Richard Therrien

SLAV : après les cris, le dialogue

Jusqu’ici, la controverse entourant la tenue et l’annulation du spectacle SLAV n’avait pas créé grand dialogue. C’est vrai, les deux parties restent campées dans leur position sans véritablement débattre de la question. En est ressortie la sensation qu’«on ne peut plus rien dire ou faire au Québec», sans qu’on pousse plus loin la réflexion. C’est donc à point nommé qu’intervient Entends ma voix, un documentaire encore tout chaud, que diffuse ICI ARTV lundi à 20h30. Pour ne pas que ce sujet litigieux tombe dans le vide et pour qu’il puisse susciter un réel débat.

Avant toute chose, je précise que la journaliste Véronique Lauzon, qui est derrière ce documentaire avec les réalisateurs Maryse Legagneur et Arnaud Bouquet, est une amie. Mais le sujet est trop important pour que je ne puisse y accorder l’attention qu’il mérite. C’est dit.

Rappelons les faits. Incursion dans l’univers des chants d’esclaves afro-américains, le spectacle SLAV, de Betty Bonifassi, Robert Lepage et Ex Machina, a suscité la controverse avant même le début de ses représentations, l’été dernier, en raison de la quasi-absence d’artistes noirs sur scène comme derrière. À l’extérieur du Théâtre du Nouveau Monde à Montréal, le soir de la première, des manifestants insultent les spectateurs, crient au racisme et à l’appropriation culturelle. Une semaine plus tard, après le boycottage du chanteur américain Moses Sumney, et voyant que la grogne ne s’estompe pas, le Festival international de jazz de Montréal annule le spectacle.

Quelques mois plus tard, la poussière est retombée, mais les plaies sont encore vives quand l’équipe d’Entends ma voix a invité des personnes des deux camps à se rencontrer, toujours en duo. Des tête-à-tête improbables, souvent corsés, mais nécessaires. En filigrane, on accompagne Betty Bonifassi, notamment en pleine répétition pour la reprise du spectacle. Celle-ci reconnaît qu’il y a eu des erreurs, notamment dans le numéro des femmes esclaves dans les champs de coton, personnifiées presque en totalité par des Blanches.

Mais sa version de l’annulation du spectacle diffère de celle du Festival de jazz, à qui elle affirme n’avoir jamais donné son accord. Les rencontres sont franches et honnêtes, au risque de faire mal parfois. Notamment quand le rappeur Webster avoue en tout respect à Betty Bonifassi avoir été content d’apprendre que le spectacle était annulé.

La rencontre la plus tendue survient toutefois entre la directrice artistique et générale du TNM, Lorraine Pintal, et l’auteur-compositeur-interprète Emrical, activiste de premier plan lors des manifs. Pour la première, qui dénonce les moyens «aussi radicaux que violents» employés par les manifestants, personne ne méritait de se faire traiter de raciste. Elle considère toujours cette annulation comme un geste de censure. À l’opposé, Emrical fait remarquer que la totalité des metteurs en scène de la prochaine saison du TNM est composée de Blancs.

La rencontre entre Betty Bonifassi et l’artiste hip-hop et activiste Lucas Charlie Rose est sans doute la plus touchante, cordiale au début, mais beaucoup moins vers la fin. C’est par la musique qu’ils s’entendront le mieux. «Vous nous avez toutes brûlées comme des sorcières sur la place publique», accusera-t-elle ensuite, réplique que l’activiste prendra comme une insulte.

Robert Lepage, qui a admis ses torts dans une lettre ouverte en plein temps des Fêtes, ne s’érige pas en victime, bien au contraire. Dans une entrevue réalisée il y a à peine une semaine, il fait d’ailleurs un aveu un peu troublant : «je ne connais plus le Québec», dit-il, inconscient jusqu’ici du malaise identitaire qui pouvait exister chez nous, depuis qu’il passe la majorité de son temps à l’étranger. Lepage prend acte et agit. Il s’assurera entre autres d’une meilleure représentation de la communauté afrodescendante de Québec au sein de la programmation du futur Diamant.

Sans mauvais jeu de mots, tout n’est pas tout noir ou tout blanc. L’acteur et ancien ministre Maka Kotto tient des propos qui détonnent, qualifiant plutôt d’«appréciation culturelle» le fait d’attribuer le rôle d’une esclave noire à une Blanche. Le documentaire ne prend parti ni pour l’un ni pour l’autre, mais laisse les protagonistes réfléchir à voix haute. Au final, on sent tout de même plus d’ouverture du camp SLAV que de ses détracteurs, toujours à vif. On laisse d’ailleurs le mot de la fin à une des deux artistes noires du spectacle, Sharon James, accusée par les manifestants d’être «vendue», et qui a une tout autre interprétation de la chose.

Entends ma voix ne règle pas la question, mais force le dialogue, et c’est déjà un pas dans la bonne direction. La diffusion du documentaire, produit chez Pamplemousse Média, arrive alors que de nouvelles représentations de SLAV tiendront l’affiche dans quelques villes québécoises, à commencer par Sherbrooke, le 16 janvier à la Salle Maurice-O’Bready. Même remaniée, cette version satisfera-t-elle les détracteurs?

Richard Therrien

Deux hommes en congé, la messe à l’automne

CHRONIQUE / Y’a du monde à messe, diffusée les vendredis soir d’été à Télé-Québec, se poursuivra tout l’automne jusqu’au 6 décembre, ai-je appris. En septembre, l’émission de Christian Bégin prendra effectivement la case de Deux hommes en or, qui ne sera de retour qu’à l’hiver.

On sait que Patrick Lagacé, qui coanime Deux hommes en or avec Pierre-Yves Lord, sera très occupé cet automne puisqu’il pilotera le retour à la maison au 98,5 à Montréal, occupé actuellement par Paul Houde. Ce congé de Deux hommes lui laissera le temps d’installer son émission de radio. Quant à Deuxième chance, que Patrick Lagacé coanime avec Marina Orsini sur ICI Radio-Canada Télé, elle n’a pas été renouvelée pour la saison prochaine.

Y’a du monde à messe, qui a connu un beau succès lors des deux derniers étés, en sera à sa troisième saison et s’allongera donc à 27 émissions cette année. L’émission reviendra le vendredi 7 juin à 21h.

Oui à Faits divers, Non à Demain des hommes

L’excellente série Faits divers aura une troisième saison. Seule déception: nous n’aurons droit cette fois qu’à six épisodes, plutôt que les 10 habituels. De plus, sachez que cette nouvelle saison sera d’abord disponible sur l’Extra d’ICI Tou.tv, alors qu’elle était plutôt diffusée en primeur sur ICI Radio-Canada Télé pour ses deux premières saisons. La série de Joanne Arseneau sera une nouvelle fois réalisée par Stéphane Lapointe. Il faut croire que le diffuseur aimait la série autant que nous, puisqu’elle ne cassait rien dans les sondages malgré toutes ses grandes qualités; la première saison avait rallié 658 000 fidèles, et la deuxième, 635 000. La troisième devrait donc repartir une toute nouvelle enquête pour la chef enquêtrice du bureau régional de Mascouche, Constance Forest (Isabelle Blais). Déception par contre pour Demain des hommes, qui n’aura pas droit à une deuxième saison. L’auteur Guillaume Vigneault a fait part de sa déception sur sa page Facebook hier. CBC a toutefois commandé une version anglophone de la série sur le monde du hockey junior.

Télé et radio

Sondages d’automne: Savard chauffe Jobin

CHRONIQUE / Au printemps 2017, on aurait pu parler d’accident de parcours ou de circonstances particulières pour expliquer la forte baisse du «TVA 18h» de Pierre Jobin au profit du «Téléjournal Québec» de Bruno Savard. Après un léger regain de vie lors des sondages suivants, la tendance se maintient auprès de l’auditoire de Québec, qui déserte peu à peu le bulletin de «TVA Québec» pour adopter celui d’ICI Québec.

Ainsi, de 126 000 qu’ils étaient l’an dernier, les fidèles de Jobin ne sont plus que 115 000 cette année, alors que ceux de Savard passent de 65 000 à 81 000, ce qui permet au Téléjournal Québec d’accéder au palmarès des 30 émissions les plus regardées à l’automne 2018, selon la firme Numeris. Plus que 34 000 séparent désormais le nombre de téléspectateurs des deux stations à 18h. Pour sa seconde demi-heure, Le téléjournal Québec connaît aussi un bel essor, passant de 44 000 à 65 000, contre Le tricheur de Guy Jodoin, qui passe de 102 000 à 87 000 à TVA. Le week-end, Le téléjournal Québec de Pascale Lacombe voit son nombre de fidèles augmenter, passant de 47 000 à 64 000.

C’est un très bel automne pour ICI Québec, qui domine en heures de grande écoute et occupe sept positions du top 10 des émissions les plus regardées, dont les trois premières avec Unité 9 (214 000), District 31 (214 000) et le Gala de l’ADISQ (190 000). Alors que La voix junior se hissait en tête de ce même palmarès l’an dernier, TVA n’arrive qu’à la quatrième position avec Révolution (180 000), suivie de deux autres titres d’ICI Télé, Tout le monde en parle (169 000) et En direct de l’univers (166 000). L’Échappée (159 000), L’heure bleue (148 000), Ruptures (130 000) et Discussions avec mes parents (127 000) complètent ce palmarès. Notez que V se glisse parmi le top 30 avec l’édition du dimanche d’Occupation double Grèce, à la 19e position (108 000), et la quotidienne à la 24e (91 000). XOXO est exclue du palmarès.

Cette popularité de la grille d’automne d’ICI Radio-Canada Télé se traduit aussi dans les parts de marché globales, qui gagnent deux points (22,3 %), alors que celles de TVA en perdent pratiquement quatre (28,6 %). Jamais ne voit-on si peu d’écart entre les deux stations locales. V (5,3 %) et Télé-Québec (2,4 %) perdent à peine un dixième de point chacune. En soirée, l’augmentation d’ICI Québec est encore plus marquée avec quatre points de plus (32,5 %), alors que TVA dégringole de cinq points (22,5 %), 10 points derrière le diffuseur public.

GROS LUNDI SOIR

Le public de District 31 s’ennuyait de ses enquêteurs préférés puisque 1462 000 fidèles étaient au rendez-vous lundi dernier à 19h, ce qui place la quotidienne de Luc Dionne en tête du palmarès provincial, et de loin. Au deuxième rang, la nouveauté Un zoo pas comme les autres, a attiré 965 000 curieux à TVA, pourtant à la même heure. C’était toute une soirée de télé lundi, avec sept fictions, dont deux nouveautés très attendues. À 19h30, En tout cas (825 000) à TVA devance Lâcher prise (792 000) d’ICI Radio-Canada Télé. À 20h, la nouvelle série avec Marina Orsini, Une autre histoire, a fait peu de vagues avec ses 596 000 téléspectateurs sur ICI Télé, contre 958 000 pour L’Échappée à TVA. À 21h, c’est presque nul entre Les pays d’en haut (697 000) à ICI Télé et Les invisibles (636 000) à TVA.

Télé et radio

«Unité 9»: peut-on tout pardonner?

CHRONIQUE / Plus que 12 épisodes avant que Lietteville nous ferme ses portes. D’ici là, l’auteure Danielle Trottier compte régler plusieurs dossiers, mais pas à la sauvette. Les trois premiers épisodes d’«Unité 9», montrés aux journalistes, annoncent une quête vers la paix pour plusieurs personnages. Et pour y parvenir, ils devront chercher dans des zones grises et ô combien délicates.

Jeanne, qui nous a révélé Ève Landry au tout début de la série, sera certainement au centre de l’histoire pour ce dernier bloc d’épisodes. La belle amitié qu’elle entretient avec Eyota (Natasha Kanapé Fontaine), née au maximum, se poursuivra cet hiver. Par contre, ce lien qu’elle entretient depuis toujours avec Marie (Guylaine Tremblay) sera mis à rude épreuve. Jusqu’ici, personne d’entre nous n’aurait compris que Jeanne accepte d’adresser la parole à son agresseur, qui souhaite aujourd’hui obtenir la garde de la petite Victoire, née d’un viol. Vous verrez dès l’épisode de mardi que la réalité est plus complexe; de nouveaux éléments risquent de changer (un peu) votre opinion sur le violeur, Patrick Sirois (Maxime Dumontier).

Cette ambiguïté, qui a souvent suscité chez nous une empathie qu’on croyait improbable, a été l’une des grandes forces d’Unité 9 à travers les années : qu’on pousse le public à n’accorder ne serait-ce qu’une minute d’attention à des femmes qui ont commis des actes aussi horribles relevait du défi. C’est toute la profondeur et la subtilité de l’écriture de Danielle Trottier, qui nous ont gardés aussi longtemps devant notre écran le mardi à 20h. Pour l’auteure, c’est mission accomplie.

Prenez le personnage de Macha Vallières (Hélène Florent), qui a abusé d’enfants. L’image de son père, qu’elle a toujours idéalisée, en prendra un coup. Là aussi, sans jamais excuser l’acte, certains éléments expliqueront en partie le comportement de la détenue, encore appuyée par son ex-mari (Gabriel Sabourin), ce qui n’est pas banal. Mais qu’arrivera-t-il de notre Marie adorée? On peut supposer qu’elle fera enfin d’ici la fin de la saison son fameux aveu à Lucie, réclamé par le public, mais dans les faits, beaucoup plus ardu qu’une simple révélation.

J’adore Kathleen Fortin, qui apporte tout un relief au personnage de Manon «Boule de quille» Granger, que vous verrez beaucoup dans les prochains épisodes. Une stupéfiante transformation pour cette actrice, qui nous a éblouis en chanson à En direct de l’univers — Spéciale du jour de l’An. Il se crée entre Manon et le nouvel aumônier (René Richard Cyr) une relation des plus étranges; elle lui confie tout dans les moindres détails, y compris les abus sexuels dont elle a été victime. Ronald semble presque y prendre plaisir, ce qui ajoute à toute l’étrangeté du personnage. «Dans le fond, Ronald, c’est comme une femme de ménage; il veut juste nous aider à nous laver l’intérieur», dira Manon, dont on verra le frère dans des circonstances particulières.

Vous assisterez à plusieurs moments très émouvants dans les épisodes à venir. Dont une rencontre impliquant Manon, qui pourrait lui ouvrir de nouveaux horizons, et une scène où Jeanne fera la paix avec un des épisodes les plus durs de son passé. On a beaucoup pleuré sur le plateau en tournant les dernières scènes; nous verserons sans doute quelques larmes quand nous les verrons au printemps.

«Ça va faire peur au monde.» C’est une phrase qu’entendait le directeur des dramatiques André Béraud, quand il a donné le feu vert au projet d’Unité 9, d’abord refusé par TVA. L’univers d’une prison pour femmes faisait craindre une série glauque, trop sombre pour plaire au public. Le diffuseur a tenu son bout et le public s’est aussitôt pris d’affection pour ces criminelles. Le réalisateur Jean-Philippe Duval, qui venait du cinéma, aura tenu les sept saisons de la série, appuyé à quelques reprises par d’autres réalisateurs.

Déjà, la direction d’ICI Radio-Canada Télé sait ce qui devrait occuper la case du mardi à 20h cet automne. Le diffuseur développe un nouveau projet avec l’auteure Danielle Trottier et les producteurs Fabienne Larouche et Michel Trudeau, dont ils taisent pour l’instant la nature.

Près de 1,5 million pour «La fureur»

Jamais une émission ne dépasse le million le samedi soir à la télé généraliste. Mais c’était spécial cette semaine, alors qu’ICI Radio-Canada Télé ramenait La fureur pour un soir seulement. L’opération a été un succès, ralliant 1486 000 téléspectateurs, en direct devant leur écran, pour une part de marché de 46 %. Voilà qui donnera de l’espoir aux fans qui souhaitent le retour de l’émission. Pour ma part, je pense qu’un retour annuel serait le meilleur choix. Chaque semaine, ce serait peut-être un peu ambitieux. Le diffuseur n’a pas ailleurs pris aucune décision à ce sujet. À TVA Sports, le match opposant le Canadien aux Predators a été vu par 460 000 amateurs.

RICHARD THERRIEN

On veut encore «La fureur»

BLOGUE / C'est à se demander pourquoi personne n'y avait pensé avant. L'engouement pour «La fureur», qu'on a fait revivre le temps d'un soir samedi sur ICI Radio-Canada Télé, n'a rien perdu de sa vigueur, bien au contraire. Additionné du facteur nostalgie, l'effet «Fureur» avait même quelque chose de délirant, 20 ans après sa naissance dans le même studio 42. De la pure folie.

Déjà, après quelques minutes, on savait que ce retour pour un soir de La fureur serait un succès. Et que sans aucun doute, les fans n'attendront pas un autre 10 ans pour renouer avec le jeu mythique. C'est en pleine euphorie qu'est entrée Véro pour sa fameuse danse en ouverture. Comme dans le bon vieux temps, à part le décor, rien n'avait vraiment changé.

Joueurs vétérans – Élyse Marquis et Sébastien Benoit toujours aussi compétitifs – et ceux de la nouvelle génération – Mariana Mazza et Katherine Levac particulièrement euphoriques – se sont succédés au jeu, gars contre filles, avec la même furieuse rivalité. Une fois la chanson de ralliement passée, le jeu de «la chanson arrêtée» a donné le ton. D'un côté comme de l'autre, les candidats passeront leur temps à contester le pointage, comme dans le temps. La rivalité s'est même transportée dans le ménage Cloutier-Morissette : «J't'ai rencontrée icitte, j'peux te laisser icitte!» a lancé Louis à son épouse, lui remettant son jonc de mariage, que Phil Roy s'est empressé d'aller récupérer. Le duo se «réconciliera» plus tard, le temps d'une version modifiée du Feu sauvage de l'amour.

Le jeu a permis de revoir Linda Malo et Isabelle Brossard, qu'on n'avait pas vues depuis belle lurette. Un numéro réunissant les chanteurs des groupes Yelo Molo, Okoumé, Kaïn, La Chicane et Noir Silence a créé un moment magique en studio, le public reprenant en choeur leurs succès, de Juste pour voir le monde à Embarque ma belle. Dans un medley endiablé, Gabrielle Destroismaisons est venue faire un (trop court) bout de Et cetera.

Du côté des bémols, on aurait aimé voir les paroles arriver un peu plus vite à l'écran. Ça aurait entre autres évité un imbroglio impliquant Jay Du Temple, dans le jeu de la caméra musicale. La reprise d'un succès de Britney Spears par Charlotte Cardin était sympathique, mais on aurait souhaité plus d'invités spéciaux. Pour la fin, surprenante comme on les aime avec une victoire des filles 18 à 15, on aurait dû nous laisser la musique-thème au lieu de couper aussi sèchement; Le téléjournal aurait bien pu attendre, c'est pas tous les samedis soir qu'on peut renouer avec La fureur. Souhaitons que le diffuseur renouvelle l'expérience plus tôt que tard.

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Richard Therrien

Le pire de la télé en 2018

C’est devenu un rendez-vous annuel: pour une huitième année, je décerne mes prix Roger – en l’honneur de Roger Giguère des Tannants – à ce qui s’est fait de pire à la télévision en 2018. Une liste un brin méchante, mais livrée sur le ton de l’humour, et inspirée des Gérard de la télévision sur Paris Première en France. Et les Roger sont décernés à…
  • L’émission de 2018 dont on souhaite le moins le retour

XOXO. La nouvelle ère de la téléréalité est déjà passée date. Et ne me demandez pas qui a gagné.

  • Le prix «C’est l’invité qui mène l’entrevue»

Le show de Rousseau. Stéphane s’ouvre bientôt une école d’animateurs de talk-shows. (C’est de l’ironie.)

  • Le prix Stiletto des jeux vidéo les moins crédibles en 2018 

La série Le jeu. Il restait un vieux Commodore 64 dans le sous-sol de Télé-Métropole.

  • Le prix bébé gâté «Pleurs dans la pluie»

Mario Pelchat, qui chiale parce que Guylaine Tanguay n’a pas eu de Félix à l’ADISQ. Tu diras trois chapelets l’année prochaine.

  • Le prix «Ouin, ben va falloir faire quelques ajustements»

La transformation de V. Pour le diffuseur «vendeur de rêves», ce ne fut pas un «moment décisif». Ne jamais faire ni à la maison ni à la télé…

  • L’intrigue la plus invraisemblable/ridicule

La disparition de Charles dans O’. Sa mère l’a appris dans le journal du lendemain après tout le monde. Elle devait tenir son téléphone à l’envers…

  • Le prix de la fin la plus prévisible

Hubert et Fanny. Qui n’avait pas deviné qu’ils finiraient ensemble? «Oui, mais y’é tellement beau!»

  • Le prix du titre le moins bien choisi

Tout le monde aime. À TQS en 1987, on aurait compris. En direct de l’univers n’a pas besoin d’avoir peur.

  • Le prix «Je passe!» du dragon déchu

Martin-Luc Archambault. C’est pas beau bafouer la vie privée.

  • Le prix «Vache enragée»

Jean-François Lisée au Face-à-face de TVA. Y’a pas juste Manon qui était en «torieux», Pierre Bruneau aussi, c’est tout dire.

  • Le prix du nom qu’on n’est plus capable d’entendre dans notre série préférée

Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean, Léopold Jean… (dans District 31).

  • Le prix «On se calme le pompon»

Clément qui lance ses raviolis aux Chefs!. Vous disiez que Hakim avait un gros ego?

  • Le prix K.-O. des débats politiques

Mordus de politique à ICI RDI qui mord la poussière contre La joute à LCN, trois fois plus regardée. Quand même Sébastien Bovet ne fait pas le poids.

  • Le prix de l’arroseur arrosé

Face au mur, le jeu qui devait battre Véro dans les sondages. Le décor a beau être gros…

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Richard Therrien

3, 2, 1... bonne année!

CHRONIQUE / Voici un survol des spéciales des Fêtes au petit écran.

Bye Bye 2018

Lundi 31 décembre à 23h et mardi 1er janvier à 21h

«Je ne vois pas comment on aurait pu faire un 50e anniversaire sans avoir Dominique. C’est impensable», confie le producteur du Bye Bye 2018, Guillaume Lespérance, qui travaillait depuis février pour réunir Dominique Michel et d’anciennes vedettes de cette revue humoristique. Marc Labrèche, qui a choisi de ne pas faire partie de l’équipe de comédiens cette année, fera tout de même une apparition.

Mais comment intégrer autant de gros noms que Véronique Cloutier, Louis Morissette, Michel Côté, Marc Messier, Pauline Martin, Yves Jacques, René Simard et RBO à un Bye Bye d’une heure et quart? «On a juste écrit des sketchs et on s’est demandé qui seraient les meilleurs pour les jouer», répond le réalisateur-coordonnateur Simon Olivier Fecteau, toujours très discret sur le contenu du Bye Bye, qui a rassemblé pas moins de 3 millions de téléspectateurs l’année dernière.

Pour combler le vide laissé par Marc Labrèche, on est allé dans l’inattendu en demandant à Claude Legault de se joindre à l’équipe. L’acteur a souvent fait dans le comique, mais moins dans l’imitation. «Je pense à Anne Dorval, qui n’avait jamais vraiment fait d’imitations, mais c’est une comédienne extraordinaire. Claude est tout aussi talentueux, il a un vrai sens comique», explique Guillaume Lespérance. Nouveau aux côtés de Patrice L’Écuyer, Anne Dorval, Pierre Brassard, Véronique Claveau et Simon Olivier Fecteau, Claude Legault est entré tout naturellement dans l’aventure. «Il est complètement émerveillé par chacune des étapes.»

En visionnant plusieurs sketchs des précédents Bye Bye depuis 50 ans, Lespérance et Fecteau ont constaté que le rythme a beaucoup changé. Aujourd’hui, tout va plus vite. «Si tu remontes à 1982, au lieu d’être aux 20 secondes, il y a une blague aux trois minutes», remarque Simon Olivier, qui affirme néanmoins que tous ces vieux Bye Bye font partie de notre ADN. «Dans 50 ans, les gens vont peut-être regarder nos Bye Bye et dire : ‘‘Mon Dieu, c’était donc ben plate!’’»

En regard des controverses opposant différentes communautés, est-il encore possible de rire d’une tranche de la société sans provoquer une levée de boucliers? Simon Olivier Fecteau a choisi de lâcher prise et de répliquer par l’humour. «On a fini par accepter qu’il y ait des gens fâchés. L’an passé, avec le mouvement #moiaussi, il y avait des gens qui avaient fait des choses condamnables, dont c’était facile de rire. Cette année, c’était plutôt des sujets qui opposaient deux camps. Peu importe la blague qu’on fait, on va fâcher des gens des deux côtés. Allons-y pour ce qui est le plus drôle. À force de vouloir plaire à tout le monde, on va juste faire quelque chose de gris.»

Richard Therrien

Les choix télé de Richard Therrien

Vendredi Cinéma en fête: La grande séduction, Télé-Québec à 20h

Pour convaincre le Dr Lewis de pratiquer chez eux, les gens de Sainte-Marie-la-Mauderne sont prêts à tout.

Samedi 

Un jour, un destin - Michel Berger, messages personnels, TV5 à 21h30 UN JOUR, UN DESTIN 

Laurent Delahousse revient sur la vie de ce grand créateur de chansons.

Dimanche

Les jours de la semelle, un conte de Fred Pellerin, ICI Radio-Canada Télé à 20h

L’OSM et les Petits Chanteurs du Mont-Royal accompagnent en musique une nouvelle histoire du conteur.

Télé et radio

Autre histoire, même Marina

CHRONIQUE / En faisant la connaissance d’Anémone Leduc, l’héroïne d’«Une autre histoire», vous aurez l’impression de rencontrer Marina Orsini. La même humanité, cette même grandeur d’âme, ce sourire naturel, un cœur en or. Bon, Anémone est certainement moins joyeuse et joviale. Mais sur le fond, du moins à travers l’image publique, Anémone, c’est pas mal Marina.

La nouvelle série de Chantal Cadieux, diffusée à partir du lundi 7 janvier à 20h sur ICI Radio-Canada Télé, commence en plein drame, alors qu’Anémone Leduc, une thanatopractrice de 53 ans, apprend qu’elle est atteinte d’Alzheimer précoce. Voilà qui explique ses égarements des derniers mois, sa difficulté à retenir les noms, les rendez-vous et son désordre inhabituel. Le diagnostic coïncide avec l’arrivée d’un nouveau directeur au salon funéraire où elle travaille. Vincent Gagnon (Sébastien Ricard) est aussi charmant que mystérieux, jusqu’à ce qu’un étrange cahier vous le fasse craindre.

La maladie force Anémone à considérer l’idée de renouer avec son ancienne famille, ses trois enfants d’une précédente union, qu’elle a abandonnés jadis pour fuir un climat violent, «l’autre histoire» du titre. Nous suivrons en parallèle les vies passées et actuelles d’Anémone: sa première famille à Laval, en banlieue nord de Montréal; et son actuelle à Belleville, qu’on imagine à moins d’une heure de Québec.

Anémone n’est pas la seule à penser à ses premiers enfants qui la croient morte; sa fille Caroline (Debbie Lynch-White) traîne encore une photo de famille, sur laquelle le visage de sa vraie mère est transpercé. Cette camionneuse insatisfaite de sa vie rangée avec mari et enfants a décidé de retourner aux sources. Ses frères Sébastien (Benoit McGinnis), un dentiste dragueur, et Jean-Olivier (Adam Kosh), en cure de désintoxication, sont aux antipodes. Parler du passé consiste pour eux à ressasser de pénibles souvenirs, notamment à cause de leur père Ron (Vincent Graton). Encore en deuil de son deuxième mari, Anémone a eu trois enfants avec lui: Karla (Marilou Morin), son aînée, barmaid qui ne l’a pas eu facile, Simon (Mikhaïl Ahooja), jeune papa, et Olivia (Laurence Barrette), une enfant adoptée qui aspire à faire le métier de sa mère.

Anémone est dans la vie comme avec les morts qu’elle embaume, humaine et délicate. Il lui arrive même de leur parler en leur chuchotant des mots à l’oreille. Si la chose vous répugne, vous baisserez peut-être les yeux en voyant ces scènes de cadavres prêts à être vidés de leur sang, car il y en aura, sans en abuser. Anecdote: ce sont de vraies personnes qui incarnent les morts, de la table de travail d’Anémone jusqu’au cercueil. En passant, il n’y a pas de lien à faire entre Une autre histoire et Six pieds sous terre, la série mythique américaine; on est ailleurs.

Comme elle en avait l’habitude dans Mémoires vives, l’auteure effectue constamment des sauts dans le temps. Laurence Latreille, qui jouait Ariane dans Fugueuse, incarne Anémone jeune. Vous verrez pourquoi elle a été forcée de se réfugier chez Lise, qui deviendra sa meilleure amie, toujours présente auprès d’elle aujourd’hui. Danielle Proulx joue ce rôle de bonne fée.

Une série annuelle puise toujours dans une vaste galerie de personnages. L’auteure — qui préfère qu’on dise «autrice» — a pensé créer un personnage de transgenre, Suzon, joué par Stéphane Jacques, l’infâme Franck Manseau de Mémoires vives. Suzon a connu l’ex d’Anémone et père de ses enfants, et se montre encore fort maternelle avec Caroline et Jean-Olivier. Après Mirador, Nathalie Coupal hérite encore d’un rôle de garce, celui d’une femme qui fait chanter les hommes qu’elle capture dans sa toile.

Si vous étiez fidèle à Mémoires vives, vous serez en terrain connu avec des histoires de famille complexes, des secrets, des non-dits. Vu son sujet, Une autre histoire aurait pu être pénible, mais elle est plutôt apaisante, grâce entre autres à la réalisation sensible et soignée de Brigitte Couture. On le savait, mais la série nous rappelle à quel point Marina Orsini est une actrice formidable, à laquelle on s’attache dès les premières minutes. Une autre histoire affrontera L’Échappée, un gros mandat puisque la série de TVA dépasse le million de fidèles chaque lundi à 20h.

Télé et radio

«5e rang» vaut-il le détour?

CHRONIQUE / La vie de Marie-Luce Goulet bascule à la mort suspecte de son mari. Plusieurs individus du village de Valmont sont alors soupçonnés. Mais pourquoi Guy Bérubé a-t-il quitté la maison pour se retrouver en si mauvaise posture? Cette question occupe les premiers épisodes de «5e rang», à partir du mardi 8 janvier à 21h sur ICI Radio-Canada Télé, contre «L’heure bleue» de TVA. La télé sort de plus en plus des villes, et ça fait du bien.

Il en fallait pourtant beaucoup pour ébranler Marie-Luce (Maude Guérin), pilier des Goulet, qui a hérité de la ferme familiale. Évolue autour d’elle toute une galerie de personnages, dont ses filles Kim et Julie (Catherine Brunet et Marie-Ève Milot) et son neveu Simon (Simon Pigeon), qui l’aide beaucoup sur la ferme. Ce n’est qu’au deuxième épisode que vous rencontrerez les quatre sœurs de Marie-Luce, et comprendrez qu’entre Marie-Jeanne (Catherine Renaud) et elle, rien ne va plus depuis longtemps.

Pour être honnête, 5e rang m’a laissé un peu tiède. La première série annuelle mettant en vedette Maude Guérin est signée Sylvie Lussier et Pierre Poirier, qui sortent heureusement des intrigues gentilles et parfois même burlesques de L’auberge. L’œuvre ne déborde pas non plus d’audace et d’innovation. En même temps, elle ne se prend pas pour une série lourde au propos original et mordant; on a affaire à un téléroman à l’aspect résolument plus moderne.

Là où 5e rang risque de garder mon attention, c’est avec ses personnages singuliers. Comme celui de Réginald (Maxime de Cotret), ancien militaire qui vit presque en ermite, n’hésitant à tirer en l’air avec son fusil quand un innocent joggeur s’aventure dans les parages, et qui s’alimente de ragoût de castor, d’écureuil et de mouffette. L’être ténébreux possède un chien d’assistance depuis qu’on lui a diagnostiqué un syndrome de choc post-traumatique.

On sourit en voyant Luc Senay, tout habillé cette fois, enfourchant son quatre-roues comme dans Faits divers. Voilà un personnage, le garagiste Paul Langlois, bourré de préjugés, qu’on ne risque pas d’aimer d’emblée. Pour l’instant, le policier de Valmont, Frédéric Longpré (Maxim Gaudette), ne transpire pas l’efficacité et la bravoure. L’importance du drame qui affecte les Bérubé nécessite la venue d’agents de la SQ, dont les méthodes sont sûrement plus musclées. Le couple gai de commères du village, Sam et Joe (Roger La Rue et Michel Laperrière), frise la caricature. Souvent attablés au casse-croûte de la place, ceux-ci commentent un peu grossièrement les allées et venues de leurs concitoyens, quitte à sortir quelques détails sordides sur la mort de Guy.

Les premiers épisodes ont quelque chose de glauque, une histoire de corps démembré dans le purin. Certaines scènes pourraient provoquer le même haut-le-cœur chez le public que chez les personnages. Certaines décisions des personnages principaux font sourciller; on se demande quelle mouche les a piqués pour perdre ainsi tout jugement. En même temps, leur découverte est si affreuse qu’on peut deviner leur panique. Disons que, dans les circonstances, la visite à la ferme d’un réputé chef montréalais, propriétaire d’un prestigieux restaurant qui pourrait éventuellement s’approvisionner à la ferme de Marie-Luce, passe soudainement au deuxième rang.

Comme toujours, Maude Guérin est formidable dans le rôle principal. La scène où Marie-Luce apprend le terrible drame arrache les larmes tant l’actrice est crédible. Comme il le faisait souvent dans L’auberge, le duo d’auteurs fait un clin d’œil aux fans de la première heure de 4 et demi... en ramenant le personnage de Jean-René (Martin Héroux), l’animalier de la clinique Dufour, qui entrait à l’école vétérinaire à la fin du téléroman. Il a maintenant sa propre clinique à Valmont, où travaille Kim Bérubé (Catherine Brunet), une des filles de Marie-Luce.

En plus d’avoir le titre de producteur associé, Francis Leclerc réalise les trois premiers épisodes, même si on ne sent pas sa signature. Christian Laurence s’est chargé des neuf suivants, et Myriam Verreault, des épisodes 13 à 18. Pour l’instant, 12 sont prévus à l’hiver, et 11 à l’automne, mais les auteurs souhaitent s’engager pour plusieurs saisons.