Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
La série donne une bonne idée de l’ampleur de la tâche pour retrouver des jeunes filles, qui redoublent d’ingéniosité pour ne laisser aucune trace, envoûtées par leurs proxénètes et souvent lourdement intoxiquées.
La série donne une bonne idée de l’ampleur de la tâche pour retrouver des jeunes filles, qui redoublent d’ingéniosité pour ne laisser aucune trace, envoûtées par leurs proxénètes et souvent lourdement intoxiquées.

Fugueuse de la vraie vie

CHRONIQUE / Le public a été bouleversé par la première saison de Fugueuse à l’hiver 2018. Mais la réalité, aussi dure à croire que la conversion de Fanny en agent Couture, risque de vous ébranler encore plus. En ligne depuis lundi sur le Club illico, la série documentaire En fugue, des producteurs de Fugueuse, se présente comme une grande enquête pour retrouver la trace de trois véritables fugueuses, à la façon d’un suspense tout ce qu’il y a de plus efficace.

Des 6000 fugues rapportées au Québec chaque année, le tiers concerne l’exploitation sexuelle. Les filles recrutées ont souvent 14 ou 15 ans, une horreur quand on y pense. Dans le premier épisode, on rencontre Paula, qui n’a pas revu sa fille Natacha (prénom fictif) depuis sa dernière fugue en octobre 2018. Avant, elle a disparu des dizaines de fois, en plus de séjourner à l’hôpital psychiatrique pour un diagnostic de psychose. On imagine l’enfer pour la fille, mais aussi pour la mère, morte d’inquiétude. On a le cœur serré en constatant la détresse de cette femme, qui ne veut que retrouver sa fille telle qu’elle était avant de rencontrer son proxénète, belle et enjouée.

Pour mener l’enquête, le réalisateur André St-Pierre suit Maylissa Luby, ancienne fugueuse convertie en intervenante sociale, et Martine Laurier, enquêteuse retraitée du Service de police de la Ville de Montréal. Sur un chemin semé d’embûches, les deux femmes, très attachantes, solliciteront bien sûr l’aide de dizaines de personnes. Notamment de Paul Laurier, ex-enquêteur de la Sûreté du Québec et pdg de Vigiteck, société spécialisée en informatique judiciaire, capable de scruter les conversations par textos. Vous souvenez-vous de ICQ? M. Laurier espionne aussi ce réseau de clavardage, qui servait beaucoup dans les débuts d’Internet et qui existe toujours, utilisé aujourd’hui par les réseaux de prostitution juvénile.

Martine Laurier ne recule devant rien pour trouver Natacha, allant jusqu’à frapper à la porte des bars de danseuses des Laurentides, où la jeune femme aurait travaillé très brièvement. Ou celle d’une maison de chambres, où une dame se souvient l’avoir vue. À travers ses recherches, Maylissa Luby raconte sa propre histoire, des abus qu’elle a subis durant sa jeunesse. Aujourd’hui, elle est parvenue à fonder une famille qui semble baigner dans l’harmonie. Parce qu’une issue heureuse est possible. Si Fanny s’était convertie en travailleuse sociale comme l’a fait Maylissa, probablement qu’on y aurait cru davantage.

La série donne une bonne idée de l’ampleur de la tâche pour retrouver des jeunes filles, qui redoublent d’ingéniosité pour ne laisser aucune trace, envoûtées par leurs proxénètes et souvent lourdement intoxiquées. Les notes d’espoir sont hélas bien rares, à l’image de la réalité.

DÉSOLÉ, AGENT COUTURE

Pour revenir à Fugueuse, je reste à l’écoute pour savoir jusqu’à quel point on tirera encore sur l’élastique de la vraisemblance. L’épisode de lundi était particulièrement décousu et insensé. La scène où la pauvre Alex (Robin L’Houmeau) était apeurée par des chiens méchants était risible. Celle d’auto-défense de Fanny (Ludivine Reding), pardon, agent Couture, contre Damien (Jean-François Ruel) l’était tout autant. La scène d’avant, il venait de la plaquer sur le mur et de l’embrasser de force. À n’y rien comprendre.

Il fallait être bien naïf pour croire qu’une policière aussi incompétente reçoive les félicitations de sa patronne et se rende aussi loin dans une enquête sans se faire démasquer. Ça ne prend pas de diplôme en psychologie pour comprendre qu’une ancienne fugueuse qui a été exploitée sexuellement risque de rechuter. Mais plutôt que de la voir bêtement fondre devant son ancien proxénète, j’aurais voulu voir Fanny se tenir debout, pour envoyer un signal clair qu’une victime peut s’en sortir. «C’est de la stratégie», aurait dit un concurrent d’Occupation double?

Toute l’intrigue autour du personnage de Daisie (Jemmy Echaquan Dubé) a été mal intégrée au reste de l’histoire. Certaines répliques semblaient provenir d’une équipe d’auteurs qui ne s’étaient pas consultés, comme lorsque Daisie a lancé «toé, tes totons pis ton pénis!» à Alex, en processus de changement de sexe, un sujet abordé bien maladroitement. Jusqu’à maintenant, cette deuxième saison a rallié en moyenne un nombre impressionnant de 1757 000 fidèles à TVA, ce qui est certainement au-delà des attentes du diffuseur. Ne reste qu’un seul épisode à l’agent Couture pour en finir avec Damien.