Richard Therrien
Quelques-uns des acteurs principaux de la série <em>Transplanté</em> : Ayisha Issa, Hamza Haq, Jim Watson et Laurence Leboeuf.
Quelques-uns des acteurs principaux de la série <em>Transplanté</em> : Ayisha Issa, Hamza Haq, Jim Watson et Laurence Leboeuf.

Transplanté: docteur Bricole

CHRONIQUE / Les premières minutes de Transplanté fessent fort. Pour sauver les victimes d’un grave accident, un homme utilise des outils pour le moins inhabituels, que vous verriez davantage dans une émission de réno que médicale. Devinez lequel entre un tournevis, un marteau ou une perceuse. J’ai baissé les yeux en voyant la scène.

Entièrement tournée à Montréal, mais située à Toronto, la nouvelle série médicale canadienne-anglaise de Bell Média sort le même soir (mercredi 26 février) en version originale anglaise, Transplant (CTV à 21h), et en version française (VRAK à 22h), puis le lendemain sur Crave. Et la bonne nouvelle, c’est que Laurence Leboeuf, qui hérite d’un rôle important, se double elle-même. La moins bonne, c’est que le français international, obligatoire pour la vente à l’étranger, biffe les accents des personnages syriens et écossais.

Cet homme ingénieux qui use d’un outil pour sauver une victime, c’est Bashir Hamed (Hamza Haq), un migrant syrien, médecin dans son pays, qu’il a quitté en pleine guerre. Cet acte héroïque lui vaudra une place au service d’urgence de l’hôpital York Memorial, le meilleur au pays, non sans peine. Parce que son arrivée, et surtout ses méthodes un peu dépassées, dérangeront le personnel, qui a trimé si dur pour accéder à des postes convoités; la greffe prend difficilement. Mais «Bash», comme on l’appelle, est dans les bonnes grâces du chef du service de médecine d’urgence, le Dr Jed Bishop, un être pourtant arrogant et sans pitié, joué par nul autre que le Britannique John Hannah, révélé au public dans Quatre mariages et un enterrement. 

Les deux premiers de 13 épisodes m’ont captivé dès le début. On s’attache rapidement au personnage principal, qui a connu la guerre et développé un instinct que n’ont pas ses collègues; dans l’urgence, il décèle des symptômes très subtils et prend des décisions hautement risquées, mais qui sauvent des vies. On s’attache aussi à la Dre Magalie Leblanc (toujours excellente Laurence Leboeuf), résidente en médecine d’urgence, rigide, mais foncièrement bonne et dévouée. Un peu trop impliquée même. Une qualité, peut-être, mais à ce rythme, «Mags» ne finira pas la saison. Vous y reconnaîtrez aussi Ayisha Issa dans le rôle d’une résidente en chirurgie, qui a du mal à faire sa place. La Bouba d’Unité 9 a refait sa vie à Toronto. De petits rôles sont attribués à des Québécois, comme l’épouse d’un médecin, jouée par Charlotte Legault, ex-Miss Barbecue dans District 31, et celui de la fille d’une patiente par Victoria Diamond, qu’on peut voir dans L’heure bleue et Pour toujours, plus un jour.

Dans les deux premiers épisodes, on est beaucoup dans les techniques médicales; Laurence Leboeuf admet d’ailleurs avoir dû se familiariser avec le langage médical, très complexe en anglais. Pour nous tenir, il faudra entrer davantage dans les vies personnelles des personnages. Et je suis curieux de voir si le public embarquera dans une nouvelle série médicale, alors qu’il y en a déjà des dizaines à l’écran. La production mise sur l’intégration difficile, mais possible d’un migrant dans un tel milieu, un sujet chaud qui fait toute l’originalité de la série.

Transplanté dispose d’un budget quatre fois plus élevé que celui d’une grosse série québécoise — environ 28 millions de dollars —, et ça paraît à l’écran; cet hôpital a l’air d’un vrai, avec une urgence bondée qui grouille de partout. Pas un seul plan ne vous fera croire à un décor. Si les scènes d’hôpital ont été tournées aux studios MTL Grandé, la façade extérieure est plutôt celle du CHUM à Montréal. Seuls quelques plans larges de Toronto rappellent que l’histoire y est située.

Produite par Sphère Média Plus (Les honorables, 19-2) et financée en partie par NBCUniversal International Studios, la série est clairement destinée à une vente à l’étranger. CTV a placardé des affiches partout dans Toronto et diffusé des messages publicitaires durant le Super Bowl et les Oscars. Deux chaînes américaines sont sur les rangs pour une diffusion éventuelle. C’est aussi le pactole pour Laurence Leboeuf, qui a signé pour quatre ans. Ce contrat d’exclusivité l’empêche de jouer un rôle principal dans une autre série anglophone, mais ça ne l’empêche absolument pas de jouer en français. CTV ne se risque pas encore à annoncer une deuxième saison; on attendra les résultats d’écoute de la première avant de donner le go officiel.