Richard Therrien

Les vrais dieux de la danse

Le plateau tournant de «Danser pour gagner», installé dans Pointe-Saint-Charles à Montréal, est impressionnant. C’est pas parce qu’on est à V qu’on ne peut pas faire les choses en grand. Julie Snyder, qui a connu des tournages complexes comme «Star Académie» et «Le banquier», dit que celui de «Danser pour gagner» se passe presque trop bien.

La démone en a pourtant plein les bras. Victime d’une chute de pression, comme Claire Lamarche, Julie s’est fracturé le coude droit en tombant dans sa salle de bain. La productrice a eu toute une frousse, mais jamais comme lorsqu’elle s’était abîmé des vertèbres cervicales à Paris, et qu’elle avait dû retarder la première de Vendredi c’est Julie. À la rencontre de presse lundi, ça ne l’a pas empêchée de grimper dans des structures métalliques pour prendre une photo. Vous la verrez faire des apparitions, le bras plâtré, dans la première émission de Danser pour gagner.

Mais c’est bien Olivier Dion qui anime l’adaptation québécoise de America’s Best Dance Crew, qui commence mercredi à 19h30 sur V, avec l’hebdomadaire de 90 minutes. Julie Snyder se plaît à dire qu’il s’agit de la seule émission de variétés en direct à la télé en ce moment. Pour sa part, Julie Ringuette arpentera les coulisses.

Si le reste est à l’image du numéro d’ouverture qu’on nous a montré, sur l’air de Montréal XO de Laurence Nerbonne, on en aura plein la vue. Douze équipes s’affrontent dans cette compétition de danse urbaine, dont trois de Québec. Deux proviennent du Studio Party Time, les gars de MARVL et les filles de Gossip, en plus de QMDA, aussi une équipe féminine. Mercredi, les six premières troupes s’affrontent, avant les six autres le mercredi suivant. On élimine une équipe chaque semaine avant une lutte à trois dans la grande finale. Le public pourra voter toute la semaine pour son équipe favorite. Les deux troupes qui obtiendront le moins de votes seront mises au ballottage.

Julie Snyder a demandé aux trois juges de ne pas être complaisants dans leurs commentaires. Kim Gingras, seule danseuse professionnelle du trio, risque d’être la plus sévère, mais Denis Bouchard et Laurence Nerbonne diront aussi ce qu’ils pensent réellement. Dans leurs numéros, les équipes n’auront que 120 secondes pour s’illustrer. On risque d’entendre plus d’anglais que de français dans les titres choisis, quoique Les Cowboys Fringants apparaissent dans la liste. Chaque chanson est remixée par une équipe de la version originale américaine.

Québec sera bien représentée parmi les 75 danseurs de 13 à 38 ans, qui s’étaient croisés pour la plupart dans différents concours. Composée de sept gars dans la vingtaine, spécialisés en breakdance et en hip-hop, MARVL n’en est pas à sa première compétition. L’un de ses membres, Louis Durand, de Limoilou, souhaite que l’émission serve de tremplin et montre aux gens à quel point le calibre est fort au Québec. «Si on peut servir de modèles à de jeunes garçons qui veulent danser, qui se reconnaissent dans MARVL, on serait vraiment très heureux», m’a confié celui qui met en veilleuse des études de droit le temps de la compétition. Leurs acrobaties au sol, spectaculaires mais exigeantes, représentent à la fois leur pire et leur meilleur défi. Dans les émissions de coulisses, les fans de Mixmania2 reconnaîtront le coach de MARVL, Tommy Tremblay, qui avait participé à l’émission de VRAK en 2011, et qui a toujours dansé depuis.

La direction artistique est confiée à une figure de Québec, Nicolas Bégin, créateur de Hit The Floor, une des plus importantes compétitions de danse au monde. Moins coûteuse qu’Occupation double, Danser pour gagner reste l’une des plus grosses productions à l’antenne de V. L’enjeu est énorme, puisque l’équipe gagnante remportera un grand prix d’une valeur de 100 000 $, incluant une bourse de 60 000 $. Julie Ringuette anime quatre demi-heures de coulisses, le lundi, mardi et jeudi à 18h30 et le mercredi à 19h.

Richard Therrien

Secrets de juges

EXCLUSIF / Après l’hôpital et la prison, au tour de la Cour de dévoiler ses secrets aux caméras de télévision. J’ai appris qu’un docu-réalité sera tourné cet hiver au palais de justice de Québec, et donnera un accès privilégié au travail des juges. L’œuvre en 11 épisodes d’une demi-heure, intitulée «Dans les coulisses du palais», sera diffusée à Canal D à partir de la mi-octobre.

«Y’a pas de justice au Québec!» Le commentaire revient chaque fois qu’une peine est jugée trop clémente par le public, qui parle alors de «sentences bonbons». Juge-t-on trop sévèrement notre système de justice? Et si on allait voir comment les choses se décident en coulisses? C’est ce que fera la maison de production KOTV, qui tournera de la fin janvier à avril.

«Il n’y a jamais une caméra de télévision qui est entrée dans le secteur restreint réservé aux juges», m’explique le producteur au contenu et scénariste Yves Thériault, qui arpente les couloirs des palais de justice depuis environ 25 ans. «C’est une mine inépuisable de sujets. Tous les drames de la vie humaine se jouent là. Au palais, il n’y a pas de petites causes. L’émotion est à fleur de peau.»

En plus d’avoir travaillé à L’arbitre sur V, Yves Thériault a signé un livre sur les libérations conditionnelles, travaillé à des séries télévisées sur la justice et la criminalité, et agi comme producteur au contenu de l’excellent docu-réalité En prison à Z, tourné à Bordeaux. Pour tourner au palais de justice, il lui a fallu obtenir l’approbation de plusieurs paliers, des juges au gouvernement. Et pas des moindres: Lucie Rondeau, juge en chef de la Cour du Québec, et Robert Pidgeon, juge en chef associé de la Cour supérieure du Québec, ont tous deux accepté avec enthousiasme de prendre part au projet, une fois convaincus de son sérieux.

Réalisée par Marc-André Chabot et produite par Marie Brissette, Dans les coulisses du palais suivra de plus près certains personnages de la magistrature, auxquels on devrait s’attacher. «Ça devait être de bons communicateurs, des gens vrais, qui avaient envie de partager leur passion», explique Yves Thériault au sujet du casting. Le nom de Robert Pidgeon s’est imposé dès le départ. Natif de Gaspé, le juge en chef associé de 72 ans est reconnu pour son humanité, sa jovialité, loin de l’image de juge distant et froid que l’on imagine. «J’ai gagné ma vie avec des gens ordinaires, j’ai toujours eu un grand respect pour eux. J’ai toujours voulu qu’ils comprennent notre système de justice, et c’est pour ça que j’ai embarqué dans ce projet-là», m’a-t-il confié. M. Pidgeon, qui insistait sur l’importance de l’indépendance des juges lors d’une cérémonie d’assermentation vendredi dernier à Québec, compte bien en faire la démonstration durant la série.

De la même manière que De garde 24/7 à Télé-Québec, qui montre des médecins passionnés par leur travail, Dans les coulisses du palais souhaite démystifier le travail des juges, mais aussi des avocats, des greffiers, des constables spéciaux, des agents correctionnels. «Chaque matin, il y a des gens, dans les 56 palais de justice au Québec, qui vont travailler avec la passion du droit dans le cœur, et qui souhaitent que la justice soit plus accessible, plus rapide et moins dispendieuse. C’est ce monde-là qu’on va montrer dans notre série», affirme Yves Thériault.

Selon Lucie Rondeau, la série arrive à un moment où les juges sont justement soucieux de mieux faire connaître leur fonction. «Si les gens savaient mieux qui on est, ça contribuerait à maintenir la confiance du public envers les tribunaux, et peut-être même à la solidifier», espère-t-elle. La juge en chef de la Cour du Québec croit aussi que le docu-réalité permettra d’humaniser la profession. «On va voir que, malgré les valeurs communes qui les habitent, chaque juge a sa personnalité. Ça demeure un individu, une personne entière.»

La série, qui ne se limitera pas au travail des juges, nous fera voir l’espace où on accueille les détenus et les ascenseurs qui leur sont réservés. Et on nous fera témoins des différentes étapes de sélection des jurés, un processus méconnu mais fascinant. «On ne veut surtout pas déranger le processus judiciaire ou nuire aux procédures. Par exemple, à la chambre de la jeunesse, on ne peut identifier ni les enfants, ni leurs parents», insiste Yves Thériault. Comme c’est la norme dans ce genre de série, on respectera la volonté des personnes qui refuseront d’apparaître à l’écran.

Pour la juge Rondeau, la série permettra aux gens de mieux comprendre les lenteurs du système, et l’ampleur de la tâche d’un juge. «C’est une occasion unique de mieux faire connaître la fonction de juge, son importance mais aussi ses limites. Un juge n’a pas plein pouvoir sur tous», souligne-t-elle. Et si l’on tentait d’embellir les choses, de nous montrer les juges sous leur meilleur jour? Après tout, c’est de la télé. Sa vision est claire: «Je ne pense pas qu’une personne puisse devenir totalement différente du jour au lendemain. Les gens vont rester ce qu’ils sont. De toute façon, il faut que le travail se fasse et que les causes soient entendues.»

L’équipe de KOTV n’a pas l’intention de s’attarder sur des causes déjà très médiatisées comme celles de Nathalie Normandeau et du présumé auteur de la tuerie de la Mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette. Si KOTV a privilégié le palais de justice de Québec, c’est notamment pour la proximité des juges Rondeau et Pidgeon, qui garderont un œil sur le projet. «Et le palais de Québec est plus attrayant que celui de Montréal. L’éclairage est beaucoup plus intéressant», ajoute Yves Thériault, convaincu qu’il y aurait du matériel pour plus d’une saison.

Richard Therrien

La série qui rend parano

CHRONIQUE / La technologie peut titiller la folie. À une époque où il suffit de dire «OK Google!» pour connaître la météo, entendre la dernière toune de Taylor Swift ou pour se faire raconter une histoire drôle, toutes des choses bien innocentes, certains scénarios catastrophes de Black Mirror, la série de Netflix, paraissent à peine exagérés. Il y a quelque chose d’angoissant à suivre ces histoires à empêcher de dormir n’importe quel être le moindrement paranoïaque. Parce qu’on imagine que ce qui nous y est raconté pourrait réellement se produire un jour. Et en cette ère de «bouton sur le coin du bureau» pour déclencher une attaque nucléaire et de répliques à la «mon bouton est plus gros que le tien», il y a de quoi devenir parano.

Les histoires de Black Mirror, toutes inspirées des possibles dérives de la technologie, sont autant d’observations sur notre vie contrôlée par les écrans, par ce miroir noir qui nous retourne une image peu glorieuse de notre monde. La série britannique créée par Charlie Brooker en 2011, et récupérée par Netflix en 2016, en est à sa quatrième saison, en ligne depuis les Fêtes, en anglais comme en français, en versions doublée et sous-titrée. Pas besoin de voir les six épisodes dans l’ordre, ni les 13 précédents, d’ailleurs, puisqu’ils sont tous indépendants les uns des autres, comme de mini téléfilms aux durées variables, allant de 41 à 76 minutes. Si la science-fiction pure et les sagas de l’espace vous laissent indifférent, je vous suggère de ne pas commencer par le premier épisode, le plus long de la saison.

Jodie Foster réalise le second épisode, intitulé Archange. Traumatisée d’avoir perdu des yeux sa petite fille dans un parc durant plusieurs minutes, une mère décide de faire implanter à sa fille une puce, qui lui permettra de la surveiller en tout temps. Sur une tablette, elle observe tout ce que l’enfant voit de ses yeux, en temps
réel.

En apparence, le procédé semble pratique, comme l’intercom pour garder une oreille sur la chambre du bébé. Mais lorsque l’enfant grandit, ça se gâte. La mère en fait une véritable obsession, épie sa fille à longueur de journée. Évidemment, ce qui devait arriver survient : la mère est témoin des premiers rapports sexuels de sa fille. L’image la bouleverse et finit par la rendre folle. Ce simple désir de vouloir protéger sa fille l’a transformée en véritable louve surprotectrice. Vous verrez que la suite aura des conséquences insoupçonnées, plus graves que tout ce que vous pouvez imaginer.

Télé et radio

V en mode Rousseau

CHRONIQUE / V passe en mode Stéphane Rousseau. L’humoriste, qui reprendra le siège d’Éric Salvail plus de quatre mois après son éviction précipitée, rêvait d’un talk-show de fin de soirée. La proposition est venue tout juste avant les Fêtes. «J’avais ça en tête depuis toujours, mais je ne pensais pas que ça arriverait maintenant. Une fenêtre s’est ouverte.»

Stéphane Rousseau sortait d’une année sabbatique, qu’il a passée à peindre dans son atelier, à voyager un peu, à élever un bébé chien — qui fera peut-être partie de l’émission —, et à passer du temps avec sa conjointe et avec son fils. Du vrai temps pour lui. «Beaucoup, beaucoup de Netflix aussi!» me dit-il.

Voici que le 5 mars à 22h, il s’installera à l’Astral, l’ancien studio de Salvail, mais avec un tout nouveau décor, d’inspiration chalet chic. L’humoriste retrouve Fair Play, la boîte qui avait produit sa dernière émission, Sur invitation seulement, à TVA. S’il a aimé cette expérience, il souhaite maintenant un concept beaucoup moins survolté, et plus près de sa personnalité. Le but est de faire rire, comme Jimmy Fallon et Ellen DeGeneres aux États-Unis, mais aussi d’aborder des sujets plus sérieux avec ses invités.

Rousseau, qui agit aussi à titre de producteur exécutif, aura un ou deux collaborateurs, préférablement des collaboratrices, à ses côtés. Des auditions auront lieu la semaine prochaine pour combler ces postes. Pour le reste, son émission suivra les codes du talk-show traditionnel américain, avec un bureau pour l’animateur et un fauteuil pour les invités. Sketchs, prestations musicales et topos tournés à l’extérieur compléteront le programme.

Contrairement à En mode Salvail, qui était présentée en direct les lundis et mercredis, la nouvelle émission, qui n’a pas encore de titre, sera toujours enregistrée. Notamment en raison de la disponibilité des lieux, mais aussi parce que l’équipe souhaitait se donner une chance d’offrir une émission de qualité tous les soirs. Pour l’instant, l’émission se poursuivra jusqu’à la fin mai. Après, on verra.

Stéphane Rousseau est conscient qu’après quatre ans d’En mode Salvail, le public devra s’habituer à la nouvelle formule. «C’est sûr que les gens vont comparer, forcément. Salvail faisait une bonne job, et a su installer une habitude d’écoute qui n’existait pas à V dans cette case.» Il veut profiter de l’occasion pour se révéler autrement au public. «Les gens me connaissent, mais pas tant que ça», pense-t-il.

Rousseau, qui sera un invité de Tout le monde en parle dimanche, n’est pas du tout impliqué dans le Grand Montréal Comédie Fest, le nouveau festival du rire, même s’il a été approché et qu’il est sympathisant à la cause. Après six tournées, il avait déjà décidé de mettre en veilleuse sa carrière d’humoriste. Toute cette vague de dénonciations, qui a neutralisé Salvail et Rozon entre autres, aura selon lui des effets bénéfiques. «C’est tout un changement de société qui s’opère. L’homme doit s’ajuster et se réinventer. Des situations d’abus de pouvoir comme celles-là, c’est pathétique, triste, choquant. On fait donc un pas de géant dans le bon sens.»