Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Les trois finalistes des <em>Chefs!</em>, Camilo, Guillaume et Sébastien, ont eu la surprise de retrouver la brigade de cette 10e saison.
Les trois finalistes des <em>Chefs!</em>, Camilo, Guillaume et Sébastien, ont eu la surprise de retrouver la brigade de cette 10e saison.

Les chefs!: la victoire du grand guerrier

CHRONIQUE / Un explosif. Un grand guerrier au coeur tendre. Un tigre! Les superlatifs fusaient lundi soir au terme d'une finale toute masculine des Chefs!, qui a couronné Camilo Nascimento-Lapointe. Celui qui a marqué cette 10e saison par ses tonitruants «Oui, cheeeeeef!», mais surtout par son immense audace culinaire, a ainsi devancé Guillaume Couture, deuxième, et Sébastien Rémillard, troisième. Et il ne l'a pas volé.

Quelle finale enlevante! Cette épreuve ultime fait figure d'olympiades de la gastronomie: les trois finalistes devaient préparer un menu gastronomique de quatre services pour six personnes en cinq heures, ce qui constituaient 24 plats au total. Aux trois juges habituels, Boulay, Laprise et Vari, se sont greffés trois juges invités, Martin Picard, Helena Loureiro et Baptiste Peupion, qui avaient eux aussi à évaluer les performances des finalistes.

«Je ne pensais pas finir», admet Camilo, qui n'a rien négligé pour impressionner les juges: entrée froide de pétoncles, entrée chaude d'esturgeon, magret de canard comme plat principal, et tartelette au citron. «Eh que j'aimerais pas être le citron», a blagué Martin Picard, devant la vigueur de l'aspirant-chef. Sauf pour les agrumes, tous les ingrédients étaient du pays. «Tu m'as bluffé avec le dessert», lui a dit Jean-Luc Boulay, jusque-là sceptique sur la méthode choisie. «Ça fait longtemps qu'on a eu une finale aussi serrée que ça», a convenu Pasquale Vari.

Sébastien, sous-chef à La Tanière à Québec, n'a pas eu l'occasion de compléter la compétition, éliminé après les entrées; son agneau cru n'avait pas «l'effet wow» recherché par les juges. De son côté, Guillaume venait de passer trois jours à cuisiner du riz – une cinquantaine de fois! –, mais son risotto à l'encre n'était pas assez cuit. Le choix des fraises congelées pour le dessert a irrité Normand Laprise. Somme toute, pas de faux pas majeur lundi soir, et aucun n'a véritablement déçu.

Les finalistes nous auront donné des sueurs froides en fin de parcours, mais n'en récoltaient pas moins les éloges des juges. «On pourrait tous les engager», a lancé la plus indulgente du jury, Helena Loureiro, qualifiant ainsi l'assiette de Guillaume, dont la présentation laissait à désirer: «C'est Picasso, c'est beau!» «Prends-le, mets-le dans l'assiette, on va être beaucoup plus calme», a dit calmement l'animatrice Élyse Marquis au sujet du canard de Camilo, un peu impatiente et surtout craintive de ne pas voir l'aspirant-chef finir à temps. Ce qui n'empêchera pas le jury de se délecter de ce plat.

À 45 minutes de la fin, Camilo n'avait pas encore entrepris son pithiviers, son seul plat qui a connu moins de succès chez les juges, particulièrement Martin Picard. En début d'émission, le propriétaire du restaurant Au Pied de Cochon l'avait qualifié d'«émotif et impatient», des caractéristiques inhabituelles chez lui, réplique le gagnant. «Il a fallu que je sorte le démon en moi, que je n'ai sorti que deux fois dans ma vie. Je ne suis pas tant impatient», se défend Camilo.

Camilo, félicité par ses coéquipiers.

Camilo ne s'en cache pas: il a participé aux Chefs! pour gagner. C'est pour mieux canaliser son stress qu'il scandait avec autant de force «Oui, cheeeeeef!» à chacune des interventions de Daniel Vézina, et surtout pas dans le but d'intimider les autres candidats. «Si le Canadien va en séries, je ne pense pas que le coach et ses joueurs vont rester silencieux sur le banc. Je ne suis pas allé là pour bien paraître à la caméra, je suis allé là pour la compétition», m'a confié le gagnant, qui se motive de la même façon au restaurant Le Mousso à Montréal, où il travaille. «Nous faisons un menu gastronomique 20 services pour 50 personnes. C'est une charge de travail énorme», avoue Camilo, dont le seul désir est de séduire la clientèle.

Avec le concours annuel Hawksworth du jeune chef à Vancouver, qu'il a remporté en 2019, il était d'attaque mais pas moins exténué pour Les chefs! L'été dernier, il a trimé dur, la semaine et le week-end, arrivant plus tôt que ses collègues et repartant plus tard pour arriver fin prêt à la compétition. «Je voulais utiliser la confiance que m'a donné cette victoire pour Les chefs! J'ai réétudié mon livre de l'ITHQ au complet, je ne voulais pas que les classiques me passent sous le nez. C'était essentiel de tout mémoriser, nous n'avons pas droit au cahier de notes.»

Camilo, qui ne s'est jamais rendu aux redoutables duels, repart ainsi avec une bourse enviable de 50 000$ – «un an de salaire en un mois, et même plus», rappelle-t-il –, de même qu'un voyage à Copenhague, une ville qui le stimule énormément et qu'il rêvait déjà de visiter, mais qui devra attendre la fin des restrictions dues à la pandémie. Pour l'instant, Camilo monte sa propre compagnie avec des associés, dans le but de mettre sur le marché des condiments – miso et soya –, de même qu'un alcool à base d'orge fermentée, qui pourrait être vendue à la SAQ. À plus long terme, il aimerait ouvrir son propre resto de quartier, «quelque chose de simple». Avouez que même un sandwich de Camilo vaudrait le détour.

De quoi aura l'air l'émission Les chefs! la saison prochaine si les mesures de distanciation sont toujours requises? Après une 10e saison encore une fois fort réussie, il faudra bien trouver des solutions, parce que les fans ne voudront pas se passer de la compétition culinaire d'ICI Télé, une fois de plus.

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L'heureux gagnant repart avec une bourse de 50 000$ et un voyage à Copenhague.