Fugueuse

Notre bulletin télé de mi-saison

Qui n’a pas entendu parler de Fugueuse cet hiver, à moins peut-être de vivre au fond d’une grotte? Bien que la série événement de TVA ait soulevé énormément de passion, plusieurs autres émissions ont su conserver notre intérêt, ou pas. À quelques semaines du printemps, retour sur une saison télévisuelle marquée par plusieurs nouveautés.

RUPTURES (9,5/10) ICI Radio-Canada Télé

Encore une fois, les auteurs Isabelle Pelletier et Daniel Thibault ne manquent pas d’inspiration ni de punch. Quand le générique arrive aussi vite et qu’on a hâte de connaître la suite, c’est toujours bon signe. Mélissa Désormeaux-Poulin et Isabel Richer sont extraordinaires dans leurs personnages. La scène de Claude qui fait une folle d’elle au mariage était pathétique. On a peine à croire que les histoires qui nous sont racontées sont inspirées de la réalité. La scène inattendue de l’oiseau écrasé par la petite Mia donnait froid dans le dos. Seul bémol : l’histoire d’amour entre Ariane et Antoine (Guillaume Lemay-Thivierge) commence à tourner en rond.

AU SECOURS DE BÉATRICE (9,5/10) TVA

Au secours de Béatrice

Savoir qu’on arrive à la fin de cette série me rend un peu morose, tant j’en ai apprécié chaque instant. Ma dose hebdomadaire de Béa et de son Monsieur P. va certainement beaucoup me manquer. Les épisodes sur la maladie et la mort de Christophe (Robert Lalonde) étaient à la fois d’une grande beauté et d’une infinie tristesse. On y a abordé l’aide médicale à mourir avec un doigté propre à l’auteure Francine Tougas, dont je vais m’ennuyer de l’écriture si fine et intelligente. Je me demande comment Maxime Dubois, le nouveau patron joué par Patrick Drolet, va faire pour finir la saison. Quel être exécrable. En temps normal, Béatrice l’aurait remis à sa place depuis longtemps, mais elle s’assagit, notre urgentologue préférée.

FUGUEUSE (9/10) TVA

La série de Michelle Allen a eu un tel impact chez le public, qu’on peut dire mission accomplie. Parce qu’au-delà de la fiction, on nous éveille ici à un phénomène bien réel, la dure réalité des jeunes filles recrutées, manipulées et prises dans l’engrenage de la prostitution. Mention spéciale à Ludivine Reding dans le rôle de Fanny, mais aussi à Jean-François Ruel, dont ce n’est pas le métier, mais très crédible dans le rôle de Damien, assurément le personnage le plus détestable de notre hiver. Réalisées crûment par Éric Tessier, certaines scènes étaient particulièrement violentes, à la limite du supportable, expressément pour éveiller le public. Et c’est réussi.

DEUXIÈME CHANCE (9/10) ICI Radio-Canada Télé

Louis-Philippe Juneau dans Deuxième chance

Une grosse dose d’émotions chaque samedi soir. Il faut souligner la délicatesse avec laquelle Marina Orsini et Patrick Lagacé font parler les gens qui sollicitent leurs services. L’histoire de Louis-Philippe Juneau, de Charlesbourg mais d’origine colombienne, qui a renoué avec sa famille biologique en début de saison, arrachait les larmes.

DISTRICT 31 (8,5/10) ICI Radio-Canada Télé

District 31

Comme plusieurs, je me suis montré impatient dans les dernières semaines. Sous la plume d’un autre auteur, l’enquête sur la mort de Nadine aurait pu paraître interminable. Mais les fans ont persisté, parce que Luc Dionne sait maintenir notre curiosité, nous tenir alertes, nous mettre sur de fausses pistes. Même à 18h30 durant les Jeux, le public n’a pas lâché, aussi présent devant sa télé en direct. Et vous ai-je déjà dit combien j’aimais Gildor Roy?

LES PAYS D’EN HAUT (8,5/10) ICI Radio-Canada Télé

La série de Gilles Desjardins a été un peu éclipsée par l’immense succès de Fugueuse, le lundi à 21h. Dommage, parce que cette troisième saison vaut son pesant d’or, dirait Séraphin, même si celui-ci en mène un peu trop large à mon goût. La caméra a un peu trop insisté sur l’opération au crâne d’Alexis, qui donnait le haut-le-cœur.

1ères FOIS (8,5/10) ICI Radio-Canada Télé

Véronique Cloutier parvient à faire oublier les déboires de Votre beau programme avec ce nouveau rendez-vous, aussi drôle que touchant. Bon dosage entre l’émotion pure — l’ancien prof de Christian Bégin, les images d’enfance de Pierre-Yves Lord — et les trouvailles amusantes — la cassette de Marina Orsini, Julie Perreault qui refait Les filles de Caleb. Un condensé de gros bonheur qui égaie nos jeudis soir. Ma seule crainte: qu’on se lasse un peu vite des photos de bals des finissants et des vieilles lettres d’amour.

LA CURE (8/10) Télé-Québec

La cure

Nécessaire et troublante, cette série en cinq épisodes nous ouvre les portes du Centre Robert Piché-Elphège Roussel, anciennement Mélaric. À travers les histoires de chacun, on sent tout le poids, toute la souffrance qui pèsent sur ces hommes aux prises avec la toxicomanie. Et l’ampleur de la tâche pour les intervenants qui travaillent auprès d’eux. C’est souvent brutal. Très dommage que Télé-Québec ne la rende pas disponible en vidéo sur demande, comme trop de ses émissions, mais seulement sur son site web.

LÂCHER PRISE (8/10)  ICI Radio-Canada Télé

Supérieure à la première saison, cette comédie d’Isabelle Langlois a trouvé son ton. Le personnage de Madeleine, si bien joué par Sylvie Léonard, est l’un des plus forts de nos séries, assurément dans mon top 5.

UNITÉ 9 (8/10) ICI Radio-Canada Télé

L’arrivée de nouvelles détenues donne un peu d’élan à cette série. L’auteure Danielle Trottier est habile pour nous faire douter constamment. Comment se montrer sensible à une détenue reconnue coupable d’abus sexuels sur des bébés? Jamais un personnage d’Unité 9 n’avait commis un acte aussi répugnant. Eh bien, on se sent presque coupable d’avoir ne serait-ce qu’un iota de compassion à l’égard de Macha Vallières (Hélène Florent). Avez-vous peur de Boule de quille? Beaucoup à cause de son interprète, Kathleen Fortin, cette détenue me fait frémir!

LA VOIX (8/10) TVA

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Lara Fabian manie parfaitement le bouton rouge et apporte une nouvelle couleur à cette formule, qui en avait bien besoin. Ses luttes avec Éric Lapointe sont assez divertissantes. Il règne d’ailleurs une compétition plus forte entre les coachs, qui fait du bien à voir. Pas encore de réel coup de cœur chez les candidats malgré de beaux talents.

EN TOUT CAS (8/10) TVA

On a tort de comparer cette comédie à Lâcher prise, mais le fait de les opposer dans la grille nous y force un peu. Parce qu’il y a de très bonnes choses dans cette série de Rafaële Germain, avec Guylaine Tremblay et Anne-Élisabeth Bossé dans les rôles principaux. Pas aussi punchée ni exaltée, l’œuvre propose néanmoins une vision amusante des relations mère-fille et ville-région. J’aimerais voir plus souvent le duo vraiment drôle que forment Diane Lavallée et Laurence Leboeuf. Le personnage du prof de Danielle, joué par Yves Jacques, est un peu trop caricatural pour qu’on y croit.

DANSER POUR GAGNER (7/10) V

Danser pour gagner

Beaucoup de talent dans cette émission qui n’a pas le succès escompté. On déploie beaucoup d’efforts pour nous en mettre plein la vue, particulièrement dans les galas du mercredi, qui impressionnent. Hésitante au début, Laurence Nerbonne s’exprime avec beaucoup plus d’aisance. Des trois juges, Kim Gingras, qu’on sent investie, est ma préférée. Le désavantage du grand nombre de participants: on a du mal à s’attacher à eux, de là le peu d’intérêt pour la quotidienne.

L’AMOUR EST DANS LE PRÉ (6/10) V

Pas la meilleure saison. Ça manque de personnages forts et colorés. Il y a bien Marco, qui ne manque pas de franchise — parlez-en à Aimélie, qui a quitté en larmes un souper pas du tout romantique. Mais plusieurs semblent avoir fait leur choix depuis longtemps, amenuisant le degré de suspense.

FACE AU MUR (6/10) TVA

Face au mur

Ce jeu de Maripier Morin gagnerait à être resserré à 60 minutes. Étirer le suspense à une heure 30 finit par le diluer. Moins de bla bla, allons droit au but. La complicité entre les candidats, qui se mesure jusque dans les réponses aux questions de connaissance générale, est belle à voir. Mais il manque une étincelle pour créer une réelle addiction. Face au mur, qui a remis cette semaine 362 180 $, a le mérite d’être le plus généreux de tous les jeux télévisés, en dehors des jeux de loterie comme La poule.

HUBERT & FANNY (5/10) ICI Radio-Canada Télé

Le jeune André Kasper est crédible et bouleversant dans le rôle de l’adolescent certain d’être une fille, l’intrigue la plus intéressante de la série de Richard Blaimert. Mais l’histoire d’amour principale me laisse plutôt indifférent, moi qui trouve pourtant qu’on manque de romantisme dans nos fictions. L’idée qu’une femme décidée, qui sait où elle s’en va, perde tous ses moyens au contact d’un homme beau et séduisant me désespère un peu. L’idée aussi qu’on nous oriente à trouver le chum plate et ordinaire m’irrite. Déception.