Dr François Marquis, intensiviste et interniste

Docteur, je veux mourir

CHRONIQUE / Quand on a un bon docteur, on veut le garder. J'étais un peu déçu quand j'ai appris que De garde 24/7, l'excellente série documentaire de Télé-Québec, changerait d'hôpital pour sa troisième saison; on s'est quand même beaucoup attaché aux Drs Boisvert, Bensoussan, Vallée et compagnie.
Il faut un certain temps d'adaptation pour apprécier la nouvelle mouture de huit épisodes, maintenant tournée à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal, dans un format d'une heure, au lieu d'une demi-heure, le jeudi à 20h. Mais une fois embarqué, on n'éprouve que de l'admiration pour ces nouveaux héros, qui ont entre autres pour noms Marquis, Mottard et Gagnon.
J'admets être sorti ébranlé du premier épisode, portant sur les limites de la médecine, diffusé ce soir. Assister à un baptême d'aide médicale à mourir avec le Dr François Marquis, intensiviste et interniste, m'a chaviré. Sa patiente en fin de vie, atteinte d'un cancer du poumon sans pitié, a beau avoir pris sa décision, un médecin n'est jamais préparé à lui administrer la mort. «On n'est pas entré en médecine pour ça. Je suis un réanimateur moi là!» dira le Dr Marquis, au bord des larmes.
On compatit avec l'homme, qui se dirige vers la chambre avec ses deux coffres bleus, contenant les doses mortelles. Le geste peut paraître cruel, mais pas quand on voit comment ça se passe. Vous ne verrez pas la patiente, mais vous entendrez le médecin lui chuchoter à l'oreille de partir en paix. Un départ dans la sérénité, tout en douceur. Aussitôt les doses administrées, le médecin retourne à sa routine. The show must go on.
L'urgence de Maisonneuve-Rosemont est parmi les plus achalandées de la province, avec ses 75 000 visites par année. L'équivalent du Dr Boisvert des premières saisons, le Dr Éric Gagnon, est urgentologue depuis 25 ans, ce que plusieurs n'exercent pas plus de cinq ans, tant la tâche est énorme. Les frustrations sont nombreuses à l'urgence. Que ce soit devoir interrompre la réanimation cardiaque après avoir tenté l'impossible durant une heure. Ou dépendre de la disponibilité d'un chirurgien quand un patient, victime d'un anévrisme, nécessite une opération immédiate.
Près d'une quinzaine de membres du personnel médical sont suivis par les caméras. Parmi eux, j'ai eu un coup de coeur pour la Dre Sophie Mottard, chirurgienne orthopédiste oncologue, qui rigole avec ses patients réguliers, malgré leur inquiétante condition. J'ai aussi été touché par la néphrologue Lynne Senécal, spécialiste des maladies des reins, qui explique devoir respecter le choix d'un patient, même si elle ne le partage pas. Devoir se prêter à la dialyse le restant de sa vie, quand on a 85 ans, peut représenter un défi insurmontable pour certains, voire inutile.
Le deuxième épisode ressemble plus à une course contre la montre. Un portrait du rythme étourdissant dans lequel doit évoluer le personnel de Maisonneuve-Rosemont. Vous reconnaîtrez d'ailleurs des thèmes abordés d'une façon ou d'une autre dans les précédentes saisons. Mais chaque histoire a sa particularité.
Je suis toujours surpris de voir autant de familles consentir à se faire filmer lorsqu'elles apprennent le verdict ultime. Comme la fille d'une femme qui s'est effondrée à un arrêt d'autobus, sans pouvoir dire adieu à sa famille. Les familles n'ont pas à regretter leur consentement; les «gars des vues» Louis Asselin et Paul-Maxime Corbin captent ces moments avec retenue et sobriété.
À travers ce lot de problèmes parmi les plus tragiques, pointent quelques moments heureux : la réaction des parents à la naissance de leurs enfants, celle de patients à qui on annonce qu'il y a des chances de guérison, et la satisfaction du devoir accompli chez le personnel médical. Pour chacun de ces professionnels, on sent toute la compassion, l'empathie, le dévouement qu'on attend d'un médecin, d'une infirmière, auxquels on n'a pas toujours droit, soyons honnête. «S'il faut finir plus tard, ben on finira plus tard», dit une docteure. «J'ai été merveilleusement soigné», lance un patient sur un ton reconnaissant, avant sa sortie de l'hôpital. Pourvu qu'on puisse bénéficier d'aussi bons soins, le temps venu.