Séraphin (Vincent Leclerc) en compagnie des Délima d'hier et d'aujourd'hui (Denise Filiatrault et Julie Le Breton).

Délima rencontre Délima

CHRONIQUE / La deuxième saison des Pays d'en haut m'avait ravi. Encore plus captivante, plus enlevante, plus drôle aussi. La mine aiguisée de l'auteur Gilles Desjardins, étrangement ignorée aux Gémeaux, risque de donner une troisième saison encore plus explosive l'hiver prochain.
Quelle ne fut pas ma surprise en arrivant sur le plateau de tournage à Rawdon lundi d'apercevoir Denise Filiatrault. Oui, oui, la Grand-Jaune des Belles histoires, la Délima d'autrefois. L'actrice, qui ne joue presque plus, sauf au cinéma récemment dans C'est le coeur qui meurt en dernier, a accepté de participer à un épisode de la prochaine saison. Elle sera Stéphanie, une tante de Séraphin, qu'il déteste profondément, cela va de soi. Et devinez qui est la nièce préférée de Stéphanie? Délima en personne. Vous verrez donc l'ancienne Délima s'adresser à la nouvelle, jouée divinement par Julie Le Breton. Et s'exprimer à peu près dans ces mots : «Eh que je suis donc contente de te voir ma Grand-Jaune!» Une mise en abyme comme on les aime.
Denise Filiatrault a joué Délima durant neuf ans dans Les belles histoires. En lisant les nouveaux textes, elle s'est mise instinctivement à retenir les répliques de Délima, avant de réaliser qu'elle jouait plutôt le rôle de Stéphanie. Mme Filiatrault n'a que quatre jours de tournage, dont trois en studio à Montréal. Parce que oui, désolé de briser vos rêves, les scènes intérieures de l'hôtel et de la maison de Séraphin, entre autres, sont tournées en studio. Un vieux conflit et une histoire d'héritage seront à l'origine de l'arrivée de tante Stéphanie.
Située six mois plus tard, la troisième saison des Pays d'en haut se déroulera au printemps 1887. On passe donc par-dessus la saison froide. Mais bonne nouvelle, on verra enfin l'hiver à Ste-Adèle dans une quatrième saison, déjà confirmée par ICI Radio-Canada Télé. Au moins deux épisodes se passeront dans la neige, avec carrioles et grelots pour Noël. C'est si rare qu'on voit l'hiver dans nos séries, profitons-en. «C'est une composante tellement importante de la vie dans le Nord. L'hiver était en soi un personnage, l'autre méchant avec Séraphin. On le craint, on a peur de lui, il est dangereux», explique Gilles Desjardins.
On avait laissé Séraphin (Vincent Leclerc) en très mauvaise position en mars dernier. Si vous n'êtes pas à jour dans les épisodes, je vous suggère de ne pas lire ce qui suit. L'infâme personnage avait donc perdu ses élections et passé à un cheveu de mourir. Bidou (Rémi-Pierre Paquin) a bien failli l'achever en lui avouant la vérité sur l'enfant que porte sa femme. Si vous avez trouvé le frère de Donalda épouvantable dans la deuxième saison, «vous n'avez encore rien vu», prévient avec délectation l'auteur, qui qualifie le personnage d'«immonde».
La troisième saison tourne autour de deux grandes ambitions, qui vont entrer en collision. D'abord, la volonté de Séraphin de reprendre le pouvoir à Ste-Adèle. Puis, le désir d'Alexis (Maxime Le Flaguais) de reconquérir le coeur de la belle Donalda (Sarah-Jeanne Labrosse), qui a vu clair dans le sale jeu de son mari la saison dernière. «Donalda doit faire des choix et décider de son avenir.» Intéressant.
Deux personnages feront leur arrivée, le couple formé de Todore et de Georgianna Bouchonneau, joués par Alexandre Landry et Brigitte Lafleur. La production a intentionnellement choisi des acteurs très différents de René Caron et de Réjane Desrameaux, qui les jouaient dans le téléroman. «Je trouvais qu'il y avait une certaine similitude entre Georgianna et Victorine (Sonia Vachon), deux grosses femmes dominantes, qui parlent fort, qui dominent leurs hommes. Ça m'agaçait un peu, alors j'ai construit un autre type de relations. Je pense que les gens vont aimer», affirme Gilles Desjardins.
Le couple arrive de Montréal, pour se bâtir une nouvelle vie. Follement jalouse, Georgianna s'est mise dans la tête que son Todore aurait moins de tentations à Ste-Adèle. Ne faites pas le saut, pour interpréter le rôle, Brigitte Lafleur a deux grosses verrues au visage.
Et que devient notre bon vieux curé Labelle (Antoine Bertrand)? Parti à Rome, il a réussi à arracher quelques promesses au pape. Mais il n'a toujours pas son diocèse, ce qui va transformer son conflit avec Monseigneur Fabre (Pascal Rollin) en véritable guerre.
Comme c'est le cas dans plusieurs régions du Québec depuis les inondations, le Village Canadiana, qui sert de plateau aux Pays d'en haut, n'a jamais été autant envahi par les moustiques. Un tournage «apportez votre Raid». Toute la distribution était réunie lundi pour le tournage d'une scène un peu étrange de lanterne magique, l'ancêtre du projecteur de diapositives, qui servait à projeter des images fixes. On payait cinq cents pour assister à ces spectacles, qui ont réellement existé. «Les gens étaient aussi fascinés que terrifiés par ces images d'animaux qu'ils n'avaient jamais vu de leur vie», raconte Gilles Desjardins. C'est le peddler Omar Farah (Ariel Ifergan), un réfugié syrien comme il y en avait aussi à l'époque, qui amène ce spectacle en tournée. La scène a nécessité 38 comédiens et 31 figurants, dont certains ont dû être maquillés et coiffés quatre heures avant le tournage. 
Les Pays d'en haut peut être vue dans 200 pays actuellement. Gilles Desjardins a reçu des témoignages de la Belgique, du Sénégal et même d'un admirateur guinéen. Comme quoi notre accent du terroir - sous-titré - peut bien voyager et toucher les esprits, peu importe l'endroit. Mensonges 4, l'autre série du même auteur, sera tournée à l'automne, pour une diffusion possible l'hiver prochain, sur une des plateformes de Québecor.