Alex Caine

La vie incroyable d'Alex Caine

CHRONIQUE / Jack Bauer a survécu à trop de fusillades et d'explosions dans 24 heures chrono pour qu'on ne finisse pas par en rire. La vie d'Alex Caine, qui a infiltré autant la mafia chinoise que les gangs de motards, et déjoué un attentat terroriste, paraît tout aussi incroyable, mais s'est passée pour vrai.
Vous l'aviez peut-être vu à Tout le monde en parle en avril 2015. Pour la première fois, le Québécois se raconte dans un docu-fiction intitulé Alex Caine : infiltrateur, produit chez Pixcom, et qui se regarde comme un film d'espionnage aux rebondissements dignes des blockbusters américains.
La série de huit épisodes de 30 minutes, que diffusera Historia dès le mercredi 15 mars à 21h30, bénéficie d'un montage d'une redoutable efficacité et vous gardera au bout de votre siège. On est fasciné par son habileté, puis l'instant d'après, on se demande comment il se sortira du pétrin. Et toujours cette question : «Comment se fait-il qu'il soit encore en vie?»
Témoignages d'Alex Caine lui-même et de nombreux intervenants sont entrecoupés de reconstitutions dramatiques des événements. Le premier épisode raconte toute la genèse de sa vie d'infiltrateur. Après un deal de marijuana qui l'enverra en prison, il se liera d'amitié avec un pro d'arts martiaux, sans savoir qu'il s'agit d'un importateur d'héroïne et un membre la mafia chinoise. Quand celui-ci veut l'avoir comme partenaire pour le Québec, Caine n'a plus le choix d'accepter parce qu'il en sait trop. Sa femme le convaincra d'aller à la police, qui voudra en faire son infiltrateur. C'est là que tout a commencé.
Après, ça ne s'arrêtera jamais, et on lui confiera des missions de plus en plus délicates. L'épisode au Pakistan à la fin des années 70 donne froid dans le dos. Engagé par le FBI, Caine a d'abord dû se faire passer pour un souteneur afin de piéger des pilotes qui passaient de la drogue par voie aérienne. Puis, il devra se rendre dans une région dangereuse du pays pour rencontrer la tête dirigeante du réseau. Je ne vous dis pas comment ça finit, mais c'est complètement fou.
Vous trouverez que son ex-épouse, qui témoigne à visage couvert dans la série, est une véritable sainte. Non seulement a-t-elle vu son mari courir autant de risques, mais elle l'encourageait à partir, consciente que c'était devenu sa deuxième nature. Son influence comptera pour beaucoup.
On a déjà vu de mauvaises reconstitutions dramatiques jouées de manière artificielle, qui font décrocher du propos. Ce n'est pas le cas dans cette série, où on a presque affaire à une série dans la série. Les anciens fans de Toc toc toc risquent d'avoir un choc lorsqu'ils verront Marc St-Martin jouer le rôle d'Alex Caine; disons qu'on est loin de l'univers fantaisiste et bon enfant de son personnage de Kao. Vous vous doutez bien que Caine n'avait pas affaire à des enfants de choeur. Un deuxième acteur prête sa voix au personnage principal, qui agit comme narrateur de la série et raconte son histoire, ce qui ajoute à l'efficacité de la série.
En acceptant la série, Alex Caine ne craint pas d'être identifié par des gens qui lui en veulent, comme d'anciens membres des Bandidos. «Ils ne regardent pas Historia!» blague l'infiltrateur, avant d'ajouter : «Si jamais ça chauffe un petit peu, je disparais.» J'ai eu le privilège de passer un moment avec l'homme de 68 ans, d'une grande humilité, mais fier de son parcours, à raison. Il mène désormais une vie tranquille, prend plaisir à cultiver ses tomates et à regarder le curling à la télévision. «Pareil à regarder de la peinture sécher!» me dit-il. Mais si le téléphone sonnait, il n'hésiterait pas un seul instant à reprendre du service. «C'est arrivé en novembre 2015. J'ai tout de suite reconnu la voix en décrochant.» En deux secondes, il était redevenu Alex Caine, son nom d'emprunt.
Après son passage à Tout le monde en parle, Caine avait reçu 14 propositions de projets et les a toutes refusées. D'ailleurs, sa première rencontre avec les producteurs de Pixcom, dont Charles Lafortune, s'était plutôt mal déroulée. Le principal intéressé, qui préfère de loin l'anonymat, n'était pas pressé de voir son visage placardé ainsi à l'antenne. Un livre, ça allait, mais une série télé? «Ça ne m'intéressait pas. J'aime bien ma solitude», m'a-t-il confié. La productrice Izabel Chevrier est toutefois revenue à la charge pour le convaincre du bien-fondé de son projet.
Elle a vite compris que l'entreprise ne serait pas simple. Ne serait-ce que pour prendre contact avec Alex Caine, encore en mission au début du projet. «Il partait durant trois mois, je devais passer par son éditeur pour lui parler», raconte-t-elle. À n'importe quel moment, l'infiltrateur pouvait leur glisser entre les doigts sans prévenir, ce qui le rend encore plus mystérieux. On a beau passer au travers de ses missions les plus délicates, reste qu'on ne connaîtra jamais vraiment qui est le vrai Alex Caine.
Après le documentaire, la série de fiction
Alex Caine se dit convaincu qu'il y a du matériel pour deux ou trois saisons supplémentaires de la série documentaire. Avec une vie pareille, c'est à se demander comment il se fait qu'on ne s'en soit pas inspiré pour une fiction chez nous. Pixcom y a pensé aussi, et développera cet automne un projet de série inspirée des missions d'Alex Caine, un peu comme Le négociateur, créée à partir des enquêtes de Claude Poirier. On peut déjà se demander à qui on confiera le rôle principal. En attendant, Pixcom négocie pour distribuer le docu-fiction aux États-Unis.