Richard Therrien

Cheval-serpent : le soap se poursuit

CHRONIQUE / Je ne pense pas brûler un gros punch en vous disant que le Cheval-serpent rouvre ses portes dans la deuxième saison de la série de Danielle Trottier, en ligne sur ICI Tou.tv Extra depuis mercredi. Sans bar de danseurs nus, l’œuvre aurait perdu sa raison d’être. Fallait bien que les propriétaires, Dorice et David (Sophie Prégent et Guillaume Lemay-Thivierge) se relèvent les manches pour garder ses membres bien en vie.

La réputation de l’établissement en a quand même pris un coup, avec la descente du dernier épisode de la première saison. La clientèle est plus timide, clairsemée, dans un bar qui paraît vide. Quand les danseurs, les seuls qui restent, s’amènent sur scène, moins de cris, moins d’ambiance. Ça fait presque pitié.

Mais ce n’est pas le pire. La maladie de Dominique (Élise Guilbault) — la sclérose latérale amyotrophique — s’aggrave, au point qu’elle perd la maîtrise de ses mouvements. Dorice voudrait engager une infirmière, mais sa blonde ne se sent pas prête. Le Cheval-serpent arrive rapidement deuxième dans ses priorités. Ce n’est pas plus rose pour David, dont la mère suicidaire perd complètement la carte, additionne les crises de colère et se saoule jusqu’à en perdre conscience. Louise Portal est bouleversante dans le rôle d’Odile, une femme blessée qui ne se remet pas de la mort de son grand amour, l’ex-maire Saint-Pierre et père de David. Son fils illégitime devra prendre de grandes décisions.

L’absence de Dorice permet à Simone (Catherine Saint-Laurent) d’imposer sa vision sur ce que devrait être le Cheval-serpent, qui jure nettement avec celle de David. Elle engage un nouveau chorégraphe et de nouveaux garçons, qui sont davantage des danseurs de ballet que des danseurs nus. Pete (Francisco Randez) l’avait bien dit : engage pas des universitaires.

Le maire de Montréal, Laurent Saint-Pierre (Daniel Parent), récite sa liste d’épicerie directement au chef de police, qui exécute. Il a peut-être remporté le premier round en obtenant la fermeture temporaire du bar de son frère ennemi, il ne l’a pas encore mis K.O., quoi qu’en pense sa démoniaque mère (Marie Tifo), qui savoure les déboires du Cheval-serpent en soutenant des regards de bitch, et manipule son fils comme une marionnette. Elle se console en repensant à cette danse lascive que lui a offert Franck (Claude Bégin), sa taupe, qui a pris le large depuis. Laurent est plutôt hanté par cet oreiller qui lui a permis de tuer son père dans son lit de mort.

Quelques nouveaux personnages font leur apparition. Dont celui de l’avocate (Laila Thibeault-Louchem) qui défendra le Cheval-serpent, et qui s’intéresse de très près à David. Et du directeur (Patrick Goyette) du centre où Odile effectue sa cure de désintox. Elle lui fera la vie dure, à coups de «quessé que tu veux que je côlisse de ma vie?»

On a beaucoup parlé de la pudeur de la première saison, très chiche sur ce qu’elle montrait de l’anatomie masculine, alors qu’il en est tout autrement dans la réalité. Ça se poursuit dans la deuxième saison, du moins dans les premiers épisodes, qui montrent moins de scènes de danse, pendant que le bar tente de se refaire une clientèle. Au fait, ceux qui remarquent ce genre de détails seront surpris de constater que l’intérieur du Cheval-serpent n’a pas changé, mais qu’il a changé d’adresse, sans qu’on y fasse allusion.

Rafaël Ouellet (Nouvelle adresse, Fatale-Station) a succédé à Sylvain Archambault à la réalisation des 10 nouveaux épisodes, pour les raisons que l’on connaît. Cette seconde saison ne joue pas davantage dans la subtilité. Cheval-serpent doit être prise pour ce qu’elle est, un soap aux personnages caricaturaux et excessifs, et aux rebondissements tirés par les cheveux. Et comme à un soap, on s’y accroche pour savoir jusqu’où ça ira.

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Sur ces mots, je prends quelques semaines de vacances et vous souhaite un bel été, chaud et ensoleillé.

Télé et radio

Luc Bellemare, à la barre de «L’antichambre»

CHRONIQUE / Luc Bellemare devient l’animateur principal de «L’antichambre», de retour cet automne pour une 11e saison à RDS. À l’emploi de la chaîne sportive depuis bientôt 20 ans, il prend la relève de Stéphane Langdeau, du lundi au jeudi à 21h30 (ou après le match), alors que Pierre Houde et Chantal Machabée se relaieront dans le même siège, le vendredi et le samedi.

Depuis le départ de Langdeau, qui était là depuis le début, Luc Bellemare est celui qui a animé le plus souvent ce rendez-vous des amateurs de hockey. Le diffuseur considère qu’il a fait ses preuves pour piloter une émission, notamment à Entre deux matchs avec Gaston Therrien et Benoît Brunet, sur RDS Info.

Même si on procédera à d’autres changements mineurs, la formule de L’antichambre demeure la même. RDS répète tenir à cette franchise, émission phare de l’antenne depuis 2008. Rappelons que Stéphane Langdeau avait dû quitter RDS en mars dernier, après avoir été la cible d’une plainte à la Sûreté du Québec de la part de l’ancien animateur de radio Gary Daigneault. Il n’est pas question d’un retour pour Langdeau à RDS.

Par ailleurs, RDS annonçait hier l’arrivée d’Avec pas d’match, un nouveau rendez-vous coanimé par les comédiens Nicolas Pinson et Salomé Corbo sur RDS Info, RDS.ca et l’application RDS. Maîtres de l’improvisation, ceux-ci commenteront en temps réel 20 matchs du Canadien en compagnie d’invités. Derrière eux, on pourra voir le match en cours sur un écran géant, mais sans le son de RDS. Gildor Roy, Sophie Cadieux, Pier-Luc Funk, Rémi-Pierre Paquin et Pierre-Yves Lord ont confirmé leur présence, mais on souhaite avoir plus de femmes dans la liste. Des panellistes de L’antichambre pourront aussi apporter leur contribution à cette émission, qui fera beaucoup appel aux réseaux sociaux. RDS souhaite ainsi élargir l’auditoire du hockey, particulièrement chez une clientèle jeune. Les dates de diffusion seront déterminées à partir du calendrier de la LNH, dévoilé jeudi.

Télé et radio

«Les Chefs!»: Antoine gagnant, Laurent deuxième

CHRONIQUE / «Ça va être chaud», avait prédit Laurent. Et ce fut le cas. Après la seule femme, Ann-Rika Martin, à l’avoir emporté l’an dernier, Antoine Baillargeon, de Montréal, devient le septième homme vainqueur des «Chefs!» Laurent Matte-Boily, du restaurant Chez Saint-Pierre, au Bic, a terminé deuxième, alors qu’Andrée-Ann Lachance, du Ciel Bistro Bar à Québec, a été éliminée après les entrées.

C’est avec du pigeonneau, un de ses produits préférés, et un pouding chômeur réinventé qu’Antoine, sous-chef chez Maison Boulud, a séduit les trois juges. Preuve qu’il ne faut jamais se décourager, Antoine s’était déjà inscrit aux auditions des Chefs! il y a quatre ans, sans être choisi. «C’était l’année de Jérôme Rouault, avec qui je travaillais, qui a gagné, et j’étais très content pour lui», se souvient Antoine, joint au téléphone après sa victoire. C’est son patron, le chef exécutif Riccardo Bertolino, qui l’a convaincu de se réessayer, et le voilà gagnant.

Pour cette finale, qui se tenait pour la première fois à la fin du printemps plutôt qu’en septembre, les trois finalistes disposaient de cinq heures pour préparer un menu gastronomique de quatre services, inspiré des saveurs de leur enfance ou de moments marquants de leur vie. Tous les plats donnaient l’eau à la bouche.

Je dois dire que, jusqu’au dernier instant, je n’aurais pu prédire la victoire d’Antoine. Parce que le menu de Laurent, portant la signature du Bas-du-Fleuve, récoltait davantage d’éloges des juges. Le concurrent lui-même était pleinement confiant, donnant un bon spectacle durant toute l’heure. Son entrée de cerf au poivre sauvage avec son espuma d’oignons et soya «frisait la perfection», au dire de Jean-Luc Boulay. Ça s’est donc joué sur le plat principal. «Le niveau technique d’Antoine était supérieur», a souligné le juge, préférant le pigonneau à la morue noire vapeur de Laurent. «Ça prend du croustillant, ça prend une tuile!» a lancé M. Boulay, au sujet du parfait à l’érable de Laurent, sûrement très bon, mais trop peu garni. Une tuile pour l’aspirant-chef, qui s’était dit dès le départ : «Do your best, forget the rest» («Fais de ton mieux, oublie le reste»).

Par contre, l’élimination d’Andrée-Ann après les deux entrées n’a pas été une surprise. Pas que ses assiettes ne semblaient pas appétissantes, mais les juges s’entendaient pour dire qu’elle avait choisi des plats plus faciles à cuisiner que ses deux compétiteurs. Sa deuxième entrée, les champignons en trois façons, «manquait de finesse et de raffinement», a commenté Normand Laprise.

Laurent, qui aime le risque, on le sait, semblait prendre plaisir à augmenter le niveau de stress, en garnissant au tout dernier instant, et en laissant brûler sa cuillère de bois. «Il aime ça jouer avec le feu», a blagué Normand Laprise. Même un champion commet des erreurs; Antoine a oublié d’ajouter ses chips de peau de poulet à son entrée, et a servi un pouding chômeur qui ressemblait à un dessert aux fraises. «C’était un clin d’œil à ce dessert rustique, que je voulais alléger», explique le gagnant. On a craint un moment que l’oubli des chips lui coûte la victoire, mais ça n’a pas été le cas. «C’est vraiment une erreur de stress. Elles étaient juste à côté de moi en plus! Je les ai quand même servies aux juges après l’émission.»

Antoine, qui a remporté 20 000 $ en bourse, ignore encore ce qu’il en fera. «Je vais juste le placer pour l’instant, peut-être voyager.» Il se réjouit du voyage à Londres qui complète le prix, une destination qu’il n’a jamais visitée. À plus long terme, comme la plupart des gagnants des Chefs!, Antoine souhaite ouvrir son propre restaurant. «J’attends la bonne opportunité. Je suis chez Maison Boulud depuis six ans, je suis prêt à passer à la prochaine étape.»

«L’EFFET WOW» DE SÉBASTIEN DIAZ

Après cinq ans de Voir et quatre ans de Formule Diaz à Télé-Québec, Sébastien Diaz animera un nouveau magazine culturel, l’hiver prochain sur ICI ARTV et ICI Radio-Canada Télé. Ne vous attendez pas à entendre de la critique à L’effet wow, qui se nourrira des coups de cœur artistiques de l’animateur. L’émission d’une heure sera tournée dans différents endroits chaque semaine. Sébastien Diaz y mènera des entrevues, mais permettra aussi au public de poser des questions aux artistes invités. On donnera même la parole à des aînés dans un segment intitulé «La ligue du vieux poêle». L’animateur parle d’«un gros paquet de gomme balloune qui va plaire à tout le monde». Diaz n’est pas en froid avec Télé-Québec, où il poursuivra la coanimation de Format familial avec sa femme, Bianca Gervais. L’effet wow ne compromet en rien Esprit critique, autre magazine culturel d’ICI ARTV, de retour à l’automne.

Télé et radio

La télé qui aimerait grandir

Trouvez l’erreur : une série dramatique francophone produite en Acadie ou en Ontario reçoit plus d’argent que si elle était produite au Québec, à l’extérieur de Montréal. C’est la réalité à laquelle doit faire face l’industrie de la production télévisuelle à Québec, freinée dans sa croissance par un manque de ressources financières. Et qui peine à retenir ses talents, tentés de fuir vers la métropole.

Ce n’est pas parce que l’industrie d’ici manque de vitalité, c’est plutôt le contraire. Les idées foisonnent, les projets affluent. Depuis 2010, le volume d’affaires a même doublé à Québec. La demande est si forte, qu’il manque actuellement plus de 1,6 million $ pour assurer le tournage des productions en cours.

Éternelle optimiste, la productrice Nancy Florence Savard, aussi présidente du conseil d’administration de la Table de concertation de l’industrie du cinéma et de la télévision de la Capitale-Nationale, ne trace pas un portrait sombre de l’industrie de la télé à Québec. «Actuellement, la région connaît une belle croissance, et on ne veut pas l’arrêter là.» Elle voit un potentiel encore énorme. Alors que la région administrative représente 10 % de la production, des emplois et du produit intérieur brut de la province, «la logique serait qu’on représente aussi 10 % du volume de production du cinéma et de la télévision, mais on est à 5 %», note-t-elle.

Grand manitou du ComediHa! Fest, Sylvain Parent-Bédard a fondé sa boîte de production télé en 2007. ComediHa!, anciennement QuébéComm, est l’une des plus prolifiques de la capitale, avec plusieurs titres diffusés en heures de grande écoute, dont la très populaire LOL :-) à TVA, mais aussi Comédie sur mesure à Z et Les galas ComediHa! sur ICI Radio-Canada Télé. Ce qui constitue de 16 à 17 millions $ alloués annuellement à des productions tournées à l’extérieur de Montréal, majoritairement à Québec. «On est bien fiers de ça. Ça représente 60 employés permanents à temps plein. Avec les pigistes, on a émis 1400 T4 l’année passée», affirme le président fondateur.

Selon lui, Québec ne réussira à accroître sa production télévisuelle qu’en se comportant en gagnant, et non en quémandant. «Il ne faut pas agir en régionaux. Les diffuseurs doivent nous choisir, pas parce qu’on est en région, mais parce qu’on est bons, pour nos qualités d’entrepreneurship et le haut niveau de tolérance au risque. Il faut prouver, par nos actions, qu’on peut faire de la télévision d’aussi grande qualité que dans la métropole. C’est par là que ça passe : la qualité du contenu et les résultats.»

Le cas de La dérape est un bel exemple. Produite entièrement à Québec, cette série destinée à un jeune public, sur le monde du karting, a cartonné sur le Club illico, propriété de Québecor, qui en a commandé 10 nouveaux épisodes, tournés cet été. L’œuvre est produite chez Parallaxes, une boîte fondée il y a huit ans, aussi derrière le film La chute de Sparte, actuellement en salles. «Tourner chez nous, dans notre cour, c’est un rêve. Si on pouvait raconter des histoires qui se déroulent ici, avec des enjeux d’ici à l’année longue, on le ferait», explique Marc Biron, pourtant originaire de Montréal, tout comme sa conjointe et coproductrice Sonia Despars. Le couple a choisi de faire sa vie à Québec et d’y installer sa boîte de production, avec les contraintes que ça implique. «C’est un combat en continu, on est loin des décideurs. Mais on préfère ça, plutôt que de devoir nous taper la 20 pour valider les montages et voir nos créateurs», admet le producteur.

Mais voilà, comment garder une main-d’œuvre incapable de vivre de son art, quand la production télévisuelle à Québec est souvent concentrée l’été, surtout en ce qui concerne la fiction? Seulement chez ComediHa!, cinq séries seront tournées à peu près en même temps. «On est nos propres compétiteurs dans l’expertise disponible. À Québec, c’est le plein emploi, et c’est encore plus le cas en production télévisuelle. On n’a pas le choix de se retourner vers la métropole, et faire venir des techniciens à Québec durant 30 à 40 jours de production», explique Sylvain Parent-Bédard. Même problème chez Parallaxes, qui tourne La dérape en même temps que d’autres séries et films.

Arts

District 31 et Fugueuse dominent aux Gémeaux

CHRONIQUE / On vous l’avait dit que ça ferait une différence. Et toute une. Voici que District 31, absente des Gémeaux jusqu’à maintenant, viendra brouiller les cartes au prochain gala. Même que l’œuvre de Luc Dionne domine le tableau avec 12 nominations, à égalité avec Fugueuse, la série-événement de TVA. Le Bye Bye suit avec 11, alors que Lâcher prise et Les pays d’en haut en obtiennent 10.

Seul à l’animation le dimanche 16 septembre prochain à 20h sur ICI Radio-Canada Télé, Jean-Philippe Wauthier ne pourra passer sous silence l’absence de son acolyte des deux dernières années, Éric Salvail. Dans le gala de l’automne dernier, il lui prédisait qu’il ne serait pas là «l’année prochaine», sans se douter que sa blague était prémonitoire. Salvail ne sera pas seulement absent de la scène. Aucune de ses productions n’est en lice, et on le comprend dans les circonstances.

Chronique

Un décor en «odorama»

CHRONIQUE / Je ne vous mens pas : même le décor de la nouvelle comédie «Discussions avec mes parents» sent l’humidité des vrais sous-sols de banlieue, restés figés dans les années 80. La moquette partout, les divans «chesterfields», les teintes d’orange et de brun, on s’y croirait. En mettant le pied en studio à Ville Lasalle, où on a recréé la maison de son enfance, François Morency a rapidement pu s’imprégner de son rôle de fils qui rend visite à ses parents. Comme dans la vraie vie.

Diffusée cet automne sur ICI Radio-Canada Télé et réalisée par Pascal L’Heureux (Les pêcheurs), la série de 13 demi-heures, actuellement en tournage, est inspirée du livre Discussions avec mes parents, fruit de conversations cocasses au téléphone.

Sur le plateau, où on tourne encore pour une trentaine de jours, plusieurs journalistes avaient l’impression de revivre leur enfance, tellement l’endroit leur semblait familier. Le décor n’est pas une réplique parfaite de la maison d’enfance de Morency, mais presque. L’équipe a pu compter sur les images de Viens-tu faire un tour?, dans laquelle l’humoriste a revisité cette maison, qu’il a habitée de sa naissance à 24 ans, et que ses parents ont vendue il y a 20 ans. Sur les murs, des cadres montrent les photos d’enfance des vrais acteurs et actrices.

En voyant Morency et ses parents d’adoption, Vincent Bilodeau et Marie-Ginette Guay, tourner une scène, j’y ai vraiment cru. François arrive à la maison, s’assoit avec son père, les deux se regardent sans savoir quoi se dire, en espérant que la mère arrive au plus vite pour meubler les discussions. J’avais l’impression d’avoir mon père au téléphone, qui me passe ma mère après m’avoir rapidement demandé comment j’allais.

Entre les rires, certaines scènes viendront émouvoir le public. Comme celle où François découvre que son père, qui ne l’a jamais complimenté sur sa carrière, accumule dans des scrapbooks des coupures de journaux sur son célèbre fils. «C’est la seule personne que j’avais l’impression de ne pas parvenir à satisfaire. Les scrapbooks, c’était sa façon de me dire qu’il s’intéressait à moi. Ça m’a un peu chamboulé quand on a tourné cette scène», reconnaît-il.

À peine 20 % du livre se retrouve à l’écran, tout le reste ayant été créé pour la série. Dans une autre scène, François arrive à la maison avec une boule intelligente, réplique du Google Home, à qui on peut demander la météo ou de faire jouer une chanson. Le cadeau est plutôt mal reçu. «Ça n’est jamais arrivé mais ça aurait pu. Tout ce que j’invente doit respecter la logique de ce que sont mes parents.» On a aussi joué sur l’âge des personnages; les parents de François, qui ont en réalité 90 ans, ont été rajeunis de 15 ans; François a cinq ans de moins et devient l’aîné de son frère et de sa sœur, joués par Blaise Tardif et Caroline Bouchard.

Dans l’histoire, la maison est située dans Saint-Sacrement, mais seules quelques scènes de transition ont réellement été tournées à Québec. Les scènes extérieures sont tournées dans le Vieux-Longueuil, alors que tout le reste est tourné en studio. On verra aussi Morency dans un condo montréalais, et dans ses rencontres amoureuses, qui tournent inévitablement au désastre, dont une avec une femme mariée. Tirée de la vraie vie? «Oui, et d’aplomb à part ça!» répond Morency. Quelques flashbacks nous montreront le petit François, enfant.

Comme les lecteurs du livre, vous risquez de reconnaître des membres de votre famille. «C’est universel. Nos parents nous exaspèrent tous un peu mais on les aime», affirme le producteur Guillaume Lespérance. Chez les Morency, tout le monde, à un moment ou à un autre, devient le souffre-douleur du reste de la famille. Mais on sent toujours beaucoup d’affection dans ce clan tissé serré. «Ce n’est pas une famille déchirée, il n’y a pas de chicanes.»

LE BEAU DIMANCHE LE PLUS REGARDÉ

La présence de Luc Lavoie, Martine Ouellet, Antoine Bertrand et Robin Aubert a permis au Beau dimanche d’obtenir son plus gros score depuis ses débuts avec 600 000 téléspectateurs sur ICI Radio-Canada Télé. Mais c’est le talk-show Les poilus qui arrive premier dimanche soir, suivi par 653 000 amoureux des animaux. Michel Barrette arrive troisième avec Viens-tu faire un tour?, regardée par 586 000 fidèles.

Télé et radio

Luc Lavoie à Radio-Canada: pourquoi pas?

CHRONIQUE / Luc Lavoie se retrouvera-t-il à Radio-Canada cet automne? «Évidemment que ça me tenterait», a-t-il dit sans hésiter à l’émission Le beau dimanche. Le commentateur des deux dernières années à «La joute» à LCN a une hypothèse pour expliquer son «renvoi» de TVA : «Je servais de leçon aux autres». Selon lui, le diffuseur se serait servi de son cas pour dire à ses autres vedettes que c’est ce qui les attendait s’ils choisissaient de résister à leur exigence d’exclusivité. Malheureusement, l’animateur Jean-Philippe Wauthier n’a pas relancé son invité sur cette étonnante réponse, peut-être trop pressé par un agenda chargé dimanche.

Le Soleil annonçait mercredi que Luc Lavoie avait accepté de faire de la radio avec Bernard Drainville au 98,5 à partir du mois d’août. TVA lui a demandé d’y renoncer, mais il a refusé. «Je tiens ma parole», a-t-il dit. Depuis ses dernières discussions avec TVA, Luc Lavoie n’a pas reparlé à Pierre Karl Péladeau, dont il a longtemps été le bras droit et ami. Après 20 ans chez Québecor, il reconnaît avoir été déçu de cette décision. «Un peu, un peu. Mais les affaires sont les affaires», reconnaît-il. De là à se laisser aller au découragement, quand même pas. «Il y a des émotions qui viennent en jeu, mais il faut retomber sur ses pieds et continuer.» Ne lui reste maintenant que Radio-Canada pour s’exprimer à la télé, diffuseur qu’il a pourtant maintes fois pourfendu, alors qu’ICI RDI bâtit justement l’équipe de sa nouvelle émission de 16h, contre La joute.

«On va passer à l’histoire pour une chose, toi et moi: on s’est fait sacrer à la porte en même temps, le même jour!» a-t-il blagué au sujet de Martine Ouellet. Quelques jours après avoir obtenu un faible vote de confiance de 32%, la bientôt ex-chef du Bloc québécois était tout sourire dimanche. On était loin de la mine déconfite à Tout le monde en parle, l’hiver dernier. Si Martine Ouellet se reproche une chose, c’est d’avoir cru que les membres du Bloc assumaient leur mandat de faire la promotion de l’indépendance. Selon elle, le fait que «les démissionnaires ne reviendront pas» est bien la preuve qu’elle n’était pas le principal problème. Elle croit aussi que le fait qu’elle soit une femme a joué contre elle.

Luc Lavoie, qui n’a jamais épargné Martine Ouellet à La joute, s’est retenu cette fois. «En politique, on attaque les idées, pas les personnes», a-t-il dit, rappelant être allé manger au restaurant avec elle. Antoine Bertrand a questionné la politicienne en sabbatique forcée sur le faible appui à la souveraineté, particulièrement chez les jeunes. «La jeunesse était de votre bord [autrefois]», a-t-il rappelé. Ouellet est plutôt convaincue que les luttes intestines au sein du mouvement indépendantiste ont torpillé le concept d’indépendance, pourtant tout aussi pertinent, croit-elle.

En début d’émission, Antoine Bertrand a raconté être parti trois mois en voyage, notamment au Sénégal, où il a assisté à un combat de lutte avec frappe, le sport national. Il s’est retrouvé le seul Blanc de l’assistance, à devoir accorder des entrevues à des médias sénégalais, étonnés par sa présence!

On ne peut qu’aimer la franchise de Robin Aubert, dont le film Les affamés a remporté huit trophées du Gala Québec Cinéma. Il se surprend qu’on ait qualifié sa sortie sur la distribution déficiente de son film de «coup de gueule». Il considère n’avoir dit que la vérité. «Qui va m’empêcher de faire des films?» a-t-il demandé à l’animateur, qui soulignait le courage de sa franchise.

Aubert n’a pu s’empêcher de ridiculiser le propriétaire de salles de cinéma, Vincent Guzzo, convaincu qu’il s’agit d’un personnage inventé. «Chu sûr que le soir, y est en Speedo, y regarde Tu dors Nicole, pis y’aime ça. […] On dirait un personnage de Pierre Falardeau», a-t-il imagé. Aubert, qui tourne une série policière en anglais à Montréal pour CBC, a aussi raconté que Michel Côté l’avait texté, froissé par un commentaire dans son discours de remerciement. Les deux ont fini la conversation en se disant qu’ils s’aimaient.

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Télé et radio

Québecor et la radio: d'autres départs

CHRONIQUE / Mario Dumont et Luc Lavoie ne sont pas les seules personnalités de Québecor à devoir choisir entre un employeur ou un autre; j’ai appris que d’autres noms comme Richard Martineau, Antoine Robitaille, Jonathan Trudeau et Kevin Raphael doivent aussi renoncer à des contrats chez la concurrence, ou pourraient avoir à le faire très prochainement.

Quelques explications sont possibles. Parmi elles, La Presse+ révélait mercredi que Québecor montrait beaucoup d’intérêt pour l’acquisition de stations de radio, un marché qui se porte assez bien, en comparaison avec la télé et les journaux. Des sources rapportent aussi que l’entreprise lancera sa propre radio sur Internet dès l’automne, en attendant d’acquérir une «vraie» station et d’obtenir une licence en bonne et due forme. On souhaiterait que les animateurs et chroniqueurs maisons privilégient cette nouvelle radio plutôt que celles de la concurrence. À suivre.

Ainsi, des sources soutiennent que Richard Martineau quitte son micro de CHOI Radio X, où il anime une émission quotidienne depuis août 2015, de même que son coanimateur Jonathan Trudeau. Les deux écrivent dans les quotidiens de Québecor et apparaissent à LCN et à TVA. Le chroniqueur politique du Journal de Montréal et du Journal de Québec, Antoine Robitaille, qui participe à l’émission Drainville PM avec Alec Castonguay au 98,5, mettra fin pour de bon à cet engagement cet été. En comptant ses années avec Benoît Dutrizac, voilà 10 ans qu’il commentait l’univers politique à l’émission du midi de cette station montréalaise. On peut aussi l’entendre à Première heure sur ICI Radio-Canada Première à Québec. Enfin, Kevin Raphael, qui avait confirmé sa participation à la nouvelle émission Véronique et les Fantastiques cet automne à Rouge FM, a dû y renoncer à la demande de Québecor. L’animateur a sa propre émission à TVA Sports, Le Kevin Raphael Show. Pour sa part, Ève-Marie Lortie, qui a quitté le FM93 hier, a bien précisé qu’elle ne le faisait pas à la demande de Québecor.

Déjà, Mario Dumont abandonnera dans quelques semaines sa participation à la commission Curzi-Dumont, le matin avec Paul Arcand au 98,5, pour se consacrer à sa quotidienne à LCN et à d’autres projets, qui n’ont pas été dévoilés. Impossible toutefois de confirmer qu’on lui a vraiment laissé le choix. Rappelons que son épouse, Marie-Claude Barrette, anime aussi Deux filles le matin à TVA.

Pour l’instant, de tous ces noms, seul Luc Lavoie a préféré honorer son contrat de radio avec Cogeco, plutôt que de poursuivre à La joute et à Mario Dumont; il participera dès le mois d’août à l’émission Drainville PM au 98,5 à Montréal et à d’autres émissions du réseau. Selon plusieurs sources, il semble peu probable que Bernard Drainville reste parmi le panel de La joute à LCN, tout en poursuivant son travail au 98,5. Il n’a pas retourné les appels du Soleil. On peut dire que le portrait de Drainville PM, qu’il anime de midi à 15h à la radio, changera passablement. En plus d’Antoine Robitaille, l’émission perdra un autre collaborateur, Alec Castonguay, qui a d’autres projets pour l’automne.

Ce n’est pas la première fois que Québecor tenterait une expérience de radio sur Internet. En 2013, le site du Journal de Montréal s’était prêté à l’exercice, notamment avec Gilles Proulx et Sophie Durocher. L’expérience fut de courte durée.

J’ai reçu de très nombreux messages depuis hier, la plupart déplorant le départ de Luc Lavoie de La joute. Celui-ci pourrait-il être repêché par Mordus de politique, la nouveauté de Sébastien Bovet sur ICI RDI, qui affrontera celle de LCN à 16h cet automne? Encore trop tôt pour le dire, même s’il est permis d’y croire.

Télé et radio

«Les Chefs!»: Clément pète un plomb

CHRONIQUE / Comme on dit, ce n’était pas très chic lundi soir aux «Chefs!». Gonflé d’orgueil et mécontent d’avoir raté ses raviolis, le candidat Clément Bellaigue a tout laissé tomber en plein duel, faisant une boule avec ses pâtes collantes et les lançant par terre avec colère. Du jamais vu aux «Chefs!», où l’esprit d’équipe et la soif d’apprendre ont toujours primé sur la féroce compétition.

Je n’en suis pas revenu de voir un aspirant-chef aussi talentueux, aussi brillant, quitter l’aventure avec aussi peu de classe. Clément a pourtant abordé le duel avec un excès de confiance, affirmant que rien ne lui faisait peur. «Tous les trois, on te voyait en finale», auront été les mots de Jean-Luc Boulay en guise d’au revoir. Sans reconnaître son erreur, Clément a assumé pleinement ce choix, conscient qu’il avait gâché ses chances de se rendre en finale. Jusqu’ici, on trouvait plutôt sympathique que le candidat d’origine française n’ait jamais entendu parler de jambon à l’ananas et ait cuisiné un gâteau en guise de cake de homard. Mais Clément a raté sa sortie.

C’est la première fois qu’un candidat abandonne en plein duel, mais ce n’est pas la première fois qu’un aspirant-chef jette son tablier. Je l’avais complètement oublié, mais au second épisode de la toute première saison, Érick Gauvin-Demers, alors cuisinier à l’hôtel Pur, a choisi de quitter l’émission, ne se sentant pas à l’aise devant les caméras. Il avait ainsi évité l’expulsion à la candidate Claudia, désignée par les juges. Selon la production, ce n’est plus jamais arrivé par la suite.

Ne reste plus que deux épisodes à cette huitième saison, qui n’est pas la meilleure, malgré son lot d’épreuves enlevantes. Il me semble que le sentiment d’attachement aux candidats est moins élevé que dans les saisons précédentes. Par contre, à ce jour, la moyenne d’écoute est de 700000 téléspectateurs (incluant les enregistrements), comparativement à 711000 l’été dernier, sur ICI Radio-Canada Télé. Sont toujours dans la course Andrée-Ann, du Ciel bistro-bar à Québec, Laurent, de Stoneham, Antoine et Marc-Antoine.

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Télé et radio

Un duo drôle et mordant

CHRONIQUE / Excellentes l’an dernier, Édith Cochrane et Guylaine Tremblay n’avaient pas la tâche facile dimanche soir : attirer un large public avec comme matière première, des films en nomination que les gens ont très peu vus, avec un temps superbe à l’extérieur. C’est bien souvent le cas du Gala Québec Cinéma, que présentait ICI Radio-Canada Télé dimanche soir et qui a couronné Les affamés. Un peu moins surprenantes, les deux femmes n’en ont pas été moins mordantes.

Après avoir constaté que l’élastique tenait le coup l’an dernier, le duo d’animatrices n’a épargné personne dans un numéro d’ouverture juste assez cinglant. Beaucoup d’autodérision et d’ironie. «C’est vrai que dans le milieu, on attend que les abuseurs soient morts pour les dénoncer», a lancé Guylaine Tremblay pour souligner que le cinéma québécois avait été épargné par la vagues de dénonciations cette année, une allusion à Claude Jutra, qui a hanté le gala ces dernières années.

Bonne idée de rapprocher les tables des spectateurs, question que ce monde se parle un peu plus. «Y’a des films d’auteur qui vont finir par être le fun à regarder. Pis encore, y’a peut-être des films populaires qui vont finir par être bien écrits», a blagué Édith Cochrane. Pas de motomarine comme aux Oscars pour récompenser les remerciements les plus courts, mais une location de pédalos sur la rivière des Mille-Isles. À ce titre, les gagnants n’ont pas abusé de leur temps pour dire merci.

Le duo d’animatrices a parlé de deux films de zombies en nomination: Les affamés... et Pour vivre ici de Bernard Émond, avec une Élise Guilbault errant dans la ville. «En tout cas, est’ ait bonne!» a lancé Guylaine Tremblay. Plutôt que de se battre contre la perception d’un cinéma québécois déprimant, les deux animatrices s’en sont amusées. Entre autres avec cette fausse bande-annonce d’un film intitulé «La défriche». «Coupe à blanc, coupe à vin, coupe à vaincre!» scandaient gravement Édith Cochrane en mariée qui pleure et Guylaine Tremblay en femme des bois. Sketch très drôle du même duo en donneurs de subventions, qui posent des questions insensées, comme «pourquoi ça s’intitule Pieds nus dans l’aube si le personnage principal est toujours en souliers?»

Déjà quand on l’a vu dans 30 vies, on a su que Théodore Pellerin, révélation de l’année pour Chien de garde, irait loin. Récompensée pour son rôle de soutien dans Les affamés, Brigitte Poupart a eu la gorge nouée en remerciant Robin Aubert d’offrir «des rôles féminins qui sortent des clichés», puis a salué «toutes celles qui se lèvent et dénoncent».

Même si les films dits populaires ont été ignorés pour la catégorie principale, on a demandé à Patrick Huard de saluer le travail des scénaristes, ce qu’il a fait de manière percutante. Parce que tout part d’une bonne histoire. Nicole Bélanger a gagné pour le très beau Les rois mongols, un baume sur un cancer qu’elle a vaincu.

L’«hommagé» de la soirée, André Forcier, n’est pas un tribun, mais son cinéma est puissant et singulier, et on le sentait en revoyant les extraits de ses films. «Vous empiétez sur mon temps», a-t-il dit sur un ton bourru pour faire taire les applaudissements et lancer un discours tout sauf enjoué, égal au personnage. «Mes fils n’arrêtent pas de triper sur tes films, mon estie», a-t-il envoyé à Robert Morin. Deux conseils en terminant : «Au cinéma, il faut être plus intelligent que le problème. Deuxio : les idées passent par les émotions, pas le contraire.»

Remerciements trop courts – c’est rare qu’on dit ça – de Robin Aubert, récompensé pour ses Affamés, qui a salué ses deux mentors André Forcier et Robert Morin, «même si vous avez un caractère de marde». «L’important, c’est de participer», a conclu le réalisateur dans l’hilarité générale. Christian Bégin a le sens de la formule; il a remercié le premier assistant du film «Le problème d’infiltration», Jean-Martin Gagnon, qui a suggéré son nom au réalisateur. «Robert Morin m’a googlé et a dit : « je pense que c’est une ostie de bonne idée ». […] «On a besoin de gens comme toi, Robert Morin», a-t-il lancé au réalisateur, parvenant à l’émouvoir, ce qui n’est pas un détail.

Pas convaincu de la présentation un peu conventionnelle et très récitée des titres en nomination pour l’Iris du meilleur film, saupoudrés ici et là dans la soirée par plusieurs personnalités. Une méthode paresseuse, qui manquait de punch. Les textes de présentation des catégories par des acteurs invités n’étaient pas toujours drôles. Dans les circonstances, Édith Cochrane et Guylaine Tremblay se sont acquittées de leur tâche avec brio, donnant du relief à un gala qui en aurait manqué autrement.