Télé et radio

La fin du «Grand journal», il y a 10 ans

CHRONIQUE / Nous sommes le 30 mai 2008. Au jardin de Saint-Roch, devenu le parc Jean-Paul-L’Allier, Bruno Savard et Lisa-Marie Blais présentent le dernier «Grand journal» de TQS Québec, dans son format d’une heure. Le ton est solennel, les larmes coulent, c’est la fin des nouvelles chez le mouton noir, telles qu’on les a connues durant deux décennies. Dix ans plus tard, qu’est-il resté de l’info à la TQS? Et où sont allés les fidèles du «Grand journal»?

La décision des nouveaux propriétaires de TQS, les frères Rémillard, d’abandonner l’information a résonné comme un coup de tonnerre dans le monde de l’information au Québec. La réaction a été épidermique, laissant un maire Labeaume furieux lancer en pleine conférence de presse : «Remstar, allez-vous-en chez vous, on ne veut pas vous voir ici!» Ça vous donne une idée de l’ambiance. Depuis, les esprits se sont calmés, plusieurs anciens employés ont obtenu des sommes d’argent qui leur étaient dues après une longue bataille, mais plusieurs, surtout des techniciens, n’ont pas retrouvé d’emploi.

«À Québec, le choc a été encore plus grand, parce que la station a toujours fait ses chiffres. J’ai même entendu qu’on fournissait de l’argent au reste du réseau, tellement on était rentable», raconte Bruno Savard, qui coanimait Le grand journal avec Josée Turmel, deuxième après TVA dans les sondages. En présentant son dernier bulletin après six ans à cette station, il n’avait toujours pas baissé les bras. «J’étais plein d’espoir qu’on puisse refaire de l’information à TQS. J’avais eu des échanges très intéressants avec les propriétaires. J’étais pressenti pour plusieurs projets.» Il se souvient d’une visite très encourageante des frères Rémillard, «pleins de bonnes intentions», dans les locaux de TQS à Québec. «Quand ils te serrent la main et disent : «On va tellement faire des affaires ensemble!», tu y crois. Mais tout s’est écroulé par la suite.»

Télé et radio

«Faire œuvre utile» devient une série

CHRONIQUE / La culture change des vies. Et ce n’est pas exagéré de le dire. Même moi, qui n’ai pas travaillé ailleurs que dans les pages culturelles, ne l’ai jamais aussi bien constaté qu’en lisant «Faire œuvre utile», le très réconfortant livre de la journaliste culturelle Émilie Perreault, lancé l’automne dernier. Après avoir lu ça, personne ne peut dire que la culture, c’est futile ou accessoire.

Voici que ces histoires de chansons, de livres ou de pièces de théâtre qui ont marqué la vie de personnes du public feront l’objet d’une série documentaire de 10 épisodes d’une heure, dès le vendredi 26 octobre à 20h sur ICI ARTV, et éventuellement sur ICI Radio-Canada Télé. L’émission donnera lieu à des rencontres entre les artistes et ces personnes qu’elles ont inspirées, en présence d’Émilie Perreault. «Une rencontre à trois, une discussion, d’égal à égal, où on va échanger autour de l’œuvre», décrit-elle. Comme dans le livre, on peut s’attendre à des moments très émouvants. «C’est touchant, mais pas larmoyant ni sensationnaliste, comme le livre ne l’était pas non plus.»

Parmi les histoires les plus touchantes racontées dans le livre, il y avait celle de Suzanne Prince, dont le père est décédé, prisonnier de son camion en flammes sur l’autoroute métropolitaine en août 2016. Il était allé voir la pièce de Robert Lepage, 887, complètement charmé et avait décidé d’acheter une paire de billets à sa fille Suzanne pour septembre. «Quand son père est décédé, tout ce qui lui restait de son père était cette paire de billets. Un mois et demi après son décès, elle a vécu une épiphanie en voyant cette pièce, où Robert Lepage parle de son propre père, un chauffeur de taxi», relate la journaliste.

Une jeune femme dont le père a voulu la marier de force en Irak, a décidé de refaire sa vie, inspirée entre autres par Mariana Mazza, à prendre ses propres décisions. Une dame dont le mari a été pris en otage au Soudan, se réconfortait en écoutant une chanson de Marc Hervieux. «Au lieu de prendre des médicaments, la chanson suffisait à l’apaiser.» Voilà autant d’histoires inspirantes qui seront traitées dans la série, produite chez Zone3, comme celles de Marc Séguin, Kim Thúy, Les Cowboys Fringants et Simon Boulerice. Environ la moitié des histoires relatées seront tirées du livre, les autres seront nouvelles.

Richard Therrien

Le succès insoupçonné de Télétoon

CHRONIQUE / Savez-vous quelle est la chaîne spécialisée la plus regardée après RDS chez les 18-34 ans? Télétoon. Oui, Télétoon. Depuis l’automne, même en baisse d’un demi-point, la chaîne d’animation obtient 3% de parts de marché chez cette tranche d’âge. C’est plus que Super Écran (2,9), plus qu’AddikTV (2,7), que TVA Sports (2,6) et que LCN (2,5). ICI RDI? 0,9. Et ICI ARTV? 0,7, quatre fois moins que Télétoon. Comme on dit: ouch!

Chez les 2-17 ans, Télétoon bat toute concurrence avec 5,5% de parts de marché, malgré Télé-Québec et ICI Radio-Canada Télé, très forts en jeunesse. La chaîne Disney, qui appartient aux mêmes propriétaires, en obtient 4,9%. Réunies, les deux chaînes battent le score de Télé-Québec chez les 2 à 17 ans. C’est loin devant Yoopa (3,1), Super Écran (2,7) et RDS (2,6). À l’heure où VRAK a abandonné le créneau de la petite enfance, un enfant sur trois regarde Télétoon chaque semaine, c’est énorme.

Télé et radio

Papa Guy et Bébéatrice dans une série

CHRONIQUE / Les abonnés du compte Twitter de Guy A. Lepage connaissent bien Bébéatrice. C’est le surnom qu’il a donné à sa fille, dont il relaie les remarques et réflexions, tantôt adorables, parfois irrévérencieuses. Après avoir inspiré un livre, publié en 2015, voilà que ces phrases glanées dans le quotidien de la fillette, se retrouveront dans une série d’animation, intitulée «Bébéatrice».

C’est la première fois qu’ICI Tou.tv initie une œuvre d’animation, qui sera disponible gratuitement, et non sur l’Extra. Bébéatrice se déclinera d’abord en 20 capsules de quatre à cinq minutes, disponibles dès l’automne. Celles-ci seront ensuite réunies en quatre demi-heures, qui seront présentées sur ICI Radio-Canada Télé en décembre.

Bébéatrice est vraiment une affaire de famille, parce que Mélanie Campeau, conjointe et bientôt épouse de Guy A. et mère de Béatrice, coproduit la série avec Luc Châtelain, chez Écho Média et Les productions Mélomanie. Celui-ci parle de «la première téléréalité en série d’animation au monde». Parce que l’œuvre s’inspire effectivement de la vraie vie de cette famille, bien qu’elle emprunte aussi les histoires des autres.

On parle d’une série comique qui s’adresse à toute la famille, mais qui aura aussi ses moments touchants. «Il y a des gags et des commentaires plus heavy», prévient Guy A. La jeune Béatrice Lepage est capable de réflexions profondes sur des sujets aussi sérieux que le féminisme, la mort et le terrorisme. Comme celle-ci, partagée à son père, le jour de la tuerie de Charlie Hebdo : «Quand on aime pas un dessin, il faut pas tuer les gens, il faut retourner le dessin, c’est tout.» Et plus récemment : «Quand tu vas mourir, qui va te remplacer?»

Alors qu’elle a maintenant huit ans, Béatrice n’a encore que quatre ans et demi dans la série. En plus d’initier le projet avec l’auteur et illustrateur Éric Godin, Guy A. Lepage prête sa voix au personnage de Papa Guy, au menton démesurément long, Mélissa Désormeaux-Poulin incarne la mère, Mamanie, Guillaume Lambert est Théo, le grand frère de 18 ans, né de l’union avec Louise Richer, et qui en a maintenant 26 dans la vraie vie, alors que Muriel Dutil joue Grand-maman Suzanne. Le chien Attaque, un caniche miniature, complète le portrait de famille.

Comme il se doit, le nom de Béatrice Lepage apparaîtra au générique en tant qu’auteure, ce qui en fait la plus jeune scénariste du Québec. «Elle est membre de la SARTEC [Société des auteurs de radio, télévision et cinéma] et reçoit des droits. Je suis le script-éditeur de ma fille», insiste son père.

Guy A. Lepage est toujours resté discret sur sa vie familiale, mais était prêt pour le compromis du dessin. D’ailleurs, Béatrice Lepage, qu’il faut maintenant surnommer «Béactrice», n’était pas présente au lancement de la série, mercredi. La jeune Élia St-Pierre, qui joue Coralie dans le téléroman O’, lui prêtera sa voix. On en dit le plus grand bien sur le plateau, puisque les voix sont enregistrées avant que l’équipe d’animation y juxtapose les images, alors qu’on procède à l’inverse habituellement.

En plus d’être à l’origine des personnages animés et de figurer parmi l’équipe d’auteurs, Éric Godin agit comme directeur artistique, et Didier Loubat, comme réalisateur. Laurent Paquin participe aussi aux textes. Comme vous le verrez, on a opté pour une illustration minimaliste, question de mettre l’accent sur les textes. Toute l’animation est réalisée ici.

TROIS RETOURS CONFIRMÉS

On avait fait tout un mystère du retour de La voix, que n’avait pas annoncé Charles Lafortune à la dernière émission. Voilà que TVA s’est entendu avec le détenteur du format néerlandais, Talpa, pour une septième saison. Après avoir laissé plané le doute, le diffuseur a aussi confirmé le retour de Charles Lafortune à l’animation. ICI Radio-Canada Télé confirme aussi le retour d’Ouvrez les guillemets, l’émission d’humour de François Morency, qui aura en plus sa série de fiction, Discussions avec mes parents, la saison prochaine sur le même réseau. Enfin, le Club illico vient de donner le feu vert à une deuxième saison de La dérape, cette série produite entièrement à Québec par Parallaxes, qui a connu un succès fulgurant à sa sortie en février dernier.