Maude Guérin a mis la main sur le premier prix de la soirée dans la catégorie meilleur premier rôle féminin, série dramatique (Feux). Un septième Gémeaux qu'elle a accepté avec beaucoup d'émotion.

Gémeaux: des gagnants de Feux, un son pourri

CHRONIQUE / Ils avaient été si forts l'an dernier, on n'en attendait pas moins cette année. Mais alors que Jean-Marc Vallée remportait les honneurs aux Emmys, les 32es Prix Gémeaux, eux, ne gagneront pas de prix pour leur son. Et son duo vedette s'est montré moins drôle et efficace qu'en 2016.
La soirée a bien mal commencé, avec le son qui coupait à tout instant. Une entrée en matière catastrophique pour nos oreilles. On parvenait tout de même à attraper la majorité des gags, mais c'était franchement irritant. Il a fallu attendre au deuxième segment pour que le problème soit réglé. Le post mortem sera tendu.
Le monologue d'ouverture de Jean-Philippe Wauthier et Éric Salvail n'a pas aussi bien passé cette année. On sentait plus de malaise parmi l'assistance. Parmi les gags du duo, qui m'ont semblé plus grinçants, il y en a quand même eu de très bons. Comme celui d'Éric, décrivant Les Simone : «c'est comme l'émission Barmaids, mais avec un secondaire». Et Wauthier de répondre que Tout le monde en parle, «c'est comme En mode Salvail, mais avec un secondaire».
Tous les gros noms y ont passé. Véro et Votre beau programme, comparé au téléthon de la paralysie cérébrale. Julie, associée aux titres de Canal Vie, Bye bye maison, On efface et on recommence et C'est quoi ton plan? Et la nouveauté de Charles Lafortune, Lâchés lousses. «Je dois être réceptif à l'hypnose, je me suis endormi dans la première minute», a ironisé Jean-Philippe Wauthier. Puis, on sentait les rires timides, jusqu'à la blague concernant Sur-Vie, la décevante série de Séries+. Éric Salvail a salué son scénariste débutant, «qui doit avoir 11-12 ans». Quand on sait qu'ils peuvent faire mieux, comme l'an dernier, on exige plus.
Sophie Cadieux a reçu le Gémeaux de la meilleure actrice dans une comédie pour <em>Lâcher prise</em>.
Pierre-Luc Funk est devenu le plus jeune gagnant du prix du meilleur premier rôle masculin dans une série dramatique annuelle pour <em>Mémoires vives</em>.
Du côté des lauréats, Lâcher prise sort grande gagnante avec six trophées, dont celui de la meilleure comédie. Après celle qui joue sa mère, Sylvie Léonard, récompensée en après-midi pour son rôle de soutien, Sophie Cadieux a reçu le Gémeaux de la meilleure actrice dans une comédie. C'était un deuxième Gémeaux pour elle, 13 ans après celui de Watatatow. Isabelle Langlois et Stéphane Lapointe ont aussi gagné pour les textes et la réalisation. Antoine Bertrand, qui s'est hélas blessé au dos, n'était pas là pour recevoir son prix pour Boomerang. Sa conjointe Catherine-Anne Toupin a livré ses remerciements, plus sobres qu'à l'habitude.
Voir le duo de Feux, Maude Guérin et Alexandre Goyette, monter sur scène pour récolter les honneurs avait quelque chose de jouissif. Voilà deux interprètes qui ont marqué les fidèles de l'oeuvre de Serge Boucher, sacrée meilleure série dramatique. Alors que le public lui avait préféré Marc-André Grondin au Gala Artis, l'Académie a choisi Alexandre Goyette comme meilleur acteur. «Au fond de moi, y'aura toujours un p'tit gros roux de 13 ans qui n'a pas confiance en lui et qui pense qu'il n'a pas sa place dans ce métier-là», a lancé l'acteur réjoui.
Les animateurs du 32e gala des prix Gémeaux, Éric Salvail et Jean-Philippe Wauthier
Unité 9 a été sacrée meilleure série annuelle, son seul prix remis en soirée. À L'avant-première, Angèle Coutu a été couronnée pour son rôle de soeur Marie-Gisèle, remerciant le réalisateur Jean-Philippe Duval, aussi récompensé, de l'avoir sortie de l'oubli. District 31 ne pouvait rien gagner, seul dans sa catégorie des quotidiennes. Mais on a souligné le phénomène très sobrement avec le prix Jean-Besré.
Élue meilleure actrice dans une série annuelle, Céline Bonnier a invité le réalisateur de L'heure bleue, Stéphan Beaudoin, à la rejoindre sur scène. Pier-Luc Funk mérite son trophée, stupéfiant dans le rôle de l'ignoble ravisseur Jérémie, dans Mémoires vives.
Du bon et du moins bon
La parodie de Plan B était plutôt réussie. Quand les animateurs sont retournés dans le passé pour annoncer la fin du Banquier à Julie Snyder, elle a éclaté de rire avant de dire : «Tant qu'à ça, je recommence à zéro à la radio de Radio-Canada!» On a ensuite vu Céline habillée en Safia Nolin à l'ADISQ.
Une image vaut mille mots : celle des familles nombreuses de L'amour est dans le pré. Papa Luc Deschênes, de la troisième saison, a commenté les tenues des spectateurs : «Y'a pas grand monde qui a tiré les vaches à matin!» Un des très bons flashs de la soirée.
Le seul moment vraiment émouvant de la soirée revient à Véronique et François, deux protagonistes de Face à la rue, qui accompagnaient Jean-Marie Lapointe. «Il y a six mois, Véronique était encore dans la rue», a rappelé l'animateur de cette série de Moi&cie, qui mérite vraiment d'être vue. Récompensé pour son entrevue avec Janine Sutto, André Robitaille a profité de son prix pour réclamer qu'un lieu porte le nom de la comédienne.
Parmi les segments moins réussis, le sketch des Simone qui commentent la catégorie des acteurs de séries n'avait pas l'humour que j'aime tant de la série. Bon clin d'oeil d'amener sur scène Pierre Marcotte et Joël Denis, de qui auront l'air Wauthier et Salvail dans 30 ans. Mais la suite était plutôt décevante. On comprend la nécessité du placement publicitaire, mais quand on s'arrête en plein gala pour placer une capsule de commanditaire, on aime beaucoup moins. Hier, c'en était dérangeant.
Dans la colonne des «pour», il faut tout de même dire que ce gala avait du rythme. Pas de numéros interminables ou de remerciements qui ne finissent plus. Si je ne sors pas de cette soirée avec le même enthousiasme que l'an dernier, je n'en pense pas moins que ce duo d'animateurs a ce qu'il faut pour revenir l'an prochain, avec de meilleurs textes.