Le documentaire «La bombe» nous invite à plus de vigilance, à mieux interpréter ces messages racistes qui se déguisent en discours nationaliste et qui fonctionnent par la peur.

Ce racisme bien enrobé

CHRONIQUE / Certains groupes identitaires enrobent si bien leur discours xénophobe qu’ils parviennent à convaincre même les plus modérés. Si on attendait que les racistes se proclament comme tels, on pourrait croire qu’ils font partie de la légende. «Les chiens qui jappent mordent pas, c’est les chiens qui jappent pas qui m’inquiètent», image Maxime Fiset.

Cet ancien skinhead néonazi de Limoilou, maintenant repenti, œuvre désormais au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. Il combat ce qu’il prônait jadis. Vous l’avez déjà vu dans nos pages et chez les autres médias, une première fois en 2008 lors de son arrestation par l’escouade de lutte contre le terrorisme de la Sûreté du Québec, pour propagande haineuse. Sa mère relate l’événement, dévastée. Fiset est sorti encore plus «crinqué» de son procès, avec le fantasme de déclencher une guerre civile. Et l’idée de faire sauter une bombe en pleine fête du Canada.

Aujourd’hui, celui qui a connu le monstre de l’intérieur s’inquiète de la radicalisation ambiante, de ces extrémistes décomplexés. Selon Maxime Fiset, nous sommes assis sur une bombe à retardement, une réalité qu’il tente d’établir dans La bombe, un documentaire de Gabriel Allard-Gagnon (T’es où, Youssef?) que présente Télé-Québec mercredi à 20h.

L’idée n’est pas de savoir si on est plus ou moins racistes que les Américains, que les Français, que tout autre peuple dans le monde. Ça n’a ici aucune importance. L’idée est de savoir s’il existe un réel progrès de la radicalisation au Québec. Le documentaire nous invite à plus de vigilance, à mieux interpréter ces messages racistes qui se déguisent en discours nationaliste et qui fonctionnent par la peur. En cela, l’œuvre y parvient assez bien.

Dans La bombe, dont Maxime Fiset assure la narration, on fait d’abord le rapprochement entre nationalisme et racisme, puis entre l’intimidation dont Fiset a été victime à l’école et sa décision de devenir leader d’un mouvement radical d’extrême droite. Enfin, il explore le passage de la meute au statut de loup solitaire. Un segment où vous verrez des extraits d’un interrogatoire d’Alexandre Bissonnette, où l’auteur de la tuerie de la Mosquée de Québec explique ses motivations et conclut par un: «C’est pas mal, ce que j’ai fait.»

Il s’en est fallu de peu pour que Fiset passe à l’action lui aussi. Il se reconnaît beaucoup dans le discours d’Alexandre Bissonnette, qui avait une urgence d’agir. «Fallait que je fasse quelque chose», répète Bissonnette dans son interrogatoire. Heureusement, Fiset a trouvé un job dans une épicerie et rencontré sa blonde, Marie, avec qui il aura une fille. Ça lui aura ouvert les yeux et fait prendre conscience de la gravité de ses gestes. 

Selon l’ex-skinhead néonazi Maxime Fiset, nous sommes assis sur une bombe à retardement.

Ce qui ressort beaucoup du documentaire, c’est qu’on enrobe bien les discours racistes pour qu’ils touchent le plus large public possible. Maxime Fiset connaît le procédé, il en a lui-même abusé en effaçant les commentaires les plus radicaux du site Internet de la FQS, la Fédération des Québécois de souche, qu’il a créée. Prenez Dave Treg, l’ancien leader du groupe identitaire Storm Alliance. En entrevue devant une bière avec Maxime Fiset, il est calme, «parlable», presque conciliant. Mais pendant la dernière campagne électorale provinciale, il se filme devant une pancarte de Québec solidaire, pointant le dessin d’une personne noire. «Une assurance dentaire pour tout le monde. C’est tout le monde ça? C’est tout le monde ça? Ça, c’est une minorité. C’est ça, tout le monde [en se montrant du doigt]. Ça, c’est une minorité, calvaire. Ostie de Québec solidaire à marde [en faisant un doigt d’honneur]», dit-il, tout souriant. Chassez le naturel...

La fin du documentaire ne plaira pas à tout le monde. Fiset y fait un lien entre la montée de la radicalisation et l’élection de la CAQ, la droite identitaire ayant réussi à faire mettre à l’agenda les sujets qui l’enflamment. «Les loups ont hurlé à la victoire: 40000 membres, 40000 votes», cite-t-il, en parlant de la page Facebook de La Meute. Un point de vue controversé, certes, mais qui mérite d’être entendu. L’émission Les francs-tireurs, qui suit à 21h, traitera bien sûr de ce sujet bouillant avec trois experts.