On a mis beaucoup de moyens dans Le monde merveilleux de Justin Poppins, parodiant un premier ministre qui dépense sans compter.

Bye Bye 2016: du bon et du moins bon

CHRONIQUE / Traitez-moi de grincheux du Nouvel An, j'ai été un peu déçu par le Bye Bye 2016. Marquant un changement de garde tout à fait bienvenu, Simon-Olivier Fecteau et Guillaume Lespérance avaient promis une revue humoristique différente et ils n'ont pas menti. Cette édition 2016 était en effet plus dépouillée, mais hélas pas aussi efficace que celles des dernières années.
On ne pourra pas accuser l'équipe d'avoir été complaisante; on a tiré dans toutes les directions. Tous les acteurs engagés ont été mis à profit, les «recrues» Anne Dorval et Marc Labrèche ont été excellentes, comme leurs collègues habitués à la formule. Dans sa forme visuelle, même sans artifices, le Bye Bye 2016 a livré la marchandise. Sur le fond, c'est autre chose.
La soirée a plutôt bien commencé avec la parodie de Donald Trump, joué avec sobriété par Marc Labrèche. Mais c'est surtout Anne Dorval qui a volé la vedette en Melania, pressée de se faire «grabber le pussy». On attendait bien sûr de voir comment PKP et Julie allaient y passer. Même si je ne suis pas convaincu que tant de monde connaît Le trône de fer, s'inspirer de la série américaine pour illustrer la guerre entre Pierre Karl Péladeau et Julie Snyder était ingénieux. Dans Trône du PQ, on utilise le mariage comme «meilleure idée pour gagner l'amour du peuple». «J'ai enfin marié le banquier», jubile la démone de Télé-Métropolis, Julie Snyderion - excellente Véronique Claveau -, avant de se faire montrer la porte par son nouvel époux. Un passage à Tout le royaume en parle suffit à mettre le bon peuple de son côté. Le sketch s'est conclu aussi violemment que la série, par une bataille sanglante entre Lisée et Cloutier, et la tête du perdant qui roule.
Anne Dorval a volé la vedette en Melania Trump, pressée de se faire «grabber le <i>pussy</i>».
On y est allé fort avec la mort d'Éric Salvail (joué par Labrèche), dont le corps disséqué ne contenait absolument rien. «Éric Salvail est vide, il a aucun contenu; il est vide, vide, vide», disait le personnel médical. Mais encore? Quand un gag a besoin d'être expliqué. La parodie des Recettes pompettes qui le précédait, Les recettes garlo, avec Patrice L'Écuyer en Gaétan Barrette, n'était pas drôle non plus.
Bons flashs de voir un Centre «Vidéautron» vide, vide, vide, avec une affiche «Prochain spectacle: Scorpions mai 2018» devant l'amphithéâtre. L'idée de transformer Le vagabond en Vagabull a trouvé écho chez le fan de la série des années 80. Mais le sketch qui suivait avec des villageois enragés tombait à plat. On a mis beaucoup de temps sur Les Dragons, qui refusent de financer les fleurons québécois «Saint-Tubert» et «Rogna». Étiré, un bon gag finit par tomber sur le coeur. Mention spéciale à Anne Dorval, parfaite en Danièle Henkel.
Dans la colonne des bons sketchs, En direct de Céline apparaît tout en haut. Véronique Claveau joue une Céline beaucoup trop enthousiaste, qui s'extasie devant une chaise et qui n'en revient pas qu'on ait «réussi» à engager sa choriste pour l'émission. Bien envoyé, le sketch Les Vieux prennent la parole m'a fait beaucoup rire, avec Lise Payette, Janette Bertrand et Guy Fournier qui radotent sans s'écouter parler. «Vous rendez-vous compte du dommage que ça peut faire un turban dans un filtreur? Vous, trouvez-vous pas ça désagréable de l'eau de piscine qui sent le falafel?» demandait Janette, incarnée brillamment par Labrèche.
Véronique Claveau joue une Céline beaucoup trop enthousiaste, qui s'extasie devant une chaise et qui n'en revient pas qu'on ait «réussi» à engager sa choriste pour l'émission.
Après s'être moqué des aînés, on a tourné en dérision la génération Y, «qui connaît toute», mais avec moins de succès. Certains sketchs étaient tout simplement ratés. Comme celui de l'école de chant Sophie Grégoire, qui revenait aussi trop souvent. On a un peu gaspillé le filon de Célibataires et nus avec Féministes et nus et ses gags quelconques, mais une Véronique Claveau excellente en Safia Nolin.
La prothèse de Philippe Couillard a beaucoup servi à Patrice L'Écuyer, assez fidèle au vrai premier ministre. Son imitation de Mike Ward était moins convaincante. On a mis beaucoup de moyens dans Le monde merveilleux de Justin Poppins, parodiant un premier ministre qui dépense sans compter. Hélas, encore là, le facteur wow est suivi de l'effet déception. Pas de blackface pour incarner Obama, il n'y a pas de chance à prendre. Pas plus que pour P.K. Subban, joué par Frédéric Pierre.
La prothèse de Philippe Couillard a beaucoup servi à Patrice L'Écuyer, assez fidèle au vrai premier ministre.
Bonne idée de confier Hillary Clinton à Véronique Claveau, chantant : «Moi si j'étais un homme, je serais présidente. [...] Je ne comprends pas les électeurs, qui ont préféré un agresseur.» La parodie de La voix junior était sans pitié; on entendait les coachs penser, et surtout souffrir en écoutant un enfant, incapable de le dire pour ne pas lui faire de peine. Avouez qu'on y a tous pensé pendant la vraie émission.
On mesure souvent la qualité d'un Bye Bye aux sketchs qui resteront dans les mémoires. Outre Trône du PQ, qui marquera peut-être les esprits, je doute qu'il y en ait beaucoup d'autres. Malheureusement.