Télé et radio

Véronique Cloutier de retour aux Gémeaux

CHRONIQUE / On se doutait que Jean-Philippe Wauthier ne pouvait pas tout faire. Pour animer son nouveau talk-show quotidien à partir du printemps sur ICI Radio-Canada Télé, il devra laisser tomber des contrats, comme celui de l’animation des Gémeaux. Le diffuseur a donc décidé de ramener Véronique Cloutier, qui avait déjà animé le gala en solo à quatre reprises, de 2008 à 2011, et une fois en coanimation avec Éric Salvail, en 2015.

Le ton de la soirée sera-t-il aussi grinçant qu’au cours des derniers galas? «Le but n’est pas d’installer un malaise à 20h05 et de rester pris avec toute la soirée», répond Véronique Cloutier, qui n’a pas encore commencé à travailler sur le concept. Le prochain gala se déplacera au Théâtre Saint-Denis, pour permettre à un plus grand public d’y assister, une volonté de l’animatrice.

Entre-temps, l’animatrice prépare la spéciale de 90 minutes de La fureur, diffusée le 5 janvier prochain, et qui fera une grande place à la compétition, davantage qu’à des numéros spéciaux. L’émission de variétés 1res fois sera aussi de retour pour une deuxième saison le 17 janvier prochain, sur ICI Radio-Canada Télé.

Z ET L’HUMOUR CORROSIF

RICHARD THERRIEN

TLMEP: un récit prenant et bouleversant

CHRONIQUE / L’information internationale n’a plus l’espace qu’elle mériterait sur notre chaîne publique. Mais dimanche à «Tout le monde en parle», tout le plateau était accroché au récit prenant, bouleversant et essentiel d’Émilie Dubreuil sur les espoirs terriblement déçus des migrants, principalement en provenance du Honduras et du Salvador. De retour du Mexique, la journaliste de Radio-Canada, à qui je décerne l'étoile du match, y a suivi leur caravane en route vers les États-Unis, et son témoignage déchire le coeur.

Ces milliers de migrants en quête d’un monde meilleur se sont unis pour se déplacer en groupe, sachant que ce sont des routes excessivement dangereuses; plusieurs y sont enlevés ou carrément assassinés chaque année. Leur voyage vers les États-Unis n’a rien à voir avec le rêve américain : «ils fuient le désespoir, les menaces de mort, une mafia extrêmement violente», rappelle la journaliste. Le réveil a été brutal une fois rendu à Tijuana, à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, marquée par cet immense mur de métal et ces gardes armés. Dans cet enfer sur terre qu’est Tijuana, Émilie Dubreuil craint que ces migrants, particulièrement les femmes seules et les enfants, soient victimes de la traite des personnes et à la prostitution juvénile. Un bandeau rappelait hier que les Américains ont fermé complètement leur frontière à cet endroit.

Juste à temps pour les Fêtes, Judi Richards et ses filles Sarah et Karine Deschamps proposent Héritage, un album bilingue de reprises, dont Aimons-nous d’Yvon Deschamps, qu’elles ont incluses dans leur spectacle Noël chez les Deschamps. «Un Toulouse 2.0», a lancé Dany Turcotte, rappelant l’ancien trio pop de Judi Richards, récipiendaire du tout premier Félix en 1980. L’expérience de Karine Deschamps à La voix en 2013 lui a laissé un goût plutôt amer. «J’ai reçu beaucoup de messages méchants, et même ma famille en a reçu», a raconté la chanteuse. Ariane Moffatt, qu’elle avait choisie, a aussi été insultée pour s’être retournée. Sarah-Émilie, elle, est directrice de programme pour la fondation Evenko. Seule Annie, qui fait aussi de l’humour, n’était pas sur le plateau.

À la retraite depuis presque 10 ans, Yvon Deschamps se garde occupé, entre ses grilles de Sudoku et ses cours d’espagnol et de piano. Il donne aussi de son temps à une fondation qui porte son nom dans le Centre-Sud, pour venir en aide aux jeunes de ce quartier défavorisé de la métropole. Certains lui ont reproché de s’être associé au Pacte pour la transition, alors qu’il avait acquis la vieille Bentley de Charlie Chaplin. «J’ai 83 ans, j’me pitcherai pas dans l’trafic en bicycle!» a blagué le père des humoristes.

Seul de sa classe à ne pas avoir été approché par un agent après sa sortie du Conservatoire d’art dramatique, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques a trouvé «la lumière» en humour. L’amoureux de littérature, tiré à quatre épingles et découvert dans Like-moi!, ouvre et ferme son one-man-show, Hélas, ce n’est qu’un spectacle d’humour, en lisant Émile Nelligan. Avant de donner son spectacle en France, il l’a testé auprès des Français de Montréal, «qui sont vraiment gentils». Mais «ceux de Paris ne sont pas si gentils que ça», a-t-il constaté une fois là-bas, où on lui a reproché son accent. Dès l’enfance, il jurait parmi la masse; un enfant qui pouvait parler du Molière d’Ariane Mnouchkine n’était pas forcément accepté des autres. «J’étais pas le caïd, j’ai eu des petits problèmes d’inclusion dans la cour d’école», admet-il. «Si tu me reçois avec de la fondue ou de la raclette, [ça signifie que] je ne suis pas assez important pour une cuisson», dit-il au sujet de ses efforts pour bien paraître.

Rayonnante, Ginette Reno a sauté de joie en recevant un disque d’or pour la vente de 40 000 copies de son 40e album, À jamais, son premier en sept ans. «Je ne suis plus sur la garantie», affirme la chanteuse, qui voit cet album comme son testament. Elle égrène ses problèmes de santé, «diabète, troubles cardiaques, surdité, apnée du sommeil, polypes intestinaux», avec l’énergie d’une battante, sans jamais se plaindre. D’ailleurs, elle reproche aux chanteuses, celles qui «préfèrent jouer au golf», de ne pas chanter à la mesure de leur talent. Un plateau avec Ginette Reno est toujours un plateau plein de vie.

«Votre fierté linguistique est une belle leçon pour nous, les Québécois francophones», a lancé Guy A. au quatuor invité à commenter les récentes décisions de Doug Ford touchant les Franco-Ontariens. La députée conservatrice Amanda Simard a pris position contre son propre parti, «un geste politique courageux», a souligné l’animateur. Elle a rappelé qu’«il n’y a pas d’épargne» dans la décision d’abolir le Commissariat des services en français, pour laquelle le premier ministre ontarien a reculé depuis, du moins en partie. Des quatre, l’avocat en droits linguistiques Ronald Caza était le plus vigoureux, considérant que le choix de Doug Ford envoyait un bien mauvais message, celui qu’il ne vaudrait plus la peine de faire des efforts pour protéger la langue et la culture, un combat de tous les jours pour les Franco-Ontariens. En réaction aux propos de Denise Bombardier sur la quasi disparition des francophones à l’extérieur du Québec, il a affirmé qu’il y avait plus de francophones en Ontario que dans la ville de Québec.

Fort sympathique ce Snails, producteur et DJ, dont la musique électronique fait danser les foules, et qui rêvait d’être invité à Tout le monde en parle. Issu du monde métal, il a créé son propre style, le «vomitstep», un «sous-genre musical». De par son succès international, certains le croient Américain, mais Snails s’appelle Frédéric Durand et vient de Ste-Émélie-de-l’Énergie. Membre votant de l’Académie des Grammy depuis que le duo Skrillex et Diplo l’a  remercié sur scène, il entreprend une longue tournée américaine.

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Télé et radio

Ce racisme bien enrobé

CHRONIQUE / Certains groupes identitaires enrobent si bien leur discours xénophobe qu’ils parviennent à convaincre même les plus modérés. Si on attendait que les racistes se proclament comme tels, on pourrait croire qu’ils font partie de la légende. «Les chiens qui jappent mordent pas, c’est les chiens qui jappent pas qui m’inquiètent», image Maxime Fiset.

Cet ancien skinhead néonazi de Limoilou, maintenant repenti, œuvre désormais au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. Il combat ce qu’il prônait jadis. Vous l’avez déjà vu dans nos pages et chez les autres médias, une première fois en 2008 lors de son arrestation par l’escouade de lutte contre le terrorisme de la Sûreté du Québec, pour propagande haineuse. Sa mère relate l’événement, dévastée. Fiset est sorti encore plus «crinqué» de son procès, avec le fantasme de déclencher une guerre civile. Et l’idée de faire sauter une bombe en pleine fête du Canada.

Aujourd’hui, celui qui a connu le monstre de l’intérieur s’inquiète de la radicalisation ambiante, de ces extrémistes décomplexés. Selon Maxime Fiset, nous sommes assis sur une bombe à retardement, une réalité qu’il tente d’établir dans La bombe, un documentaire de Gabriel Allard-Gagnon (T’es où, Youssef?) que présente Télé-Québec mercredi à 20h.

L’idée n’est pas de savoir si on est plus ou moins racistes que les Américains, que les Français, que tout autre peuple dans le monde. Ça n’a ici aucune importance. L’idée est de savoir s’il existe un réel progrès de la radicalisation au Québec. Le documentaire nous invite à plus de vigilance, à mieux interpréter ces messages racistes qui se déguisent en discours nationaliste et qui fonctionnent par la peur. En cela, l’œuvre y parvient assez bien.

Dans La bombe, dont Maxime Fiset assure la narration, on fait d’abord le rapprochement entre nationalisme et racisme, puis entre l’intimidation dont Fiset a été victime à l’école et sa décision de devenir leader d’un mouvement radical d’extrême droite. Enfin, il explore le passage de la meute au statut de loup solitaire. Un segment où vous verrez des extraits d’un interrogatoire d’Alexandre Bissonnette, où l’auteur de la tuerie de la Mosquée de Québec explique ses motivations et conclut par un: «C’est pas mal, ce que j’ai fait.»

Il s’en est fallu de peu pour que Fiset passe à l’action lui aussi. Il se reconnaît beaucoup dans le discours d’Alexandre Bissonnette, qui avait une urgence d’agir. «Fallait que je fasse quelque chose», répète Bissonnette dans son interrogatoire. Heureusement, Fiset a trouvé un job dans une épicerie et rencontré sa blonde, Marie, avec qui il aura une fille. Ça lui aura ouvert les yeux et fait prendre conscience de la gravité de ses gestes. 

Télé et radio

TLMEP: la gentille sorcière

CHRONIQUE / Environnement, réincarnation, humour philosophique, il a été question de tout ça, dimanche à «Tout le monde en parle». Mais c’est une entrevue sur les monstres, en toute fin de soirée, qui aura le plus sorti du lot. Il faut dire que l'histoire de l'illustratrice américaine Emil Ferris, auteure du roman graphique «Moi ce que j'aime, c'est les monstres», à qui j'attribue l'étoile du match, relève parfois d'un film d'horreur.

Une agression sexuelle durant son enfance, pendant qu'un épisode de Mr. Magoo jouait à la télé, lui a pourtant fait détester les bandes dessinées durant longtemps. «J'espère qu'en le lisant, les gens trouveront l'inspiration de faire ce qu'ils aiment plus que tout», a lancé cette femme partie de loin.

Terrassée par une forme grave du virus du Nil en 2002, elle a eu tout le bas du corps paralysé, avant de retrouver une partie de sa dextérité. Entre-temps, sans le sou, elle a été expulsée de son appartement, et sa propre fille a dû vendre des vêtements pour qu'elle puisse se nourrir. Même une fois le bouquin complété, elle se servait à même le buffet d'un salon du livre!

La très attachante dame, qui se définit comme une sorcière, n'est pas banale. Pour son livre, elle a travaillé 16 heures par jour durant six ans, et essuyé les refus de 48 éditeurs. Celui-ci a été dessiné entièrement avec un stylo-bille. «C'était de la folie! Je ne sais pas à quoi attribuer ça, à part la maladie mentale», affirme la gentille sorcière, qui voit des monstres partout. Même en Guy A. et en Dany, qu'elle a dessinés en Dracula et sa victime, Renfield.

Autre moment marquant de cette émission par ailleurs un peu terne, cette entrevue remuante avec Louis-Philippe, ce père de famille de Saint-Jérôme qui a oublié son bébé dans sa voiture en août 2016, alors qu'il devait le mener à la garderie. «Jamais je ne vais accepter la mort de mon fils. Je vis avec», a dit le papa de deux autres garçons, et d'une fillette née après le drame. Depuis, les petits drames sont plus difficiles à vivre, mais heureusement, son couple a survécu malgré tout, et jamais sa conjointe ne lui a adressé de reproches. Il porte sur son bras un tatouage qui lui rappelle le petit Jacob chaque jour. Parce qu'on survit à un tel drame. «L'être humain est capable de survivre à ces choses-là. Ça donnerait quoi de ne pas survivre à ça?» demande Émilie Perreault, qui parle d'un bel exemple de résilience. Dans la série Faire œuvre utile, la journaliste a permis à Louis-Philippe de rencontrer Biz, qui a publié un roman sur une histoire semblable, Naufrage.

Dominic Champagne ne s'attendait pas à une réaction aussi violente à son fameux Pacte pour la transition, auquel ont adhéré de nombreux artistes, accusés par la suite de vouloir faire la morale sur la question environnementale. «Le festival de la bouette», résume le metteur en scène. Louis Morissette, lui, avait prévu cette réaction, hésitant au départ à apposer sa signature et en avait prévenu Champagne. De l'autre côté, celui-ci dit recevoir des centaines de courriels inspirants qui appuient le mouvement, et est sorti encouragé de sa rencontre avec le premier ministre François Legault et sa ministre de l'environnement. «J'ai envie d'inspirer mon premier ministre, je lui ai offert mes services», a-t-il dit, ajoutant qu'il pouvait être «un caillou ben tannant dans le soulier».

Pour l'ingénieure Catherine Morency, l'achat de véhicules électriques ne constitue pas un geste vert, à moins que ce soit pour des autobus, qui transportent plusieurs personnes. Elle ajoute qu'il ne manque pas de solutions alternatives à la construction de nouveaux liens routiers. L'économiste François Delorme se dit en faveur d'un organisme indépendant du gouvernement, comme la Banque du Canada, qui serait chargé d'atteindre les cibles en environnement. Il cite un rapport déposé en milieu de semaine, qui prévoit qu'on ratera les cibles de gaz à effet de serre pour 2030, à hauteur de 13%.

Trois millième invitée de «Tout le monde en parle», Virginie Fortin a reçu des critiques très élogieuses de son nouveau spectacle, Du bruit dans le cosmos. Un titre qui lui a été inspiré parce qu'elle s'est toujours questionnée sur l'infini et sur notre présence dans l'univers. Elle écrit ses propres textes avec son chum, Philippe Cigna, et pratique un humour philosophique, même si le terme «ne vend pas tant que ça». L'humoriste, une habituée du Festival Fringe à Édimbourg en Écosse, y va pour donner des spectacles, devant des salles remplies ou parfois vides, mais aussi pour s'inspirer d'autres humoristes. Elle s'est clairement inspirée de Josée Rivard, une figure populaire sur Facebook, pour une parodie à l'émission L'heure est grave à Télé-Québec. La dame forte en gueule et en opinions tranchées lui a répondu, sans qu'on sache trop si elle a aimé, ou pas, la parodie.

Auteur de la trilogie des Fourmis, Bernard Werber a publié La boîte de Pandore, l'histoire d'un professeur qui utilise l'autohypnose pour visiter ses vies antérieures. Le romancier français utilise lui-même ce procédé, et précise qu'il préfère revisiter ses vies agréables. Une médium lui a dit qu'il avait eu 111 vies, au cours desquelles il a été un archer anglais, un samouraï, une femme dans un harem en Égypte. Werber n'a aucune honte de parler de ses croyances. «Je n'ai aucune volonté de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit», dit-il. Et tant mieux, si vous êtes sceptique, ajoute-t-il. «Pour chacun, il y a une réponse différente.» Savez-vous qui vous êtes vraiment? demande le roman. «C'est une œuvre de toute une vie», croit l'auteur, qui en apprend sur lui-même chaque jour. Il utilise la réincarnation comme «outil de détente», afin d'expliquer pourquoi on fait tel choix plutôt qu'un autre. Parce qu'on choisirait même la taille de son pénis avant sa naissance, selon M. Werber. Ce qui a fait dire à Guy A.: «avoir su!»

Alors que les trois précédents albums des Trois Accords ont été produits en partie à New York, Beaucoup de plaisir a été enregistré dans un petit chalet de Saint-Zénon, sans accès à Internet. Le fait qu'ils aient développé d'autres projets autour, comme le Festival de la poutine, explique peut-être leur longévité. Spécialement pour l'émission, ils ont transformé leur chanson Tout le monde capote en «Tout le monde en parle», ce qui pourrait devenir l'hymne de la grand-messe du dimanche soir. Assez pour oublier le ver d'oreille Rassemblés en un même corps, qu'ont plusieurs d'entre nous en tête depuis la visite de Mario Pelchat la semaine dernière.

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