Les comédiennes Édith Cochrane et Guylaine Tremblay ont animé la soirée.

Un duo gagnant

CHRONIQUE / Le Gala Québec Cinéma a trouvé son duo gagnant. Je vote pour Guylaine Tremblay et Édith Cochrane comme animatrices pour les prochaines années de cette soirée, souvent mortelle et froide par le passé. Dimanche, on a fait de cette nouvelle mouture une soirée beaucoup plus dynamique et souvent drôle. Au point d'en oublier la controverse des Jutra.
«C'est le premier gala de l'histoire. Ça n'a jamais existé!» a martelé à la blague Édith Cochrane, pour vider le sujet une fois pour toutes. D'entrée de jeu, les deux animatrices se sont embrassées généreusement avant d'entreprendre leur numéro d'ouverture. Moins cinglant qu'Amy Poehler et Tina Fey aux Golden Globes, mais dans un style punché et très bien envoyé. Enfin des textes qui se tiennent dans un gala.
Rare duo féminin à animer un gala québécois, les deux animatrices ont souligné que seuls trois des 25 longs métrages de l'année ont été réalisés par des femmes. Et rappelé qu'un film de filles n'est pas différent d'un film de gars, même si certains auraient voulu rebaptiser les films «Juste la fin des règles», «Les trois petits tampons», «Bon Cop Diva Cup» et «Two Lovers and a p'tit chat toute cute».
Comment vous le trouvez, le nouveau trophée Iris? L'oeuvre de Marc-Antoine Côté ne fait pas l'unanimité. On s'en est même moqué en début de soirée, le comparant au tibia de Terminator. Guylaine «la gagnante qui pleure tout le temps» l'avait testé pour savoir s'il rouillait. Son verdict: «Il se gagne très bien.»
«N'est-ce pas bro? Mets-en, bitch!», se sont lancées les deux animatrices à la solide répartie. Avant de lire de faux tweets qui leur étaient destinés et qui auraient pu être vrais: «Retournez donc dans vos cuisine, maudite féminisss», «Fuck you grosses vaches allé chier LOL MDR», «Gala Qc Cinémarde», «Esti de lèdes pa talent». «Un petit dimanche soir ben tranquille», a résumé Édith. «Du fond du coeur, merci ma gang de poètes!» a blagué Guylaine.
Les animatrices ont donné beaucoup dans l'autodérision, avec succès. Guylaine Tremblay s'est vantée d'avoir tourné avec Denis Villeneuve, avant qu'on apprenne que c'était pour une pub de Metro. Un brin redondante, la formule des fausses auditions faisait souvent mouche. Les deux actrices ont pris l'accent français pour leur audition complètement survoltée de Juste la fin du monde, qui a fait beaucoup rire Xavier Dolan.
Tout n'était pas au point
Tout n'était pas au point dans ce gala. Comme les remerciements, ce à quoi l'équipe de production ne peut pas grand chose. Gabriel Arcand a été sobre, saluant ses collègues absents. Court mais vibrant. Au contraire, Yan England a remercié comme s'il n'y avait pas de lendemain, heureux de voir son 1:54 récompensé par le public. Très émue, Mylène Mackay a remercié avec classe. Révélation de l'année, Rikko Bellemare a prononcé son discours presque entièrement en langue Atikamekw, comme dans Avant les rues, le film de Chloé Leriche.
Xavier Dolan, qui est monté deux fois sur scène, a sonné l'alarme sur les dernières décisions du CRTC en matière de contenu québécois, en plus de souligner l'importance de voir nos films en salles. «Aux dernières nouvelles, la plus grande sensation qu'on puisse s'offrir, c'est encore de voir un film en société, dans le noir, avec des individus qu'on ne connaît pas.»
Tôt dans la soirée, on a eu droit à un moment de malaise. «Wô, faut je rote, désolé», a dit Alexandre Dostie pour lancer ses remerciements, récompensé pour le court métrage Mutants. On savait que la suite n'allait pas être banale. «C'est la cerise sur le gâteau aux cerises d'être icitte. [...] C'est d'la marde, les notes, man!» a poursuivi le cinéaste, un peu confus. Man, des notes bien préparées, c'est pas d'la marde, non.
Bien aimé l'humour absurde de Léane Labrèche-Dor et de Pier-Luc Funk, sur la désuétude des catégories et des remerciements. À raison, on a insisté sur la diversité, à l'image du cinéma québécois de la dernière année. Mehdi Bousaidan a déploré qu'on lui offre encore «des rôles d'arabes de service», applaudi par l'assistance.
Quand Pour la suite du monde a été déclaré événement historique, les cinéastes Hugo Latulippe et Anaïs Barbeau-Lavalette ont réclamé un meilleur financement pour les documentaires, «un genre unique, un genre noble», a soutenu l'auteure de La femme qui fuit. Dans la catégorie des émotions, Patrick Watson a offert un bel hommage en français aux disparus, même si on ratait plusieurs photos tellement on nous les montrait de loin.
On avait promis une soirée à la Golden Globes, avec des spectateurs attablés. On aurait eu intérêt à rapprocher les tables pour réchauffer l'ambiance, on les sentait très loin. Mais la formule est intéressante. En y allant dans la simplicité, le duo Cochrane-Tremblay a joué gagnant, au risque de perdre un peu sur l'aspect grandiose et glamour d'un gala. Mais au final, voilà une soirée divertissante, de loin supérieure à celles des dernières années.