Jean-Sébastien Girard et Véronique Cloutier sont à la barre de Votre beau programme.

Votre dernier Beau programme

CHRONIQUE / Pour sa dernière, mercredi soir, Votre beau programme s'est offert une courte parodie de lui-même. Une Véro surexcitée et pressée, jouée par Véronique Claveau, qui fait des acrobaties. «Avoir su, elle serait restée aux Enfants de la télé», a lancé le faux Jean-Sébastien Girard (Antoine Vézina) pour la présenter. Et au segment du «vrai monde», Véro de dire : «Maintenant, c'est le temps de brailler comme à chaque émission.»
L'autodérision, c'était la meilleure façon de conclure cette saison qui a alimenté les discussions tout l'hiver et essuyé plusieurs critiques. On a même eu droit dans un sketch à Julie Snyder - la vraie - qui négocie avec Véro pour son retour à Radio-Canada. «Je t'échange Occupation double contre Votre beau programme, pis Louis Morissette», offrait Véro. Refus de Julie sur le dernier item : «C'est comme vendre une maison avec de l'amiante dedans.»
Louis Morissette, à qui j'ai parlé à quelques heures de la dernière, admet que son équipe pousse un grand soupir de soulagement après l'expérience mouvementée, parfois même éprouvante, de Votre beau programme. «On n'est pas amers. Mais on ne peut pas jouer à l'autruche, on a compris ce que les gens nous ont dit, et on ne s'en fout pas du tout», m'a confié le producteur et mari de l'animatrice. Il a vu, comme nous, les chiffres d'auditoire se stabiliser à 500 000 depuis plusieurs semaines, moins de la moitié de ce qu'avait promis le diffuseur à ses annonceurs. «On va accuser le coup. On a une part de responsabilités, le mélange des genres était peut-être une mauvaise idée», reconnaît-il.
Pour l'instant, l'avenir de l'émission est laissé en suspens. Les producteurs doivent s'asseoir avec la direction pour en discuter dans les jours qui viennent. Mais si l'émission revient, ce ne sera assurément pas avec la même formule. Et probablement pas en direct. «Est-ce que ce sera encore Votre beau programme ou complètement autre chose? Ce n'est pas clair», dit Louis Morissette.
L'équipe doit prendre le temps de décanter. Parce que, mis à part les réactions du public, toute l'entreprise est épuisante. «On a tout donné. C'est comme 12 galas en 12 semaines. J'ai lâché les Bye Bye pour faire Votre beau programme. C'est pire. C'est plus essoufflant, ça ne finit jamais!» affirme le producteur. À chaque instant, il dit avoir pu compter sur le soutien de la direction, qui croyait en l'émission.
Louis Morissette est toujours convaincu que Votre beau programme a joué d'audace en proposant quelque chose de nouveau. «Je n'ai jamais travaillé avec une gang aussi créative, des auteurs aussi allumés et dédiés.» Il croit d'ailleurs que l'émission ne méritait pas autant de mauvaises critiques. «Je suis capable de dire que j'ai pris de mauvaises décisions. Mais dans le cas de Votre beau programme, j'ai produit des shows qui étaient pas mal moins bons que ça et qui ont eu bonne presse.»
Les bons coups
Comme l'ont fait remarquer plusieurs, Louis considère que toute la portion humoristique est ce qu'il y avait de plus réussi dans l'émission, dans les parodies et dans les numéros de variétés, comme la fête d'Antoine Bertrand en trois minutes et demie. «Ce qui était moins heureux, c'était le direct. Il m'est arrivé de me dire, quand un numéro finissait, que j'en aurais enlevé des petits bouts.»
Parmi les bons coups, il cite aussi le numéro à travers le temps avec Alex Nevsky, «fantastique», celui où Éric Bruneau reprend plusieurs grands rôles du cinéma, ou encore la comédie musicale. «Sans être parfaits, ces moments-là amenaient, dans le portrait télévisuel actuel, quelque chose d'intéressant.»
On a parlé du rôle, mal défini au départ, qu'on a fait jouer à Jean-Sébastien Girard, à la fois fou du roi, faire-valoir et annonceur de l'émission. «Je ne crois pas qu'on puisse attribuer à Jean-Sébastien un écart de 500 000 dans les cotes d'écoute, ce serait fort injuste de lui mettre ça sur le dos.»
En plus de Votre beau programme, le couple a lancé le mois dernier Véro.tv, que Radio-Canada qualifie déjà de pari gagné. Ce qui fait dire à certains que les Cloutier-Morissette en mènent large chez le diffuseur public. «Jamais personne ne m'a donné un show parce que je suis Louis Morissette ou parce que je suis le conjoint de Véronique Cloutier, mais parce qu'ils pensent que le show va fonctionner et qu'il est à leur prix», répond le principal intéressé. Il ajoute que KOTV, sa boîte de production, est loin derrière d'autres producteurs, qui occupent de grandes cases horaires en soirée. «Certains ont des chiffres d'affaires 10 fois plus gros que le mien.»
Louis Morissette ne cache pas que Véronique a été affectée par le flot de commentaires à son endroit cet hiver. «Ça l'a frappée dans le ventre. Certains commentaires étaient extrêmement violents. Une journée que t'es plus fatigué, quand t'en reçois une vingtaine, ça finit par te rentrer dedans. Mais ça ne dure jamais longtemps, on va revenir forts.»