Claude Bégin joue un des danseurs, alors que Catherine St-Laurent incarne la fille des deux associés dans la gestion du bar, David Gauthier et Dorice McQuaid.

Cheval-Serpent en montre moins que prévu

CHRONIQUE / Cheval-serpent allait créer un précédent en montrant la nudité frontale masculine à la télé québécoise. Le réalisateur Sylvain Archambault avait même dit que ses acteurs pourraient afficher des débuts d'érection, comme le font les vrais danseurs nus. Oubliez ça, même avec une loupe, vous ne verrez que dalle.
Je parie que les plus voyeurs et voyeuses vont faire «Pause» pour espérer voir le début d'un prépuce. Tantôt une plante, tantôt une tête, cachent l'essentiel. Remarquez, pas besoin d'une série québécoise pour nous montrer un membre masculin. Mais ce n'était pas anodin comme promesse : la sexualité de l'homme est encore taboue à la télévision. Des seins, oui. Un pénis, c'est non, et toujours non.
Écrits par l'auteure d'Unité 9, Danielle Trottier, les 10 épisodes de Cheval-serpent seront disponibles le 28 juin sur l'Extra d'ICI Tou.tv, moyennant un abonnement mensuel de 6,99$. Comme mise en bouche, on servira gratuitement le premier épisode sur ICI Tou.tv.
Même si on n'y voit finalement pas de nudité frontale, Cheval-Serpent prend le temps de montrer en entier les numéros de strip-tease, notamment en morts-vivants.
Dorice McQuaid (Sophie Prégent) mène d'une main de fer le Cheval-Serpent, un bar de danseurs nus pour femmes, avec son associé David Gauthier (Guillaume Lemay-Thivierge), aussi le père de sa fille Simone (Catherine St-Laurent). Dorice partage sa vie depuis longtemps avec Dominique Lévesque (Élise Guilbault), porte-étendard du féminisme au Québec. Leur bonheur sera assombri par une bien triste nouvelle.
Le Cheval-Serpent compte quatre danseurs vedettes quand Julien (Alexandre Landry) arrive de Québec avec un passé de danseur classique. Très talentueux sur scène, la recrue devient vite le souffre-douleur de Pete (Francisco Randez), le vétéran du groupe, qui lui, perd en popularité. Les danseurs ont des règles strictes à suivre, comme de ne pas fréquenter les clientes.
Au centre de la série : la profonde rivalité entre David et son demi-frère Laurent Saint-Pierre (Daniel Parent), digne successeur de son père comme maire de Montréal. Plus laxiste que son fils, Bernard Saint-Pierre (Paul Savoie) se meurt, entre une épouse (Marie Tifo) stricte et rigide et sa maîtresse officielle (Louise Portal), qui réclame son dû. À sa mort, la mairie s'érige désormais en escouade de la moralité, et veut nettoyer la rue Sainte-Catherine de ses établissements axés sur le sexe. De quoi alimenter la hargne entre les deux frères. Leur violence jusqu'ici réprimée s'apprête à exploser, et vous n'avez pas idée comment.
Cheval-Serpent, qui suscitera beaucoup de curiosité, n'a pas la finesse des dialogues d'Unité 9. Tout est joué plus gros, et on ne donne pas dans la subtilité. La série a parfois des allures de soap : rivalités, guerres d'héritage, désirs de vengeance, meurtre! Mais une fois qu'on a accepté l'idée, l'ensemble s'avère divertissant. Et l'auteure sait accrocher les téléspectateurs. La scène où Dorice décrit à Pete la façon presque érotique de recevoir les clientes à la porte est savoureuse. Mais tout le volet politique paraît caricaturé.
Celles et ceux qui voudront voir la série d'abord et avant tout pour les danseurs nus ne risquent pas d'être déçus. On prend le temps de montrer en entier leurs numéros de strip-tease, sur différents thèmes : policiers, pompiers, hommes des bois, et même, en morts-vivants. On a mis le «paquet» en acquérant les droits de titres comme Unchain My Heart de Ray Charles, I Put A Spell On You de Jay Hawkins, Sex Bomb de Tom Jones et I Was Made For Lovin' You de Kiss. Et les clientes s'extasient en choeur devant ces corps de dieux grecs.
Curieux de voir si la série suscitera un débat sur le traitement différent accordé à la nudité féminine qu'à la nudité masculine. D'ailleurs, vous verrez les seins de la jeune Simone durant une intense scène de baise avec son amant français. Catherine St-Laurent, qui jouait aussi dans Sur-Vie, s'avère une belle découverte dans cette série.
La directrice générale de la télévision de Radio-Canada, Dominique Chaloult, admet avoir eu plusieurs discussions avec l'équipe sur la nécessité de montrer le membre masculin à l'écran. «Est-ce que ça sert l'histoire?» s'est-on demandé, avant d'en arriver à la conclusion que non. Danielle Trottier rappelle que Cheval-serpent n'est pas une série sur la nudité frontale des hommes. «Leur côté sexy est beaucoup plus important que ce qu'ils ont entre les jambes», dit-elle.
Si vous ne voulez pas payer davantage, on annonce déjà que la série sera diffusée ultérieurement sur ICI Radio-Canada Télé. La première saison se termine avec un gros punch, qui laisse certainement place à une suite. Là-dessus, je m'arrête pour les vacances, en vous souhaitant un été des plus ensoleillés.