La série documentaire L’affaire Gabriel Fernandez s’appuie entre autres sur le travail du Los Angeles Times qui a mis au jour l’histoire horrible du garçon de huit ans.

Sévices sociaux 

CHRONIQUE / La mère et le beau-père de Gabriel, huit ans, l’enfermaient dans un petit placard. Avec une fente, pour lui donner à manger. Il y passait souvent la nuit. L’enfant était couvert de brûlures, d’ecchymoses, avait des dents arrachées, des trous laissés par des billes de fusil. À longueur de journée, Pearl Fernandez et Isauro Aguirre traitaient Gabriel d’homosexuel.

La minisérie documentaire en six épisodes L’affaire Gabriel Fernandez, version française de The Trials of Gabriel Fernandez, disponible sur Netflix depuis le 26 février, scandalise le monde entier. Parce qu’on a laissé un couple détruire la vie d’un enfant, jusqu’à le tuer le 24 mai 2013. Dans cet appartement de Palmdale en Californie, un quartier pauvre et violent, Gabriel a subi des sévices d’une cruauté innommable, passant au travers des mailles du filet des services sociaux.

À l’école, son enseignante l’a vu arriver le visage tuméfié, la tête rasée d’étrange façon, avec des signes de brûlures. Elle a contacté plusieurs fois les services sociaux pour qu’on enlève l’enfant à ses bourreaux, mais elle n’a jamais été prise au sérieux. On envoyait des policiers, les intervenants rencontraient la mère, lui parlaient au téléphone, mais se laissaient endormir par ses promesses et ses versions de l’histoire. Une fois, deux fois, trois fois.

La description de l’appartement où est mort Gabriel donne froid dans le dos. Des autocollants rouges indiquent les traces de sang du petit sur les meubles, les murs et les planchers. Le cinquième épisode est d’après moi le plus difficile à regarder. Parce qu’il contient les témoignages du frère et de la sœur de Gabriel, qui racontent ce fameux jour où les ambulanciers sont venus le chercher, alors qu’il était inconscient, dans un état indescriptible. L’enfant allait mourir quelques heures plus tard. À huit ans. Le frère et la sœur savaient bien que Gabriel était maltraité par la mère et son compagnon. Mais ils étaient des enfants, eux aussi. Ils porteront ce souvenir effroyable jusqu’à la fin de leurs jours.

L’affaire Gabriel Fernandez, c’est aussi l’échec des services sociaux de Californie. Quatre employés, travailleurs sociaux et superviseurs, sont aujourd’hui poursuivis et encourent de graves peines. Le documentaire explore les graves lacunes de la protection de la jeunesse aux États-Unis, où des dossiers beaucoup trop lourds sont laissés à des débutants, où certains services relèvent du privé, soumis à des objectifs de rentabilité. Un enfant est en danger, mais il approche 17h? On s’en occupera demain. C’est ce que ça donne.

La série documentaire, qui s’appuie entre autres sur le travail du Los Angeles Times qui a mis au jour cette histoire horrible, n’est pas facile à regarder. Même si on nous épargne du pire, certaines images sont atroces mais nécessaires. Pour qu’on voie que de tels sévices sont possibles aux États-Unis, encore à notre époque.

On entendra les témoignages de plusieurs personnes qui auraient pu agir. Une travailleuse sociale qui pleurniche, clamant son innocence sans jamais se soucier des souffrances de l’enfant. Ce n’est pas ma faute, je n’y suis pour rien, et ainsi de suite. Cette même femme a falsifié des documents pour se protéger.

Bien heureusement, la série a aussi ses héros. Comme Jonathan Hatami, procureur adjoint du comté de Los Angeles, dont on suit le combat pour que justice soit faite, dans un État américain où la peine de mort est toujours légale. Vous verrez de longs extraits du procès des bourreaux. De quoi redonner un peu foi en la justice américaine, bien qu’il a fallu la mort atroce d’un enfant pour y arriver.

Impossible de ne pas comparer avec notre situation, de penser à la fillette de Granby. De se demander si ça pourrait encore arriver chez nous. De se dire que ça ne devrait plus jamais arriver nulle part. Que plus un seul enfant ne connaisse le même sort que Gabriel Fernandez.