Richard Therrien
Dimanche, comme sur scène, Mariana a fait du Mariana, au risque d'écorcher les plus chastes oreilles et de provoquer les malaises les plus prononcés.
Dimanche, comme sur scène, Mariana a fait du Mariana, au risque d'écorcher les plus chastes oreilles et de provoquer les malaises les plus prononcés.

TLMEP : Insolente Mariana

CHRONIQUE / Mariana Mazza n'était là pour convaincre personne à Tout le monde en parle. Ni ses fans qui apprécient d'emblée son irrévérence et sa franchise, encore moins ceux qui décrient sa vulgarité sur les réseaux sociaux. Dimanche, comme sur scène, Mariana a fait du Mariana, au risque d'écorcher les plus chastes oreilles et de provoquer les malaises les plus prononcés.

Ce n'est toujours pas hier que Laurent Duvernay-Tardif, à qui je décerne l'étoile du match, a laissé poindre ne serait-ce qu'un minuscule défaut. «Notre personne préférée depuis deux semaines» ira-t-il rencontrer le président américain, comme le veut la tradition pour les vainqueurs du Super Bowl? Si son équipe y va, sûrement. Et si la moitié décidait de ne pas y aller? Il reconsidérerait sa décision. Le médecin footballeur ne croit pas se lancer un jour en politique, même si son grand-père, aussi son mentor, a été ministre des Transports dans le cabinet de René Lévesque. Ambassadeur d'Héma-Québec, il donne son sang mais pas encore ses cellules souches. «On serait tous un peu intéressés», a blagué Guy A. La carte du fou du roi: «Profite bien de toute cette gloire car dans un avenir pas si lointain, tu ne seras qu'un pauvre médecin.»

«Guy! Guy! Guy!» a scandé l'assistance en voyant arriver Guy Lafleur, de retour d'une longue convalescence. La légende du hockey a subi un quadruple pontage et l'ablation du lobe supérieur de son poumon droit, qui contenait une tache cancéreuse. «Je fumais parce que je voulais que les autres soient à la même vitesse que moi», a blagué le démon blond, qui a encore un peu le souffle court. C'est après avoir visité des vignobles dans la vallée du Niagara qu'il a eu envie de lancer des vins à son nom, qui seront vendus à partir du 24 février. Des spiritueux suivront. «Ça débloque [les artères]», a poursuivi Lafleur, qui a raconté avoir volé la coupe Stanley en 1978, pour faire ensuite la tournée des discothèques. Au terme de sa carrière de joueur, il aurait aimé travailler plus activement au sein de l'organisation du Canadien ou des Nordiques. De plus tristes nouvelles concernent son ancien coéquipier Guy Lapointe, atteint d'un cancer de la gorge, et qui ne parvient plus à manger.

Il n'y a vraiment aucune limite à ce que Mariana Mazza peut dire en ondes, même assise entre les plus modérés Laurent Duvernay-Tardif et Guy Lafleur. «Je suis beaucoup moins vulgaire qu'on le prétend», affirme pourtant l'humoriste, avant d'ajouter: «Ceux qui ont pas aimé Femme ta gueule, venez pas voir Impolie.» Son deuxième spectacle ne comptera que 100 représentations et sera suivi d'un second volet, intitulé Polie, parce que «c'est pas vrai qu'on a juste une seule facette dans la vie.» «Si ça te choque, viens pas voir mon show, tu vas fendre en huit», répond-elle à François Lambert, qui l'a insultée sur Facebook. «On n'a jamais eu autant d'opinions, mais on n'a jamais eu autant rien à dire», dit-elle au sujet des réseaux sociaux, «un vecteur d'intimidation et de méchanceté». Elle ne renie pas son tatouage d'Éric Lapointe, mais... «Maintenant, je dis que c'est Elvis Presley... avant de mourir.»

Après celle de Mariana, la présence des pianistes Alain Lefèvre et d'Hélène Mercier faisait tout un contraste, teintée d'un profond malaise et d'une folie pure. Même que l'humoriste s'en est mêlée quand Lefèvre a souhaité que l'organisation du Super Bowl fasse une place à la musique classique dans son spectacle de la mi-temps, qu'il a trouvé «cheap». «Mais est-ce que vous avez vu la clientèle? Ils s'en contre-crissent de votre musique!» a lancé Mariana à un Lefèvre qui venait de critiquer les tenues des deux chanteuses. «Ce show n'a aucun sens!» s'est exclamé le pianiste, incrédule devant la tournure de la discussion. «Ça doit pas fumer des battes», a plus tard lancé Mariana au sujet d'Hélène Mercier, mariée au richissime homme d'affaires français Bernard Arnault, et qui se disait plus disciplinée que son confrère. Entre deux malaises, le duo de pianistes venait parler de son album des œuvres d'André Mathieu, que Lefèvre souhaite réhabiliter depuis plusieurs années. «On ne défend pas la musique de chez nous», a déploré le musicien, sorti décoiffé de l'entrevue.

Le ministre de l'Économie et de l'Innovation Pierre Fitzgibbon n'a pas dérogé d'un poil de ses opinions franches émises dans les derniers mois, de l'accord raisonnable avec Bombardier et Airbus, jusqu'à la vente de V à Bell. Concernant la transaction impliquant l'A220, il croit que l'entreprise n'a aucun intérêt à délocaliser sa production à l'extérieur du Québec. Il n'est pas plus inquiet pour les 1500 emplois de la division ferroviaire, prévoyant une croissance «gigantesque» dans les prochaines années dans ce domaine. Il appuie sans réserve le maintien d'une diversité des sources, autant chez les anciens quotidiens de Groupe Capitales Médias, devenues des coopératives, que pour V avec Bell, une position qui lui a valu les foudres de Pierre Karl Péladeau. «On n'a pas la même opinion», a répété le ministre. Partage-t-il les craintes du PDG de Québecor sur la fragilisation de l'industrie si V est vendue à Bell? «Non», a-t-il simplement répondu, avant de prendre une gorgée de vin. «Ça c'est bad ass!» a lancé une Mariana Mazza amusée par son petit sourire.

Pour calmer l'ambiance, on ne pouvait mieux conclure avec Patrick Watson et son œuvre aérienne. En tournée internationale avec son sixième album, Wave, il dit détester les chansons tristes. «C'est exactement comme la vie, c'est très facile d'être triste», affirme l'artiste, qui réside toujours à Montréal. Fascinant de l'entendre dire pourquoi une chanson mérite de se retrouver sur un album plus qu'une autre: «Quand la chanson est plus grande que toi et que tu ne sens pas que c'est toi qui l'écris. [...] Quand je suis invisible dans la musique, c'est là que ça se passe.» Ou encore, quand il dit ne pas écrire en anglais comme on écrit en français, une langue plus précise et complexe. Lorsqu'on utilise une de ses chansons pour une pub, il a son mot à dire et fait des choix éthiques; il a dit oui à Guinness mais non à McDonald's. «Ça tuerait la chanson», a conclu Watson au terme de l'émission, certainement la plus déstabilisante de la saison.

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Ce n'est toujours pas dimanche que Laurent Duvernay-Tardif, à qui je décerne l'étoile du match, a laissé poindre ne serait-ce qu'un minuscule défaut.