Éboueurs, ce sont des personnages auxquels on s’attache, entre autres Nicko (à gauche), sa maman poule Sylvie «Big Mama» et Guillaume alias «Légende d’automne».

Éboueurs: héros du sac vert

CHRONIQUE / Quand on dit que la télé peut changer nos perceptions, que ce soit du côté médical avec De garde 24/7 ou de l’itinérance avec Face à la rue, il n’y a rien d’exagéré. Et il est fort possible qu’Éboueurs, la série documentaire qui commençait mercredi à 19h30 à Canal D, ait le même effet sur vous.

On le sait : il n’y a rien de plus irritant que de suivre en voiture une benne à ordures, ou de se faire réveiller aux petites heures par la visite des éboueurs. Malgré tout, j’irais jusqu’à dire que votre degré de tolérance pourrait s’élever ne serait-ce que d’un tout petit cran après avoir vu la série. Parce qu’ils en ont de l’endurance et une bonne dose de courage et de patience, ces héros du sac vert.

Il en faut, surtout un lendemain de déménagement caniculaire, où les locataires en ont profité pour se débarrasser de toutes leurs cochonneries les plus encombrantes. Le plus dégueulasse, selon une éboueuse de la série? Pas tant les déchets juteux que les vieux matelas, parfois infestés de punaises. «Une place de crottés», lance son partenaire de travail en pointant l’appartement de résidents vraiment pas respectueux. C’est direct, mais on dirait probablement la même chose dans ses bottines.

Qu’on se le dise : on fait dur parfois dans la gestion de nos vidanges. Pas surprenant que les blessures chez les éboueurs soient si courantes. Chaque fois que vous jetez un miroir, un morceau de verre ou de porcelaine directement aux ordures, pensez-y. Les entorses lombaires ne sont pas rares non plus. À Montréal, après Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, le quartier Côte-des-Neiges est champion en matière d’ordures : 1500 tonnes de détritus jonchent les trottoirs chaque semaine. Je serais curieux de savoir où on jette le plus à Québec.

Éboueurs démontre aussi à quel point nous sommes de mauvais recycleurs. Huit pour cent du contenu de nos bacs est irrécupérable et ralentit tout le triage. Non, on ne met pas de blocs de béton dans son bac de récup. Pas plus que des appareils électriques. Montre-moi tes vidanges et je te dirai qui tu es. J’irai d’ailleurs de ce pas consulter les trucs et conseils réunis dans des capsules aux titres tels que «Réussir son jus de poubelles (ou pas)», «3 règles pour mieux gérer son compost» et «Les poubelles, un danger pour votre chien!» C’est sur le site de la série à eboueurs.canald.com.

Éboueurs, c’est aussi des personnages auxquels on s’attache : dans les deux premiers épisodes, ce sont Sylvie «Big Mama», la maman poule, et son fils Nicko; les sympathiques Fokom et Jonathan; et le duo drôlement assorti, mais irrésistible, l’Italienne Kiki et Guillaume, alias «Légende d’automne». Leur patron essaie autant que possible de former des équipes aux caractères compatibles, pour faciliter les choses. Ils ont intérêt à être efficaces, parce qu’on les suit à la trace grâce à un GPS, et on sait lorsque l’un d’entre eux arrête sa course pour s’acheter un café. À 2000 arrêts-départs chaque jour, vous avez intérêt à ne pas perdre de temps.

Le vulgarisateur scientifique de Génial!, Martin Carli, agit comme narrateur de cette série de huit épisodes fort intéressante, et réalisée avec une pointe de fantaisie par Frédéric Gieling. Plus tard dans la série, on les verra affronter le froid et on saura pourquoi les éboueurs détestent tant recueillir le compost. Sachez qu’Éboueurs est aussi diffusée le samedi à 14h30, si vous l’avez manquée mercredi.

Il y a certainement quelque chose d’héroïque à endurer des odeurs nauséabondes à longueur de journée, à risquer de se blesser à tout moment, ou de recevoir une giclée de jus de poubelles au visage. Qu’ils fassent autre chose, direz-vous? Dites-leur plutôt merci de le faire. Comme dirait l’autre : «respect».