Créé par la maison de production Amalga (Olivier, L’Échappée), Le jeu est un thriller psychologique de 10 épisodes sur une conceptrice victime de cyberintimidation, aux accents de film d’horreur qui met notamment en vedette Debbie Lynch-White et Laurence Leboeuf.

Suspense en mode vibration

CHRONIQUE / L’inscription sur son t-shirt dit tout : «Don’t feed the troll» («Ne pas nourrir le troll»). Marianne Renaud, une conceptrice de jeux vidéo en pleine ascension, a l’habitude des messages haineux de type «tu vas payer ma salope», venant de ces trolls cachés derrière des pseudonymes, qu’elle surnomme «les pas de vie». Mais elle finira par se faire rattraper par leur hargne et leur harcèlement démesurés.

Pour combler la case occupée l’hiver dernier par Fugueuse, la direction de TVA souhaitait une série portant sur le monde des jeux vidéo, une industrie très importante chez nous. La maison de production Amalga (Olivier, L’Échappée) lui a proposé Le jeu, un thriller psychologique de 10 épisodes sur une conceptrice victime de cyberintimidation, aux accents de film d’horreur. Le résultat, diffusé à partir du lundi 10 septembre à 21h, vous procurera quelques frissons.

Laurence Leboeuf incarne avec vérité cette conceptrice dont les jeux vidéo sont considérés comme féministes. Une maladresse de sa part au cours d’une entrevue diffusée en direct sur le Web lui vaudra les commentaires misogynes et violents d’internautes anonymes, qui veulent sa peau. Tout au long des épisodes, on sent à quel point cette jeune femme pourtant prometteuse est constamment sous-estimée par ses collègues masculins. Parce que Le jeu ne concerne pas que la cyberintimidation, mais aussi et surtout le traitement des femmes dans ce monde hautement macho.

Éric Bruneau joue son chum Julien, aussi concepteur et créateur d’un jeu devenu phénomène de société, Zeta, qui rappelle Pokémon GO. Les adeptes du jeu en font une obsession, souvent affublés d’un masque qui n’a rien de rassurant. En créant ce masque, Julien était loin de se douter qu’il servirait d’arme aux détracteurs de sa blonde. 

Debbie Lynch-White incarne Kim, productrice de jeux vidéo, qui joue un peu le rôle de deuxième mère pour Marianne. Maxim Gaudette hérite du rôle de grand patron de la boîte pour laquelle travaille tout ce beau monde, et au sourire qui incarne l’hypocrisie. On suit en parallèle un autre cas d’intimidation vécu par Lili (Laura Compan), la nièce de Marianne, surprotégée par sa grand-mère Nicole (Monique Spaziani).

Laurence Leboeuf et Éric Bruneau sur le plateau de tournage de la série «Le jeu».

Les auteurs Martin Girard et Mylène Chollet n’avaient jamais travaillé ensemble avant d’écrire Le jeu. Si le premier n’était aucunement familier avec cette industrie, sa collègue en connaît un chapitre sur le sujet, étant la conjointe d’un concepteur de jeux vidéo. Elle parle de propos misogynes très répandus dans le milieu.

Claude Desrosiers, qui a réalisé plusieurs séries de Serge Boucher, est chargé des cinq premiers épisodes, alors qu’Anne De Léan réalise les cinq suivants. Le tournage a pris fin il y a à peine un mois. De la part de Desrosiers, qui a réalisé de grandes séries comme Aveux et Feux, on sent ici une œuvre moins peaufinée, plus expéditive. Il parvient néanmoins à installer une tension dès le premier épisode, mais qui s’étiole un peu au second. On sursaute chaque fois que le téléphone de l’héroïne se met à vibrer, avec la crainte d’y voir apparaître une horreur pire que la précédente. La musique angoissante signée Michel Cusson ne fait qu’amplifier cette tension.

Si vous n’aimez pas avoir à lire des textos que s’envoient des personnages à l’écran, vous risquez de grafigner les murs, parce qu’ils abondent dans Le jeu, un procédé qu’on pourrait difficilement leur reprocher, étant donné le sujet. Plus les menaces s’accumulent, plus Marianne angoisse, devient accro aux calmants, et anticipe le pire. Le téléspectateur finit par suspecter les membres de sa propre équipe. Bien sûr, on passera la série à se demander ce qui s’est vraiment passé ce fameux soir de gala, où elle se sent traquée plus que jamais.

Je suis curieux de connaître la réaction du milieu des jeux vidéo à l’image souvent peu glorieuse, très macho, qu’on lui donne dans cette série. Stéphanie Harvey, la joueuse professionnelle originaire de Québec, collaborera à un des podcasts qui apparaîtront sur le site Internet de l’émission. Même s’il a produit cette série dans le but premier de «raconter une bonne histoire», le producteur André Dupuy souhaite qu’elle puisse «aiguiser nos réflexes» sur les dérives possibles des réseaux sociaux. Un mandat social que se donne TVA depuis quelques saisons, avec Pour Sarah d’abord, puis Fugueuse l’hiver dernier. Il serait cependant très étonnant que Le jeu, diffusé contre Ruptures, obtienne le même impact.