Les journalistes ont assisté au tournage d'un numéro de pompiers, où les danseurs actionnaient des extincteurs entre leurs jambes, et enlevaient tout devant des spectatrices en délire.

Une série qui a des couilles

CHRONIQUE / Des seins et des fesses, ça passe, et nos fictions en montrent souvent. Mais des pénis? Beaucoup plus rare. Vous risquez certainement d'en voir dans Le Cheval-Serpent, la série sur l'univers d'un bar de danseurs nus pour femmes, qui sera accessible durant la saison 2017-2018 sur l'Extra d'ICI Tou.tv.
Quand on parle de scènes de nu, les réalisateurs ont plus souvent l'habitude de déshabiller leurs vedettes féminines. «Baisse tes culottes!» sonne comme une phrase macho venant d'un cinéaste voyeur. Quand on a affaire à la série Le Cheval-Serpent, la directive devient inévitable, mais s'adresse cette fois-ci à des hommes.
Après nous avoir ému avec Unité 9, qui obtient toujours autant de succès, Danielle Trottier avait envie d'une série «pétillante», qui fera rire, promet-elle, mais aussi saliver. «Des belles fesses, c'est beau à regarder en tabarnouche!» s'exclame l'auteure, qui a déjà fréquenté les bars de danseurs. Avec cette série, qu'elle a en tête depuis cinq ans, son intention n'est pas de choquer. Elle promet que ce sera fait avec goût. «La sexualité, ça fait partie de la vie», rappelle-t-elle.
La série de 10 épisodes est actuellement en fin de tournage à Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal. Dans les studios Mels, on a construit de toutes pièces un bar assez vaste, aux murs fuchsia. Alors que le bar mythique Le 281 à Montréal possède une scène plutôt réduite, le Cheval-Serpent jouit d'un catwalk, une passerelle au centre de la pièce, qui permet aux danseurs de se promener parmi les clientes. Avec une scène en forme de pénis. Oui, oui, de pénis. Après tout, les clientes ne vont là que pour une chose : voir des hommes à poil.
Hâte de voir ce qu'on retiendra au montage, mais le réalisateur Sylvain Archambault (Mensonges, Les pays d'en haut) affirme que ses acteurs pourraient afficher des débuts d'érection, comme le font les vrais danseurs. Les hommes qui exercent ce métier arrivent rarement sur la scène avec un pénis mou, plaide Danielle Trottier. Or, trouvez-moi une série québécoise qui a montré un phallus, parce que moi, je n'en connais pas. Disons qu'il s'agit du tabou ultime.
Les danseurs sont des acteurs pour la plupart ou de vrais danseurs. Se glisse parmi eux le chanteur Claude Bégin, qui s'est déjà dénudé dans son clip Avant de disparaître. Les autres sont Julien (Alexandre Landry, du film Gabrielle), Billy (Pier-Olivier Paquet), Angel (Randy Simons), Mustang (Sacha Charles, qu'on a vu dans 30 vies et Blue Moon), et le vétéran, Pete (Francisco Randez). Celui-ci a visiblement commis quelque chose de grave puisqu'il a été écarté du Cheval-Serpent par sa propriétaire. Tous ont le physique de l'emploi et ont été soumis à une routine sévère, suivis par une diététicienne, un entraîneur sportif et un professeur de danse. Le réalisateur promet 18 numéros de strip-tease, chorégraphiés par Uriel Arreguin, qu'on voyait danser au Match des étoiles.
Dorice McQuaid, interprétée par une Sophie Prégent aux cheveux beaucoup plus courts, dirige d'une main de fer ce bar de danseurs. Si la propriétaire du 281, Annie Delisle, a travaillé comme consultante sur la série, l'auteure affirme qu'elle n'a pas inspiré le personnage principal. Élise Guilbault joue sa conjointe, une militante féministe.
Danielle Trottier, qui a toujours eu des couples homosexuels dans ses téléromans, affirme néanmoins que la chose dérange encore. Chaque fois qu'elle montre deux femmes s'embrasser dans Unité 9, elle reçoit une cinquantaine de messages du genre : «Pourquoi tu nous forces à regarder ça?» Avec Le Cheval-Serpent, c'est la première fois qu'elle fait d'un couple de lesbiennes ses personnages principaux, faisant le pari de «normaliser» encore plus la chose. À elles se greffe David (Guillaume Lemay-Thivierge), gérant du bar et père de leur fille. Le Cheval-Serpent, c'est aussi une bataille entre ce qui est moral et ce qui ne l'est pas. Le nouveau maire de la ville, Laurier St-Pierre (Daniel Parent), a décidé de faire la vie dure à l'institution, souhaitant offrir une meilleure image de la métropole aux touristes.
Sylvain Archambault semble naviguer là-dedans avec une aisance impressionnante. Mercredi, les journalistes ont assisté au tournage d'un numéro de pompiers, où les danseurs actionnaient des extincteurs entre leurs jambes, et enlevaient tout devant des spectatrices en délire. Anecdote : la productrice Fabienne Larouche a parlé d'une «prime à la nudité» pour les acteurs, lorsqu'ils se montrent intégralement. Des extras, pourrait-on dire. Mercredi, devant les journalistes, ils portaient ce qu'on appelle en coulisses des «poches de thé», qui cachent l'essentiel. Ça reste des acteurs, moins exhibitionnistes que leurs personnages.