La nouvelle série «Une autre histoire» nous rappelle à quel point Marina Orsini est une actrice formidable, à laquelle on s’attache dès les premières minutes.

Autre histoire, même Marina

CHRONIQUE / En faisant la connaissance d’Anémone Leduc, l’héroïne d’«Une autre histoire», vous aurez l’impression de rencontrer Marina Orsini. La même humanité, cette même grandeur d’âme, ce sourire naturel, un cœur en or. Bon, Anémone est certainement moins joyeuse et joviale. Mais sur le fond, du moins à travers l’image publique, Anémone, c’est pas mal Marina.

La nouvelle série de Chantal Cadieux, diffusée à partir du lundi 7 janvier à 20h sur ICI Radio-Canada Télé, commence en plein drame, alors qu’Anémone Leduc, une thanatopractrice de 53 ans, apprend qu’elle est atteinte d’Alzheimer précoce. Voilà qui explique ses égarements des derniers mois, sa difficulté à retenir les noms, les rendez-vous et son désordre inhabituel. Le diagnostic coïncide avec l’arrivée d’un nouveau directeur au salon funéraire où elle travaille. Vincent Gagnon (Sébastien Ricard) est aussi charmant que mystérieux, jusqu’à ce qu’un étrange cahier vous le fasse craindre.

La maladie force Anémone à considérer l’idée de renouer avec son ancienne famille, ses trois enfants d’une précédente union, qu’elle a abandonnés jadis pour fuir un climat violent, «l’autre histoire» du titre. Nous suivrons en parallèle les vies passées et actuelles d’Anémone: sa première famille à Laval, en banlieue nord de Montréal; et son actuelle à Belleville, qu’on imagine à moins d’une heure de Québec.

Anémone n’est pas la seule à penser à ses premiers enfants qui la croient morte; sa fille Caroline (Debbie Lynch-White) traîne encore une photo de famille, sur laquelle le visage de sa vraie mère est transpercé. Cette camionneuse insatisfaite de sa vie rangée avec mari et enfants a décidé de retourner aux sources. Ses frères Sébastien (Benoit McGinnis), un dentiste dragueur, et Jean-Olivier (Adam Kosh), en cure de désintoxication, sont aux antipodes. Parler du passé consiste pour eux à ressasser de pénibles souvenirs, notamment à cause de leur père Ron (Vincent Graton). Encore en deuil de son deuxième mari, Anémone a eu trois enfants avec lui: Karla (Marilou Morin), son aînée, barmaid qui ne l’a pas eu facile, Simon (Mikhaïl Ahooja), jeune papa, et Olivia (Laurence Barrette), une enfant adoptée qui aspire à faire le métier de sa mère.

Anémone est dans la vie comme avec les morts qu’elle embaume, humaine et délicate. Il lui arrive même de leur parler en leur chuchotant des mots à l’oreille. Si la chose vous répugne, vous baisserez peut-être les yeux en voyant ces scènes de cadavres prêts à être vidés de leur sang, car il y en aura, sans en abuser. Anecdote: ce sont de vraies personnes qui incarnent les morts, de la table de travail d’Anémone jusqu’au cercueil. En passant, il n’y a pas de lien à faire entre Une autre histoire et Six pieds sous terre, la série mythique américaine; on est ailleurs.

Comme elle en avait l’habitude dans Mémoires vives, l’auteure effectue constamment des sauts dans le temps. Laurence Latreille, qui jouait Ariane dans Fugueuse, incarne Anémone jeune. Vous verrez pourquoi elle a été forcée de se réfugier chez Lise, qui deviendra sa meilleure amie, toujours présente auprès d’elle aujourd’hui. Danielle Proulx joue ce rôle de bonne fée.

Une série annuelle puise toujours dans une vaste galerie de personnages. L’auteure — qui préfère qu’on dise «autrice» — a pensé créer un personnage de transgenre, Suzon, joué par Stéphane Jacques, l’infâme Franck Manseau de Mémoires vives. Suzon a connu l’ex d’Anémone et père de ses enfants, et se montre encore fort maternelle avec Caroline et Jean-Olivier. Après Mirador, Nathalie Coupal hérite encore d’un rôle de garce, celui d’une femme qui fait chanter les hommes qu’elle capture dans sa toile.

Si vous étiez fidèle à Mémoires vives, vous serez en terrain connu avec des histoires de famille complexes, des secrets, des non-dits. Vu son sujet, Une autre histoire aurait pu être pénible, mais elle est plutôt apaisante, grâce entre autres à la réalisation sensible et soignée de Brigitte Couture. On le savait, mais la série nous rappelle à quel point Marina Orsini est une actrice formidable, à laquelle on s’attache dès les premières minutes. Une autre histoire affrontera L’Échappée, un gros mandat puisque la série de TVA dépasse le million de fidèles chaque lundi à 20h.