Lundi dernier, à peine 477 000 téléspectateurs ont regardé Faits divers en direct.

Les sondages n'aiment pas la chaleur

CHRONIQUE / L'appel du barbecue et de la piscine en plein mois de septembre en a laissé plusieurs loin de leur télé depuis le début de la nouvelle programmation. Il faut dire qu'avec l'été frais et pluvieux qu'on a eu, ce dernier sursaut de chaleur était tout à fait bienvenu. Dommage collatéral pour les diffuseurs : plusieurs émissions ont baissé dans les sondages d'écoute. Mais ça aurait pu être bien pire.
«Il y a 356 000 personnes de moins qui ont regardé la télé, une fois les données confirmées sorties, tous réseaux confondus», observe Dominique Chaloult, directrice générale de la télévision de Radio-Canada, pour la semaine du 11 au 17 septembre. Ça en fait du monde sur le patio.
Il est encore tôt pour tirer des conclusions des données d'écoute depuis le début de la saison, mais ça donne tout même quelques indications. La plupart des dramatiques ont écopé, dès leur première semaine de diffusion, celle du 11 septembre. Par exemple, sur ICI Radio-Canada Télé, Unité 9 a perdu 230 000 fidèles au premier épisode, vu par 1 714 000, même si 42 % de l'auditoire ce soir-là regardait les femmes de Lietteville. Olivier, que 675 000 avaient regardée en direct, a bondi à 906 000 dans les données confirmées, incluant les enregistrements. C'est plus modeste pour Faits divers, qui est passée de 604 000 à 762 000. Lundi dernier, à peine 477 000 l'ont regardée en direct. District 31 a fait très belle figure avec ses 1 299 000 adeptes, mais c'était la semaine de l'épisode fatidique, où on apprenait si Nadine était morte ou vivante.
À TVA, dans l'ensemble, on a limité les dégâts en semaine. La première de L'Échappée a ramené 1 377 000 fans devant leur écran, un score équivalent à la moyenne globale de l'automne 2016, qui était de 1 371 000. L'an dernier, le premier épisode en avait retenu 1 536 000, mais on parlait alors d'une toute nouvelle série, ce qui attire souvent plus d'auditoire. Baisse du côté de Boomerang, qui est passée de 1 302 000 en 2016 à 1 124 000 cette année. Ô surprise, O' n'a presque pas bougé, même installée contre Unité 9: 1 201 000 dans son ancienne case et 1 143 000 dans sa nouvelle. Du côté des nouveautés, Lâchés lousses est celle qui a obtenu les meilleurs chiffres, avec 1 086 000 curieux. Rappelons que la nouveauté de Charles Lafortune et Messmer affronte le bulldozer District 31.
À V, on observe une baisse du 5 à 7. Mais attention, dans ce cas-là, il faut aussi pointer le déplacement de Coup de foudre à 17h30 et d'Un souper presque parfait à 18h. Dans l'ordre, ces deux émissions ne réussissent pas à rassembler plus de 134 000 et 194 000 habitués, ce qui est très peu. La direction mise sur Occupation double Bali pour renverser la vapeur, dès dimanche. Pour sa première semaine, En mode Salvail a rallié 275 000 irréductibles, contre 307 000 à pareille date l'an dernier. Du lundi au jeudi, c'est moins que le TVA Nouvelles de Sophie Thibault (442 000) et au coude à coude avec Le téléjournal de Céline Galipeau (288 000 à 22h et 241 000 à 22h30).
Fait à souligner plutôt inhabituel : en heures de grande écoute, de 19h à 23h, ICI Radio-Canada Télé a obtenu la meilleure part de marché avec 26,6 %, en plus d'inscrire 15 titres au top 30 des émissions les plus regardées. TVA suit deuxième avec 22,9 %, considérant que sa nouvelle programmation n'était commencée que partiellement.
La directrice principale chaînes et programmation du Groupe TVA, Suzane Landry, prend ces données avec un gros grain de sel. «C'est vrai que le total de gens qui regardent la télé est plus bas, sûrement à cause de la température exceptionnelle, mais on a réussi à avoir six émissions millionnaires. Compte tenu du beau temps, on est très bien partis», considère-t-elle.
«Quand on regarde les résultats des deux dernières semaines, plusieurs de nos émissions ont sensiblement le même auditoire que l'an dernier. Nos parts de marché sont dans bien des cas égales et même supérieures à l'an dernier.»
Suzane Landry reconnaît certains écarts, mais souligne que c'est le week-end qu'on les observe le plus, du moins dans les données préliminaires, qui n'incluent pas les enregistrements. La première de La voix junior a rallié 1 695 000 télé­spectateurs, contre 2 060 000 l'an dernier. «Mais encore là, pour La voix junior, notre part de marché est supérieure à celle de l'an dernier. La proportion de gens qui ont regardé l'émission était plus grande», précise-t-elle. Chez l'ennemi, la première de Tout le monde en parle a été vue par 841 000 télé­spectateurs, contre 1 133 000 l'an dernier.
Déjà disponible sur le Club illico et diffusée sur AddikTV, Blue Moon a eu moins de chance à son passage à TVA, retenant 666 000 personnes pour le premier épisode.
Maintenant que l'automne s'est bien installé, Dominique Chaloult est persuadée que les gens vont rattraper les premiers épisodes des nouvelles séries. De plus, elle considère que le succès de Trop à la télé fait mentir ceux qui croient que la diffusion d'un produit sur les plateformes numériques - en l'occurrence Véro.tv - représente du gaspillage. La première de la comédie de Marie-André Labbé a attiré 803 000 curieux, ce qui est excellent. Déjà disponible sur le Club illico et diffusée sur AddikTV, Blue Moon a eu moins de chance à son passage à TVA, retenant 666 000 pour le premier épisode. Notez qu'ICI Tou.tv n'a pas été touchée par la canicule, conservant le même taux de fréquentation.
C'est dire que les réseaux considèrent le temps frais des derniers jours comme une véritable bénédiction. J'en entends déjà dire que les cotes d'écoute n'ont plus aucune importance, en ces temps où on regarde en différé ou sur le web. C'est faux. Les tarifs publicitaires sont toujours basés sur les données de Numeris. Plus une émission est regardée à la télé, plus elle a de chances d'être renouvelée. Si une émission n'attire pas autant de téléspectateurs qu'un diffuseur l'avait promis à ses annonceurs, il doit revoir ses tarifs à la baisse, voire compenser pour les résultats décevants.
Quand l'émission est regardée quelques jours plus tard, ça passe toujours. Mais si des téléspectateurs décident de la regarder en rafale plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard, ça compte pour zéro dans les chiffres. «Cette nouvelle consommation sur toutes les plateformes peut devenir un peu confondante quand il est temps de décider ce qui revient ou pas la saison suivante. Par exemple, il faut considérer que certaines émissions sont plus regardées sur d'autres plateformes que la télé, par un auditoire plus jeune. On doit prendre une décision éclairée sans avoir toutes les données. Ça devient assez complexe», explique Dominique Chaloult.
La température est-elle seule responsable de ces chiffres plus bas? Difficile de le prouver à 100 %, mais comptez sur moi pour surveiller la tendance dans les prochaines semaines.