Eddy (Claude Legault) ne dissimule pas son intérêt pour Sarah Dembski, la nouvelle habitante de Fatale-Station. Alors que Jean O'Gallagher (Micheline Lanctôt), propriétaire d'à peu près tout le village, ne voit pas l'arrivée de l'étrangère d'un bon oeil et fera tout pour la chasser. 

Fatale-Station manque de tension

CHRONIQUE / Sarah Dembski n'arrive pas à Fatale-Station pour rien. Mais pourquoi au juste cette fugitive a-t-elle choisi précisément ce petit village perdu pour élire domicile? C'est l'une des questions que pose Fatale-Station, la nouvelle série de Stéphane Bourguignon, le génial auteur de La vie la vie et de Tout sur moi. L'oeuvre de 10 épisodes est disponible dès aujourd'hui sur l'Extra d'ICI Tou.tv, mais ICI Radio-Canada Télé en diffuse le premier épisode ce soir à 21h, pour vous appâter. Après, faudra payer l'abonnement à l'Extra.
L'amoureuse et muse de l'auteur, Macha Limonchik, incarne cette mystérieuse femme pourchassée par un homme dangereux. Son arrivée dans ce village fictif ne passe pas inaperçue. Premier arrêt au Beijing Palace, hôtel-restaurant d'inspiration chinoise, tenu par un certain Eddy (Claude Legault), qui ne dissimule pas son intérêt pour la visiteuse. Comme plusieurs de ses concitoyens, Eddy semble traîner un lourd passé. Très lourd dans son cas.
Toujours excellente, Micheline Lanctôt joue la détestable Jean O'Gallagher, propriétaire d'à peu près tout le village, et qui tire les ficelles avec la délicatesse d'un bulldozer. Son pouvoir est si énorme que la simple évocation de son nom fait trembler les citoyens. Elle ne voit pas l'arrivée de Sarah d'un bon oeil et fera tout pour la chasser, y compris en refusant de lui louer les deux seuls logements disponibles. La lutte entre les deux s'annonce épique.
Denis Bernard, si bon dans Feux, revient en maire désabusé, François Lemieux, tenu de suivre à la lettre les directives d'O'Gallagher. Quand Jean-Pierre Langevin (Alexis Martin) se propose pour lui succéder à la mairie, la matriarche s'engage à faire réélire son pantin pour lui barrer la route. En plus de prendre soin de sa femme catatonique, Lemieux doit freiner les ardeurs de manifestants atikamekws, qui barrent la principale route menant à Fatale-Station pour protester contre les compagnies forestières.
Tout dans cette série devrait nous inciter à rester captifs : une prémisse intrigante, des personnages singuliers, une solide distribution de comédiens, une réalisation impeccable. Les deux premiers épisodes n'ont pourtant pas réussi à m'emballer. L'auteur met beaucoup de temps à installer son histoire et l'aura d'inquiétude qui devrait entourer ce village m'apparaît bien mince. À Fatale-Station, tout le monde possède une arme à la maison, la moitié des citoyens conduisent sans permis, et il n'y a pas de policiers, sauf le vendredi, «le jour de la police». Or, ce village n'a rien de bien mystérieux ni de lugubre; la gare a l'air flambant neuve, les maisons sont charmantes, et même les chambres de l'hôtel sont hospitalières. Hormis quelques exceptions, on n'a finalement raison de se méfier de personne.
Le réalisateur Rafaël Ouellet (Nouvelle adresse) a voulu se tenir loin du terroir et du côté pittoresque de certaines oeuvres se déroulant en région, pour s'installer plutôt dans la modernité, et c'est réussi. Fatale-Station n'est pas une oeuvre fantastique comme Grande Ourse ; les personnages ne jettent pas de sorts et n'ont pas de pouvoirs. La présence au village d'un personnage à cheval, lourdement maquillé et portant une coiffure étrange, peut cependant laisser croire le contraire.
Les plus accros devront se contenter des cinq premiers épisodes sur l'Extra, puisque la seconde moitié de la série, pas encore tout à fait prête, ne sera disponible que dans un mois. On voulait profiter de la période des Fêtes pour accrocher le public. N'attendez pas une diffusion de la série complète à la télé avant un bon bout de temps. La productrice Louise Lantagne chez Attraction Images et ancienne directrice générale de Radio-­Canada affirme que la série atteint son apogée dans les trois derniers épisodes. Espérons qu'il ne faille pas attendre jusque-là pour embarquer dans cette histoire hélas un peu tiède.