant, j’aime Pierre Hébert et Philippe Laprise, duo sans prétention et généralement drôle. Après un montage de moments des 19 précédents galas, les deux amis ont ouvert la soirée avec une explosion de confettis. Ce à quoi le barbu des Denis Drolet a répliqué que si son propre duo avait animé la soirée, «ça aurait été des clous, pis tout le monde serait mort! J’vous haïs toutes!» Hébert et Laprise ont gardé le gag le plus drôle pour Maxim Martin. À l’humoriste qui a découvert qu’il était le père d’un garçon, le duo a dit avoir retrouvé tous ses enfants inconnus, ceux-ci portant des t-shirts avec les inscriptions «Amos», «Coaticook», «Val-d’Or», «Amos en supplémentaire», «Rivière-­au-Renard» et... «Dans un char».

François Bellefeuille avait aussi reçu le trophée de la mise en scène hors d’ondes, pour son spectacle Le plus fort au monde. Quant à Maude Landry, que j’adorais à Info, sexe et mensonges, elle a réussi un doublé avec les Olivier de la découverte et de la capsule ou sketch radio. Martin Petit, dont la comédie Les pêcheurs a enfin été récompensée, a décoché cette flèche à Martin Matte, dont Les beaux malaises a souvent tout raflé : «Merci d’avoir arrêté ton osti d’show. T’as gagné plus de trophées que t’as écrit d’épisodes.» Like-moi! est repartie avec l’Olivier de la comédie de l’année. Un trophée que Les Grandes Crues auraient plutôt voulu remettre à La vraie nature — «avec Mathieu Baron qui se retient de pleurer en râpant du cheddar doux, tout en remerciant la vie de lui avoir donné une chance après le Loft» —, ou encore aux gars de XOXO— «y sont comme les chocolats de Pâques; y’ont comme de quoi de louche dans le regard, pis sont vides en dedans».

Simon Gouache a fait semblant de remplacer Korine Côté, censée accoucher, avant que celle-ci surgisse sur scène. «Ça, c’est une douleur que tu connaîtras jamais Korine!» lui a dit l’humoriste, excédé de rester dans l’ombre. C’était sans savoir qu’il allait prendre sa revanche plus tard en remportant l’Olivier du numéro humoristique. 

Sans surprise, L’âge adulte a décroché l’Olivier de la série web humoristique. «Faites du web, croyez en vos rêves», a lancé Guillaume Lambert, qui accumule les honneurs avec ce bijou de série. «Moi, chu drôle en tab...», a affirmé Mike Ward à ceux qui répètent que les humoristes sont plates en dehors de la scène, récompensé pour son podcast.

Ovation pour le numéro chanté d’Arnaud Soly et d’Éric Desranleau, le plus original de la soirée, pour l’Olivier du meilleur vendeur, remis à Louis-José Houde. Le numéro burlesque de Réal Béland et Dominic Paquet personnifiant les comptables plus bruns que bruns Raymond Chabot et Grant Thornton aurait gagné à être un peu plus court. Mais les voir courir après leurs graphiques qui s’envolaient dans le décor faisait rire aux larmes. À défaut d’avoir le même effet, la remise du prix «Merci pour tout» pour l’engagement social à Yvon Deschamps aurait au moins pu nous émouvoir. En vain.

Dans la colonne des «moins» : le très ordinaire et trop long numéro des animateurs sur les influenceurs et leurs petites crèmes. Difficile d’adhérer au troisième ou quatrième degré d’humour des filles des Magnifiques, déchaînées, aux gags violents de coups de hache, mais qui a néanmoins fait rire la salle. Il faut d’ailleurs souligner que l’assistance était tout sauf blasée, et réagissait beaucoup, ce qui peut faire toute la différence dans un gala. Il en aurait quand même fallu plus pour me convaincre.

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Testé sur 100 humains

CHRONIQUE / Sommes-nous racistes sans le savoir? Les vieux sentent-ils le vieux? Est-ce que ça rapporte de faire pleurer le monde avec les malheurs des candidats de concours de chansons télévisés? Le moins que l’on puisse dire de la nouvelle série «Le gros laboratoire», portée par Jean-René Dufort et la journaliste scientifique Marie-Pier Élie, c’est qu’elle ose aborder des thèmes délicats et ne craint pas le malaise. Sous le couvert de la légèreté et de l’humour, on peut parfois se permettre d’aller loin.

Cette adaptation québécoise d’un format des Pays-Bas en 10 épisodes d’une demi-heure, diffusée sur ICI Explora à partir du mercredi 19 décembre à 21h, n’a pas la prétention de tirer des conclusions véritablement scientifiques de ses expériences. Quoique l’échantillon de 100 cobayes dont elle disposait est un minimum pour analyser les comportements humains. Le but est de s’amuser, vous le comprendrez assez vite, mais certains tests vous surprendront.

Le tournage, qui s’est étalé sur huit jours l’été dernier à l’Université Bishop de Sherbrooke, a pris l’allure d’une colonie de vacances, alors que l’équipe de production dormait dans les mêmes dortoirs que les cobayes. Âgés de 20 à 77 ans, ceux-ci représentent toutes les couches de la société. On compte quelques évanouissements lors des épreuves plus physiques, mais pas d’abandons parmi les cobayes.

Certains tests sont plus gênants que d’autres. Comme par exemple lorsqu’on demande aux cobayes de sentir trois jeunes personnes et trois aînés, les yeux bandés, pour savoir s’il est vrai que les personnes âgées dégagent une odeur particulière. Les conclusions : en prenant de l’âge, les acides gras s’oxydent et libèrent un composé qui modifie l’odeur corporelle, qui pourrait alors se comparer à celle du carton mouillé. Rien à voir avec l’odeur de paparmane et d’encre à bingo décelée par certains cobayes. Je vous laisse découvrir les résultats de l’expérience.

J’ai moi-même souvent pesté contre ces présentations vidéos de candidats de La voix, qui exposent leurs malheurs avant leur prestation. Le gros laboratoire a demandé à une jeune chanteuse, Émilie, de se produire devant les cobayes; la première moitié sans presque rien lui dire; la seconde, en lui précisant qu’elle avait composé sa chanson pour son jeune frère décédé du cancer. Après quoi, on leur demandait de noter la prestation sur 10, et combien d’argent les cobayes mettraient sur un disque de la chanteuse. Les résultats risquent de vous surprendre autant que moi.

On s’est inspiré d’un jeu vidéo pour tester le niveau de racisme des cobayes. En décortiquant les résultats par régions, on fait des découvertes pas mal décevantes. Vous risquez de ne pas les aimer. Consolons-nous : les Québécois paraissent mieux que les Hollandais en matière d’intolérance. À l’inverse, certains tests sont d’une grande inutilité même s’ils divertissent. Comme lorsqu’on veut savoir si on lance un dé plus loin pour obtenir un 6. Ou si on risque moins de se faire piquer si on ne se lave pas. Pour celle-ci, 600 maringouins ont été mis à contribution.

Pas besoin d’être abonné à ICI Explora pour voir les premières émissions, puisque la chaîne est débrouillée du 18 décembre au 15 janvier. L’émission est produite par Richard Gohier chez Zone3, le même qui produit Infoman. Mention à Marie-Pier Élie, excellente à l’écran et insistante sur le protocole, pour donner un peu de crédibilité à ces expériences, aussi folles soient-elles. Les cobayes ont aussi été très bien choisis, parmi 1600 demandes. Les femmes prennent-elles plus de mots pour expliquer les règles d’un jeu? Les jurons ont-ils un effet analgésique sur la douleur? Les hommes mentent-ils plus que les femmes? Les questions sont infinies, même qu’on pense déjà à une deuxième saison.

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Fêter Noël, façon «Boomerang»

CHRONIQUE / On dirait que nos personnages de séries ne connaissent pas Noël, vous ne trouvez pas? Il fut un temps où ils se souhaitaient tous un joyeux Noël et une bonne année, mais c’est bien révolu. Sauf quand une équipe a la bonne idée de créer un épisode spécial du temps des Fêtes, comme on l’a fait pour «Les beaux malaises» il y a quelques années.

Au tour de Boomerang de s’imprégner de l’esprit des Fêtes avec Noël chez les Bernier, une spéciale d’une heure diffusée dimanche à 19h à TVA. Un prétexte pour retourner il y a huit ans, en novembre 2010, pour savoir comment Karine et Patrick (Catherine-Anne Toupin et Antoine Bertrand) se sont rencontrés. Pourtant, à l’approche des Fêtes, cette année-là, Karine a fait un «X» sur les hommes. Fini les chums bizarres à répétition. Sa famille en a soupé de ses grandes annonces — «C’est l’homme de ma vie!» — et ne la prend plus au sérieux. Au même moment, Patrick, lui, galérait pas mal, travaillait dans une pizzeria, et devait à contrecœur déménager avec sa blonde de l’époque (Geneviève Boivin-Roussy) à Berlin. Le hasard en voudra autrement, mettant Cupidon sur le chemin de nos deux protagonistes.

En amour par-dessus la tête, Karine profite donc de Noël pour présenter Patrick à sa famille. Évidemment, tout tourne à la foire, comme c’est la norme chez Monique et Pierre (Marie-Thérèse Fortin et Marc Messier), au centre d’un incroyable mais hilarant quiproquo. Au fond, huit ans, ce n’est pas si loin. Mais ça vous fera voir que, oui, Stéphanie et Richard (Magalie Lépine-Blondeau et Émile Proulx-Cloutier) ont déjà été complices et amoureux. Vous verrez aussi Sylvain (Fabien Cloutier), déjà le meilleur ami de Patrick, bien avant qu’il fasse la connaissance de Stéphanie. Notre Sylvain décrira ainsi Karine en la voyant: «Un croisement entre Marie-Mai et Cœur de pirate.»

Signé par les auteurs Karina Goma et Yann Tanguay et le script-éditeur Pierre-Yves Bernard, cet épisode m’a en quelque sorte réconcilié avec Boomerang, dont les dernières saisons étaient un peu trop burlesques à mon goût. Avec entre autres un petit clin d’œil charmant à La guerre des tuques, Noël chez les Bernier emprunte habilement les codes des comédies romantiques au grand écran. Le réalisateur Charles-Olivier Michaud, qui rêvait depuis longtemps de tourner un épisode de Noël, fait d’ailleurs un rapprochement entre le personnage de Patrick et celui du meilleur ami de Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill. Et pour vrai, certaines scènes sont réellement touchantes, dont une enveloppée de la chanson Marie-Noël de Robert Charlebois. Dommage qu’on craigne autant de donner dans le romantisme dans nos séries québécoises.

Pour les potins, sachez que la première rencontre entre Catherine-Anne et Antoine dans la vraie vie a eu lieu au théâtre et ne s’est pas passée du tout comme celle de leurs personnages. «Beaucoup de jokes, moins de romance!» tranche Catherine-Anne. «Il était loud, prenait beaucoup de place, je me disais : ‘‘Mon Dieu qu’il a besoin d’attention cet enfant-là!’’» poursuit l’actrice. La magie opère toujours. Par contre, c’est en couchant réellement dans le sous-sol des parents de Catherine-Anne que le couple a eu le flash de reconstituer la scène dans une comédie.

TVA a profité du moment pour annoncer que Boomerang, millionnaire depuis ses débuts en 2015 dans les sondages, sera de retour l’automne prochain pour une cinquième saison. Les cotes d’écoute de la comédie ont à peine baissé cette saison, réussissant encore à atteindre les 1017000 téléspectateurs, le lundi à 19h30. 

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ENCORE PLUS DE RUPTURES

Une autre série fort appréciée du public, Ruptures, a aussi été renouvelée pour une cinquième saison mardi. Remarquez, l’œuvre aurait très bien pu se conclure avec l’épisode de lundi, qui sonnait comme une fin. Mais on ne peut que se réjouir de cette décision, en espérant que Claude (Isabel Richer) puisse un jour prendre sa revanche sur l’infâme Jean-Luc De Vries (Normand D’Amour). Et qu’Ariane (Mélissa Désormeaux-Poulin) ait enfin droit à la vie amoureuse qu’elle mérite. Déplacée le lundi à 21h, Ruptures a rallié 833000 fidèles cet automne sur ICI Radio-Canada Télé.