Véronique Cloutier ne l'a pas eue facile depuis le début de l'hiver. Certains considèrent qu'elle s'est cassé les dents avec son Beau programme.

Dans le rétroviseur de Véro

CHRONIQUE / On en dit bien, des choses, dans une vie. Je relirais certaines chroniques que j'ai écrites il y a 20 ans et je me demanderais peut-être ce que j'avais fumé. Pour d'autres, mon opinion n'a sûrement pas changé d'un iota. La maturité, les échecs, les événements qui ont marqué notre vie, un tas de facteurs font évoluer - ou pas - nos perceptions de la vie.
Alors, imaginez des personnalités publiques, qu'elles soient des artistes ou des politiciens, qui ont multiplié les entrevues sur tous les sujets, des plus banals aux plus controversés. Pour Rétroviseur, une nouvelle série d'entrevues disponible sur Véro.tv, Véronique Cloutier invite des personnalités à réentendre des affirmations faites 10, 20 ou même 50 ans plus tôt. Et l'exercice est assez fascinant.
Les deux meilleures sont à mon avis celles de Normand Brathwaite et de Vincent Graton. Ce dernier éclate de rire lorsqu'il se revoit dans la vingtaine, alors qu'il jouait dans Le parc des braves. Un être désincarné, qui se prend pour un acteur français, dit-il en s'observant. Il se réentend, encore plus jeune, déplorer que son père soit raciste, une affirmation qu'il regrette aujourd'hui, parce qu'elle n'avait rien de vrai, et qui lui a valu une bonne conversation père-fils à l'époque.
Après avoir formulé une critique du gouvernement Harper aux Gémeaux, Graton a reçu une lettre, dans laquelle on menaçait sa femme et ses enfants. L'acteur affirme le plus sérieusement du monde qu'il aurait été capable de tuer, s'il avait eu l'auteur de la lettre devant lui. «Je serais devenu un meurtrier», dit-il.
Je me mets à la place des invités, et je comprends qu'ils puissent être ébranlés de revoir leur vie défiler à travers leurs paroles. Pas le même sentiment qu'aux Enfants de la télé; Rétroviseur va beaucoup plus en profondeur. La plupart constatent que leur vision des choses n'a pas changé tant que ça, au fond. On a beau changer, vieillir, multiplier les expériences, on reste bien souvent les mêmes personnes.
À certains moments de son entrevue, Michèle Richard s'effondre presque sous nos yeux, visiblement secouée par ce qu'elle voit et entend. Elle en vient aux larmes lorsqu'elle évoque ses parents. Pauline Marois et France Castel ont aussi regardé vers le passé. Pour l'instant, cinq épisodes sont disponibles sur Véro.tv, mais d'autres entrevues, dont une avec Guy A. Lepage, s'ajouteront éventuellement. Il faut être abonné à l'Extra d'ICI Tou.tv - le premier mois gratuit, 6,99 $ par mois ensuite - pour avoir accès au contenu de Véro.tv, qui compte aussi un docu-réalité dans l'intimité de Véro et Louis, intitulée Les Morissette & moi, ainsi qu'une foule d'autres émissions. Des interruptions pour des pauses laissent deviner que Rétroviseur pourrait migrer vers la télé éventuellement.
Véronique Cloutier ne l'a pas eue facile depuis le début de l'hiver. Certains considèrent qu'elle s'est cassé les dents avec son Beau programme, mais l'animatrice ne voit pas l'expérience comme un insuccès. Je me situe quelque part entre les deux, parce que, dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé ce que j'ai vu depuis la première. Un concept bâti de toutes pièces a besoin de temps pour mûrir et se bonifier. Mais on ne peut pas nier que le public embarque beaucoup moins que prévu dans la nouvelle aventure de Véro.
The Good Fight, sans Alicia
Vous dire l'excitation de retrouver mes personnages d'Une femme exemplaire (The Good Wife) dans une série dérivée, The Good Fight, arrivée sur les écrans dimanche soir dernier... Julianna Margulies n'y est plus, mais l'extraordinaire Christine Baranski reprend son rôle de Diane Lockhart. Ça tombe bien, j'ai toujours préféré le personnage de Diane à celui d'Alicia, auquel on fait quand même un peu référence. D'autres personnages réapparaissent, dont Lucca (Cush Jumbo), l'avocate de la septième saison, restée en froid avec Diane, David Lee, l'associé toujours aussi antipathique, et le libidineux Howard Lyman.
La première image est frappante : Diane Lockhart, démocrate devant l'éternel, regarde l'assermentation de Donald Trump, l'air stupéfait, comme si ce n'était pas réel. L'instant d'après, elle annonce à ses associés qu'elle met fin à sa carrière pour profiter de la vie et couler des jours heureux. Les choses ne se passeront pas du tout comme prévu, et l'avocate de renom devra repartir de zéro chez un cabinet à majorité afro-américaine.
Pour compléter le trio principal de Diane et Lucca, s'ajoute Maia Rindell, filleule de Diane, qui accède tout juste au Barreau, et qui fait son entrée au cabinet de sa marraine. Dans ce rôle, vous reconnaîtrez peut-être Rose Leslie, qu'on a vue en domestique dans la première saison de Downton Abbey, puis en sauvageonne dont John Snow tombait amoureux dans Le trône de fer. Maia est lesbienne, fait rare chez un personnage de premier plan dans une série dramatique.
Chose particulière, la série est distribuée aux États-Unis uniquement sur la plateforme CBS All Access. Au Canada, seul le premier épisode a été diffusé, sur Global dimanche. Pour voir la suite le dimanche à 22h, il faut être abonné à W Network. Séries+, qui vient tout juste de terminer les sept saisons d'Une femme exemplaire en français, n'a toujours pas conclu d'entente pour la diffusion de cette suite. On croise les doigts.
La critique américaine a souligné que la nouvelle série était assez proche de l'ancienne pour que les fans s'y reconnaissent, mais qu'elle s'en différenciait suffisamment pour qu'on ne reste pas sur une impression de redite. Espérons que les prochains épisodes leur donneront raison.