Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Xavier Dolan, Julie Le Breton, Magalie Lépine-Blondeau, Éric Bruneau, Patrick Hivon et Julianne Côté partageront l'écran dans <em>La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé.</em>
Xavier Dolan, Julie Le Breton, Magalie Lépine-Blondeau, Éric Bruneau, Patrick Hivon et Julianne Côté partageront l'écran dans <em>La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé.</em>

La série télé de Xavier Dolan prend forme

CHRONIQUE / Quand Xavier Dolan a vu la pièce La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé de Michel Marc Bouchard l'année dernière, il y a tout de suite vu le scénario qu'il cherchait pour sa première série télé.

Ce thriller psychologique en cinq épisodes, dans lequel il jouera aux côtés de Julie Le Breton, Éric Bruneau, Magalie Lépine-Blondeau, Patrick Hivon et Julianne Côté, sera tourné dès le mois de mars prochain, pour une diffusion en 2022. Produite chez Nanoby, en collaboration avec Québecor Contenu, la minisérie sera disponible sur le Club illico et sera diffusée en France sur Canal+, en plus d'être distribuée à l'international par StudioCanal. Un carte de visite rêvée pour une série québécoise et un titre des plus prestigieux pour le Club illico.

Acclamée au théâtre dans une mise en scène de Serge Denoncourt, La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé raconte le retour d'une thanatologue réputée (Julie Le Breton) dans sa ville natale, 30 ans après y avoir été victime de viol. Revenue pour embaumer sa propre mère, elle y revoit ses frères après 25 ans d'absence. «Bientôt, les secrets et les rancœurs referont surface, s'entremêlant au deuil, et à une inarrêtable quête de réconciliation», raconte le résumé de ce drame familial, qu'on annonce rempli de suspense. Dolan y porte les chapeaux d'auteur, de réalisateur, de producteur et d'acteur.

Après Tom à la ferme, qu'il a adaptée au grand écran, c'est la deuxième pièce de Michel Marc Bouchard à laquelle s'attaque Xavier Dolan, très sensible à l'oeuvre du dramaturge. «Il parle très personnellement d'où il vient, il parle de nous, du Québec profond», dit-il en entrevue au Soleil. «Michel Marc est Saguenéen, moi, je suis Montréalais mais j'ai grandi à Montmagny. J'ai un amour de ces origines-là, j'aime pouvoir raconter des histoires qui ne se passent pas forcément dans des milieux trop urbains. Sortir de Montréal, c'est essentiel pour moi. Mes films se passent plus en banlieue qu'en ville.»

Xavier Dolan a vu en cette pièce tout le potentiel d'une série, plus que d'un long métrage. Ça tombe bien: il avait envie depuis longtemps de faire de la télé. «En cinéma, on s'inquiète souvent que le film soit trop long. On coupe, on coupe, on coupe, on a peur que ce soit plate. En télé, on peut prendre notre temps, partager plus d'informations sur un personnage, apprendre à le connaître pour le rendre plus émouvant, inquiétant, mystérieux», affirme le cinéaste, qui aime l'idée de livrer des indices au compte-gouttes sur plusieurs épisodes.

Alors que la pièce de Bouchard a pour cadre la ville d'Alma, la série de Dolan se situera dans une région fictive du Québec, qu'on imagine à deux ou trois heures de Montréal. Même si on parle d'une coproduction avec la France, pas question de dénaturer l'oeuvre initiale. «Les gens de StudioCanal et Canal+ sont extrêmement respectueux des textes qu'ils ont lus. Il se peut qu'apparaisse un acteur français, mais pas parce que ça m'aura été imposé.»

Par contre, la version que verront les Français sera assurément doublée plutôt que sous-titrée. Un mal nécessaire, croit Dolan. «Oui, ça me dérange, parce que la beauté de la francophonie, c'est sa pluralité et sa diversité. L'idée qu'une oreille puisse être fermée aux différentes sonorités de la langue française, souvent qualifiées par les Français de disgracieuse ou de dérangeante, c'est pas nécessairement sympathique.»

«En même temps, ça parle très vite et très joual dans la série, plusieurs niveaux de langage s'entrechoquent. Pour un public français, je comprends leur besoin de leur offrir une version doublée.» Comptez cependant sur l'acteur, qui fait du doublage depuis l'âge de huit ans, pour s'impliquer dans les moindres aspects de celui de sa série.

Si ce n'est pas une première en télé, c'est plutôt rare qu'un réalisateur se dirige lui-même dans sa propre série. «C'est un désir irrépressible de rejoindre Éric [Bruneau], que j'admire énormément en tant qu'acteur. Je l'ai vu évoluer et exploser ces dernières années, notamment dans La mort d'un commis voyageur, où il était absolument bouleversant.»

«Et puis, Magalie, Julie, Patrick, je n'ai pas seulement envie de les diriger mais de partager l'écran avec eux. C'est peut-être égoïste, mais dans ma vingtaine, j'ai accepté de moins apparaître dans mes films. Cette partie-là de moi doit pouvoir s'exercer et demeurer en vie.»

Alors que Julie Le Breton, Éric Bruneau, Magalie Lépine-Blondeau et Patrick Hivon étaient de l'oeuvre originale, Xavier Dolan et Julianne Côté se greffent à l'adaptation télévisuelle, qui sera forcément très attendue.

Bien entendu, Dolan devra composer avec les contraintes sanitaires d'un tournage en temps de pandémie, mais pas à n'importe quel prix. «C'est sûr que je vais me battre bec et ongles pour que ça ne vienne pas heurter la qualité de l'histoire et de la série. On a le loisir de pouvoir commencer plus tard en mars, les choses auront peut-être évolué d'ici là.» C'est ce qu'on espère tous.

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