Maggie Gyllenhaal, aussi productrice de La 42e, est formidable dans le rôle de Candy, une prostituée d'expérience, très indépendante, au point de se débrouiller sans souteneur.

Deux séries, deux univers

CHRONIQUE / Les patrons de télé s'arrachent les cheveux par les temps qui courent. Avec ce splendide été tardif, qui nous fait presque oublier la grisaille de juillet et août, disons que s'embarquer dans une nouvelle série devient moins tentant. Les chiffres en pâtissent, ça se voit.
Kevin Parent et Micheline Lanctôt dans <i>La disparition</i>
Mais bon, l'automne finira par arriver, aussi bien prendre de l'avance pour vous proposer deux séries de Super Écran, qui ne peuvent pas être plus à l'opposé l'une de l'autre. La première, sur la prostitution et la porno à New York dans les années 70, une production sulfureuse au souci méticuleux de refléter l'époque. La seconde, sur une disparition d'enfant, un sujet très d'actualité, et maintes fois abordé par les scénaristes dans les dernières années, dans une production beaucoup plus conventionnelle.
La 42e, version française de The Deuce - c'est le surnom de la rue -, provient du duo de la série Sur écoute (The Wire), David Simon et George Pelecanos, des maîtres du genre. Un portrait cru de cette faune qui arpente la 42e rue à Manhattan, entre Broadway et la 8e avenue, que diffuse HBO depuis le 10 septembre. Les putes y côtoient la police, dans un chassé-croisé presque amical, alors que règne la coke et que la pornographie naissante devient une avenue intéressante pour les prostituées.
C'est le cas pour Candy, une fille d'expérience, très indépendante, au point de se débrouiller sans souteneur. Maggie Gyllenhaal, aussi productrice de la série, est formidable dans ce rôle, qu'on découvre mère d'un garçon confié à sa grand-mère, qui couvre les activités honteuses de sa fille. James Franco incarne quant à lui deux jumeaux, propriétaires de bars qui servent de couverture à la mafia. La longueur des cheveux nous sert à les différencier.
Diffusée tard en soirée, à compter du vendredi 6 octobre à 23h, La 42e comporte plusieurs scènes de nudité, majoritairement féminine. Disons les choses clairement : vous verrez plus de pénis dans un épisode de cette série que dans toute la saison de Cheval-serpent. Les premiers tournages de porno, plus que rudimentaires, font forcément sourire. Attendez de voir comment on simule l'éjaculation.
Je n'avais pas aimé Vinyl, de Martin Scorsese, dont HBO avait annulé la deuxième saison, et qui se passait à peu près à la même époque. Et The Get Down, série de Netflix encensée par la critique, mais aussi annulée après une seule saison, m'avait laissé plutôt froid. La 42e a su me garder après deux épisodes, surtout grâce à Maggie Gyllenhaal, mais aussi à sa façon de dépeindre un monde dur, la vie de misère de ces filles, sous le joug de souteneurs démesurément exigeants.
Alors que The Deuce est une oeuvre d'art en soi, La disparition, de facture classique, s'adresse certainement à un public plus large. Tournée en anglais (The Disappearence) dans la région de Montréal, la minisérie de six épisodes est signée Normand Daneau - oui, le Martin Lavallée d'Unité 9 - et Geneviève Simard, et produite chez nous par Casablanca, qui est notamment derrière Les invincibles et Série noire, à mille lieues dans le genre. Des acteurs anglophones y côtoient des francophones.
La vie d'un couple de banlieue (Aden Young et Camille Sullivan), en processus de divorce, vire au tragique quand disparaît son fils Anthony (Michael Riendeau), le jour de ses 10 ans. Depuis quelque temps, le garçon particulièrement brillant jouait les détectives, prenant en photo le voisinage sans son consentement. On comprend qu'au cours de ses escapades, il a mis le nez là où il ne fallait pas.
Le meilleur allié du petit est son grand-père Henry (Peter Coyote), un juge à la retraite, qui répond à tous ses caprices, au risque de déplaire aux parents. Le jour de sa disparition, il lui organise une course au trésor, en cachant des enveloppes à certains endroits dans la ville. L'ex-juge a envoyé plusieurs criminels derrière les barreaux. L'un d'entre eux pourrait-il lui en vouloir au point de s'en prendre à son petit-fils?
L'entrée en matière est plutôt longue, avant la disparition qui n'arrive qu'au dernier segment du premier épisode. Surtout que la série n'en comporte que six. Le second, qui se déroule deux ans plus tard, entre plus en profondeur dans l'enquête, pilotée par la lieutenante-détective Susan Bowden (Micheline Lanctôt), une connaissance du grand-père, et son partenaire, le sergent-détective Charles Cooper (Kevin Parent).
Super Écran a le grand mérite de diffuser la série en français, en même temps que sa diffusion en anglais à CTV, dès le dimanche 1er octobre à 21h. Effectué au Québec, le doublage se rapproche beaucoup plus de notre accent que de l'habituel français international. Julie Le Breton prête sa voix à la maman du petit Anthony, Helen, et Normand Daneau, coauteur, en fait autant avec un personnage secondaire. Bien heureusement, tous les acteurs québécois, dont Laurence Leboeuf et Roc Lafortune, se doublent eux-mêmes en français.
La disparition est nettement moins angoissante que d'autres séries du genre, comme Broadchurch et Disparition (The Missing), présentées sur ICI Radio-Canada Télé. J'aurais aimé sentir plus de tension, qu'on nous donne plus d'indices. N'empêche, la disparition d'un enfant, même fictive, brasse toujours des émotions, et ceux qui tiendront jusqu'au bout voudront certainement le voir retrouvé vivant.