Richard Therrien: décevant Gala Artis

CHRONIQUE / Ceux qui attendaient un triomphe des vedettes de District 31 ont été déçus. Au terme d'un Gala Artis encore une fois très prévisible, Éric Salvail et Guylaine Tremblay ont été élus roi et reine de la télé.
Pour Éric, un premier trophée de la personnalité masculine. Et Guylaine a battu le record de 20 trophées, détenu par Patrice L'Écuyer, en remportant une 20e et une 21e statuette, même si Marie était beaucoup moins présente dans Unité 9 cette saison. L'amour du public pour Guylaine Tremblay est inconditionnel.
Pardonnez mon négativisme, mais ce 32e Gala Artis m'a beaucoup ennuyé. Il y a eu deux vrais bons moments: les remerciements d'Antoine Bertrand et le numéro de Fabien Cloutier sur les «détesteurs» des réseaux sociaux. Le reste, hélas, était soit banal, soit raté.
Sauf pour l'appréciation du spectacle, j'aurais malheureusement pu écrire une bonne partie de cette chronique avant le gala, et vous ne vous en seriez pas rendu compte, tant la liste des gagnants était prévisible. J'ai encore eu 14 bonnes prédictions sur 16 catégories, et 10 trophées sont allés aux mêmes vedettes que l'an dernier.
TVA a une fois de plus dominé cette soirée avec 10 trophées, trois sont allés à des artistes d'ICI Radio-Canada Télé, deux pour V et un pour VRAK. Tout ça contribue à miner l'intérêt pour ce gala suivi l'an dernier par 1,7 million de téléspectateurs.
Le gala a étrangement commencé sept minutes en retard, sans qu'on sache pourquoi. Sortant tout juste d'un numéro de danse, Guy Jodoin a livré son monologue d'ouverture en cherchant son souffle. Quelques rares bons gags, mais le numéro manquait nettement de punch. Il faut d'ailleurs souligner la faiblesse des textes de l'ensemble de ce gala. Les numéros de remises de prix tombaient souvent à plat. Premier malaise quand Mariana Mazza et Karine Vanasse sont venues présenter la catégorie des comédies. «Vous pouvez rire, c't'un gag en passant», a lancé la première, devant un auditoire qui ne l'avait pas trouvée drôle.
Premier gagnant de la soirée, Antoine Bertrand a mis la barre très haut dans son discours de remerciement hyper rafraîchissant, aussi drôle que touchant. D'abord un gag sur Pierre Karl et sa nouvelle flamme, Lucie Laurier. «On m'informe que je viens de perdre mon emploi», a-t-il blagué.
Puis, un témoignage d'amour vraiment craquant à sa blonde, Catherine-Anne Toupin, qui allait gagner pour la même série, quelques minutes plus tard. «Si t'avais pas créé Boomerang, j'aurais pas ce prix-là aujourd'hui. Mais je m'en sacrerais parce que la seule artiste que je veux ramener à maison, c'est toi!» a-t-il dit, devant un public conquis. Non mais quel homme. Antoine devrait donner des cours de remerciements de galas, ça ne ferait pas de tort.
Même si mon choix allait à Alexandre Goyette dans Feux, vraiment content de voir Marc-André Grondin monter sur scène pour L'imposteur, dans la catégorie des séries dramatiques saisonnières, l'une des rares surprises de la soirée. «Tentons d'être original dans nos castings», a réclamé l'acteur, qui a réussi à nous faire croire l'incroyable dans la série de TVA. L'autre moitié de Feux, Maude Guérin, mon choix et ma prédiction, a eu droit à un gros câlin de plusieurs artistes qui étaient déjà sur scène. Elle a remercié sa soeur Carole de La Tuque, qui regarde toutes les séries québécoises comme le public qui a voté. Explosion d'émotion quand elle a salué Alexandre Goyette, son complice de Feux.
On peut dire que les vedettes en ont assez, à raison, de se faire insulter sur les réseaux sociaux. «Si vous n'aimez pas quelque chose, oubliez les attaques personnelles», a imploré Gino Chouinard en allant chercher son 10e trophée en 10 ans pour Salut bonjour. Fabien Cloutier a été le plus drôle de la soirée avec son monologue de défoulement sur les réseaux sociaux. «Charles Tisseyre aurait dit: "Prenez votre gaz égal les taouins!"» a-t-il blagué. «Abonne-toi à la bibliothèque. Il existe des chaînes de télé qui présentent des hippopotames qui accouchent presque à la journée longue.» Bonne nouvelle pour les fans de l'auteur et acteur: il a appris sur le tapis rouge que son projet de comédie, Léo, avait été retenu par le Club illico.
Charles Lafortune, qui n'avait pas gagné depuis 2014, a remporté un 11e trophée Artis. «Merci aux enfants de La voix junior qui m'ont permis d'être à la TV toute l'année», a-t-il dit. Après un dynamique numéro des jeunes de La voix junior, qui ont repris Elle me dit de Mika, Sarah-Jeanne Labrosse a reçu son deuxième trophée pour les émissions jeunesse. Elle a encouragé les jeunes à s'accrocher à leur passion.
L'hommage aux disparus, sur la chanson Le coeur est un oiseau de Richard Desjardins, reprise par Annie Villeneuve, était sobre et touchant. Accueillis par une ovation, les champions Alex Harvey et Érik Guay avaient à présenter la catégorie des émissions de sports. Le gagnant, Dave Morissette, était plus survolté que jamais.
Le caractère de lettres utilisé à l'écran m'a rappelé celui des enveloppes des Oscars: très beau, mais pas toujours clair. Le message d'aide aux sinistrés en début de gala était pratiquement illisible sur un écran moyen.
Il faut croire qu'il y avait une promotion d'auto-bronzant, parce que les vedettes en ont abusé cette année. Et ce n'était pas les couleurs de ma télé qui étaient mal ajustées. Michèle Richard serait presque passée inaperçue.
On avait demandé à Janette Bertrand de remettre les prix de la Personnalité féminine et masculine de l'année au terme de ce très long gala de près de trois heures. On avait l'impression qu'on regardait la répétition tant c'était brouillon. Et pour finir, un rap de trop sur les noms des artistes en nomination par Guy Jodoin. Voilà une soirée qui manquait décidément de panache et de surprise. Dommage.