Un Gala Artis du pareil au même

CHRONIQUE / Il ne fallait pas compter sur les enveloppes du 31e Gala Artis pour être surpris, dimanche à TVA. Pour vous dire, j'ai réussi à prédire les noms de 14 des 16 gagnants. Pas de mérite; à part quatre catégories, c'était du copier-coller avec le gala de 2015.
L'équipe n'est pas à blâmer, les gagnants encore moins, c'est le public qui vote. Et le public est fidèle, très fidèle. Les Pierre Bruneau, Gino Chouinard, Dave Morissette, Denis Lévesque, Guylaine Tremblay semblent être abonnés à vie. Ça ne se discute pas.
Le giron de TVA a raflé 11 trophées, contre deux pour ICI Radio-Canada Télé, deux pour V et un pour VRAK. Claude Legault absent des nominations, Martin Matte a mis la main sur le trophée de la personnalité masculine, en plus de celui qu'il venait de gagner pour le rôle masculin dans une comédie. «C'est trop pour moi!» a-t-il dit d'emblée, comme la prof des Beaux malaises, surpris d'avoir reçu un prix habituellement remis aux «gentils». Pas à un gars comme lui, plus du genre à penser : «Ostie que c'est laid ses mèches!» en voyant une fan le féliciter, avant de s'inventer un oncle en pleins traitements, pour émouvoir la salle, qui croulait de rire.
Unique représentante d'une émission d'ICI Radio-Canada Télé parmi les gagnants, la toujours touchante Guylaine Tremblay a rapporté chez elle ses 18e et 19e trophées en 13 ans. «Merci de m'avoir choisie même si je savais que Marie vous a tombé sur les nerfs des fois», a-t-elle dit au public, justifiant la colère de l'héroïne d'Unité 9 par sa profonde souffrance. Pour son neuvième prix de la personnalité féminine, elle a rebaptisé Brigitte Boisjoli, Charlotte, comme la défunte comédienne, par nervosité.
Les deux seules surprises sont venues de la catégorie des téléséries. On a sous-estimé le succès de Pour Sarah, qui a valu à Sylvain Marcel et Marianne Fortier, père et fille dans la série de Michelle Allen, chacun un trophée Artis. Justine Rozon, qui a inspiré Pour Sarah, est venue sur scène après être restée dans l'ombre depuis le début de ce projet. Première nomination, premier trophée pour Marianne Fortier, crédible et touchante dans le rôle de Sarah. Sylvain Marcel, pour qui c'était aussi une première nomination, a plogué sa mère, une groupie de vedettes, qui l'accompagnait. «Ma mère veut vous voir au party!» a-t-il dit aux stars dans la salle.
Donc, pas de triomphe pour Séraphin et Donalda des Pays d'en haut. Sarah-Jeanne Labrosse est toutefois repartie avec le trophée Artis des émissions jeunesse pour ses rôles dans L'appart du 5e et Le chalet. À défaut de se voir récompensée à KARV l'anti.gala, abandonné par VRAK.
Encore deux fois gagnant, Éric Salvail a fait crier «shooter!» à la chorale sur scène. «Certains intellectuels regardent ça de haut un peu, pis ça me tape ben su'es nerfs», a-t-il dit à propos de la télé de divertissement. Dans un trop long discours, Guy Nadon, le patriarche de O', a raconté que ce sont surtout des hommes qui l'accrochent pour le féliciter dans la rue.
Pour le facteur surprise, il fallait plutôt miser sur Guy Jodoin, dont c'était le premier gala. On a déjà vu bien pire, mais disons que l'animateur n'a pas crevé l'écran, après un début pourtant prometteur. Commençons par le meilleur, le spectaculaire numéro d'ouverture des Satiriques, dans lequel l'animateur se promenait dans les différentes émissions, inondé dans Les recettes pompettes et sortant sa tête de la toilette d'Unité 9, où la pauvre Agathe a été noyée. Quelques détails nous échappaient quand la caméra revenait sur scène, mais les effets spéciaux ont sauvé l'ensemble.
Guy Jodoin en a sorti de très bonnes dans son monologue d'ouverture. Sur les incohérences d'Unité 9: «C'tu moi ou ben Anne Casabonne, a s'est évadée pis y'a personne qui a cherche?» Plusieurs ont grincé des dents après son gag à la Ricky Gervais, sur la rupture de Julie et PKP. L'animateur ne s'est pas gêné, rappelant l'entrée en politique du chef du PQ : «Il disait viser la séparation. C'est fait.» Le gag ne semble pas avoir ébranlé Julie, qui est revenue présenter la catégorie des comédies avec Guy A. Lepage. Le duo a joué le jeu des adversaires en s'envoyant de fausses vacheries. Guy A. a invité Julie à la dernière de Tout le monde en parle. Sa réponse : oui, pourvu qu'elle gagne un trophée, ce qui n'est pas arrivé. On va oublier ça.
Beau moment quand Stéphanie St-Jean, la gagnante de La voix, a chanté Imagine de John Lennon, accompagnée par le pianiste de la paix, Davide Martello, sur fond d'images qui ont marqué l'actualité de la dernière année, des attentats de Paris à l'écrasement d'avion aux Îles-de-la-Madeleine.
Certains monologues de Guy Jodoin jetaient plus de malaise qu'autre chose, notamment celui sur les artistes qui donnent leur nom à leurs émissions. On a confié la catégorie des émissions de jeux aux filles de Code F., qui sont beaucoup plus drôles dans l'émission de VRAK. Le Gala Artis devrait laisser aux Olivier les fausses chicanes de duos de présentateurs. Celle de Patrice L'Écuyer et de Paul Doucet était plutôt fade. Où était Marcel Dubé dans l'hommage aux grands disparus, lui qui a pourtant écrit énormément pour la télévision? L'image derrière Louis-Jean Cormier, qui chantait durant l'hommage, a figé, sans doute en raison d'un problème technique. Dommage parce que l'émotion y était.
Pauvres vedettes féminines aux épaules dénudées, qui devaient fouler le tapis rouge par ce froid avant le gala. «Y'a de l'ambiance à la parade du père Noël cette année», a blagué Martin Petit. Au moins, la pluie avait pris congé. Voilà un tapis rouge qui a du panache, très hollywoodien. Il y a seulement Mariana Mazza pour parler de ses straps «pour pas montrer ses totons». «Ça aurait pas été très beau à TVA!» a-t-elle dit à Maripier Morin, un bel ajout à Jean-Philippe Dion et Anouk Meunier.
Quand un gala dépend autant de sa liste prévisible de gagnants comme le Gala Artis, le reste se doit d'être surprenant, audacieux, inventif, drôle, touchant. Des qualités qui faisaient hélas trop souvent défaut dimanche soir.