Richard Therrien

Le Trône de fer: la saison à refaire?

CHRONIQUE / Aussi bien vous le dire tout de suite : cette chronique contient des éléments qui risquent d’insatisfaire ceux et celles qui n’ont pas vu l’avant-dernier épisode du Trône de fer (Game of Thrones), diffusé dimanche dernier. Alerte aux divulgâcheurs.

Voilà, c’est dit. Les fans l’ont attendue avec impatience cette huitième et ultime saison, presque deux ans après la chute du mur et l’invasion des marcheurs blancs. À quelques jours de la grande finale, ils sont sens dessus dessous. Cet épisode d’Apocalypse, sans doute le plus violent, m’a laissé sur le cul dimanche soir. On nageait en plein film d’horreur, se demandant ce qui allait rester de Port-Réal. Eh bien, à peu près rien. La scène de bataille entre Sandor et Gregory était aussi interminable qu’insoutenable, yeux crevés et couteau dans la tête inclus.

Ce cinquième épisode, qu’on dira maudit, a obtenu la plus faible cote de toute la série sur le site Rotten Tomatoes. À l’inverse, il a rassemblé 18,4 millions de télé­spectateurs, un record pour la série. La grogne est bien réelle, des fans ont même lancé une pétition pour faire réécrire la dernière saison de la série. L’auteur des romans, George R.R. Martin, qui a travaillé étroitement avec HBO jusqu’à la cinquième saison, avait prédit cette polémique. N’empêche, il a confié à 60 Minutes que son histoire ne devrait pas trop différer de celle de la série télé, sauf pour les personnages secondaires. Il peut toujours changer d’idée.

Bien entendu, je souhaitais depuis le premier jour voir Cersei Lannister périr dans d’atroces souffrances, à la hauteur de sa cruauté. Mais je n’avais pas imaginé que cette femme forte, qu’on a confinée à regarder par sa fenêtre du donjon rouge, mourrait bêtement ensevelie sous les pierres, enlaçant son jumeau et amant, une scène ridiculisée sur les réseaux sociaux. Tout ça après l’idylle bâclée entre Jaime et Brienne.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette huitième et ultime saison très attendue a déstabilisé les fans de la première heure. De l’avis de plusieurs, les personnages ont pris une toute autre dimension, souvent incohérente avec leur véritable nature. Le meilleur exemple en est Daenerys Targaryen, la mère des Dragons, pacifique depuis toujours, épargnant les innocents et même les coupables, mais devenue soudainement cruelle et sans pitié. La voir détruire Port-Réal à dos de dragon, faisant fi des cloches indiquant la reddition de l’armée de Cersei, avait quelque chose de surréaliste. Déception pour ceux qui, comme moi, s’accrochaient à la profondeur d’âme de ce personnage de pouvoir. Or, d’autres se sont souvenus que Daenerys avait eu une vision de la salle du Trône recouverte de cendres, dès la deuxième saison. Un rêve prémonitoire en quelque sorte. D’autres scènes ont servi de présages à cette hécatombe. Il n’y a rien qui arrive pour rien.

De tous, Jon Snow est celui qui est resté le plus fidèle à lui-même, mais il regrettera sans doute amèrement sa confiance presque aveugle en Daenerys. Quoi qu’on en dise, cette cinquième saison aura atteint des sommets d’effets visuels mystifiants. La bataille nocturne, qui a nécessité 55 nuits de tournage, était particulièrement saisissante, mais jamais autant que la destruction de Port-Réal. Et les dragons m’apparaissaient réels, même si personne n’aurait été capable de se tenir sur leur dos comme l’ont fait Daenerys et Jon Snow.

Comment se conclura cette grande saga? La fin apaisera-t-elle un peu les fans déçus? Rendez-vous dimanche à HBO à 21h, en simultané à Super Écran, avec sous-titres français, avant la diffusion de l’épisode en version doublée, lundi à 22h. Mon seul souhait : ne tuez pas Jon Snow.

Chronique

ELLE fictions convoite la femme active

CHRONIQUE / «Beautés désespérées, Dawson, Gilmore Girls, Chère Betty, Les contes d’Avonlea»... On croirait la programmation d’une chaîne souvenirs, style Prise 2. C’est pourtant le cœur de ce que sera ELLE fictions, la nouvelle chaîne qui remplacera MusiquePlus à partir du 26 août à minuit. Une programmation destinée à la «femme active» de 25 à 54 ans, qui proposera des séries et des films «faciles à regarder», précise-t-on. Un peu réducteur, vous ne trouvez pas?

Au premier coup d’oeil, j’admets être déçu, bien que je ne fasse pas partie du public cible. Déjà que ELLE fictions est composée à 100 % de séries traduites. Il y a bien quelques primeurs, comme la nouvelle mouture de Dynastie, qui connaît un certain succès et dont deux saisons ont été diffusées sur CW aux États-Unis. Et aussi, Les juristes, version française de For the People, série de Shonda Rhimes récemment annulée par ABC. J’allais presque oublier Pasión Prohibida, une telenovela traduite de l’espagnol qui date de 2013. Pour le reste, beaucoup de réchauffé.

Pour lancer cette chaîne, Groupe V Média s’associe à l’empire français Lagardère, éditeur majeur en Europe, qui possède déjà une chaîne télé, ELLE Girl TV, destinée à public plus jeune. V mise sur la marque ELLE, reconnue à travers le monde, pour attirer un public féminin, même si le contenu de ELLE fictions n’aura rien à voir avec le magazine. Lagardère n’a d’ailleurs aucun droit de regard sur cette programmation, mais sera très attentif au rendement de cette chaîne avec l’intention de reproduire le modèle ailleurs dans le monde.

Quand on lui fait remarquer que ELLE fictions recyclera beaucoup de vieux matériel, le vice-président exécutif stratégie et communication, Dimitri Gourdin, plaide que la nostalgie marche encore beaucoup. Il cite DHouse, dont les rediffusions sur MAX font d’excellents scores. Une autre preuve en est le succès de Prise 2, la plus regardée parmi les chaînes spécialisées de divertissement de TVA. Et ce, même si la majeure partie de ces séries souvenirs se trouvent facilement sur le Web. «L’expérience montre que lorsque tu reprogrammes des séries comme ça, le public est là», affirme M. Gourdin.

Reste que l’existence de ELLE fictions ne stimule en rien la production originale québécoise, pas plus que celle de MAX, composée à 100 % de contenu traduit. À cela, Dimitri Gourdin répond que Groupe V Média «ne ferme pas la porte aux productions originales, mais pas avant la troisième année d’existence. Tout dépendra du succès de la chaîne.» En plus des séries que proposera ELLE fictions, on inclura beaucoup de longs métrages, notamment des téléfilms du catalogue Hallmark, dérivés des romans Harlequin, avec qui Groupe V Média a conclu une entente, comme avec d’autres studios tels que Disney, CBS, Warner Bros., Universal et Sony.

Une chaîne peut-elle encore se fermer à tout un public, dans ce cas-ci, les hommes? «L’idée n’est pas de faire une chaîne genrée. Oui, on s’adresse aux femmes, mais ça n’empêche pas les hommes de la regarder», précise Dimitri Gourdin, convaincu qu’il y a de l’espace pour une chaîne de fictions d’inspiration plus féminine. En espérant que d’autres nouveautés s’ajoutent d’ici le 26 août.

Code All Stars, émission jeunesse?

Quand on visionne Code All Stars, la série de VRAK qui réunit les vedettes de Code F. et de Code G., on s’étonne que le gala Artis intègre ces émissions dans la catégorie Émissions jeunesse. Imaginez dimanche dernier qu’en présentant Pier-Luc Funk parmi les nommés, on aurait diffusé un extrait où il affirme faire d’excellents cunnilingus, comme c’est le cas dans un des épisodes. Quand le trophée est en plus remis par le trio de Passe-Partout, il y aurait de quoi éprouver un malaise. Malgré toutes ses qualités, dont son absence de filtre, Code All Stars n’est pas une émission jeunesse. On l’a dit souvent : VRAK n’est plus une chaîne pour ados, mais s’adresse désormais à de jeunes adultes, particulièrement en soirée. Un virage assumé, mais pas toujours compris par le public. Dans Code All Stars, qui commençait mardi à 21h et dont ce sera les 15 derniers épisodes, les gars et les filles vont encore plus loin dans leurs propos. J’aime particulièrement Catherine Ethier, Katherine Levac et Julien Lacroix. C’est souvent drôle, mais quand on tombe dans le propos scatologique, comme c’est le cas de Maripier Morin dans une des émissions, là, je décroche.

Chronique

Hélène et Roy dans «Toute la vie»

CHRONIQUE / Hélène Bourgeois Leclerc était encore sur un nuage au lendemain du gala Artis, où elle a remporté le trophée dans la catégorie des séries dramatiques annuelles pour son rôle d’Isabelle dans «District 31». On croyait la voir s’éclipser un moment, mais non, puisqu’elle sera la vedette de la nouvelle série de Danielle Trottier, «Toute la vie», diffusée dès cet automne sur ICI Radio-Canada Télé. Et avec Roy Dupuis en prime.

Après la fin d’Unité 9, Danielle Trottier admet avoir vécu «une petite détresse», de peur de ne jamais retrouver l’intensité et la profondeur de cette série qui a marqué le public. C’était avant d’embarquer dans Toute la vie, sur le quotidien d’un centre d’hébergement et établissement d’enseignement pour jeunes filles mères, l’école Marie-Labrecque, unique au monde. Alors qu’Hélène Bourgeois Leclerc jouera Tina, la directrice de l’établissement, Roy Dupuis sera Christophe, nommé depuis peu psycho­éducateur. «On va vouloir les cloner et en envoyer partout au Québec», croit l’auteure, qui parle de personnages dévoués et investis d’une mission.

Il y avait un bon moment que Roy Dupuis avait joué à la télé; c’était il y a sept ans dans Les rescapés. C’est le réalisateur Jean-Philippe Duval qui a eu l’idée de le contacter directement pour sonder son intérêt pour ce rôle de psychoéducateur affable. Roy est sorti enchanté de sa rencontre, touché par le sujet, ayant lui-même une personne proche qui a dû renoncer à ses études pour des raisons similaires. On apprendra que Christophe a eu une enfance marquée par la violence, et qu’il souhaite donner aux autres ce qu’il n’a pas reçu. Roy retrouve aussi Fabienne Larouche, qui avait coécrit Scoop et Urgence à l’époque, et qui produit Toute la vie avec Michel Trudeau chez Aetios.

Si vous croyez qu’Hélène Bourgeois Leclerc a renoncé à son rôle d’Isabelle dans District 31 parce qu’on lui a offert celui de Tina dans Toute la vie, il n’en est rien. Quelques mois ont passé entre les deux décisions. Avant que vous ne posiez la question, sachez que Tina et Christophe entretiendront une relation strictement professionnelle, «exceptionnelle, mais pas amoureuse», précise l’auteure.

Toute la vie devrait satisfaire ceux qui réclament à raison de nouveaux visages et plus de diversité à la télé. Parmi les élèves de Marie-Labrecque figurent d’ailleurs deux jeunes filles qui n’ont jamais joué, et qui ont été trouvées par l’entremise de Facebook. À côté de ces nouvelles venues, qui ont pour noms Naïla Victoria Louidort-Biassou, Tayna V. Lavoie, Evelyne Laferrière, Ambre Jabrane et Alison Carrier, figurent les noms bien connus de Fanny Mallette, Emmanuel Bilodeau, David Boutin et Nathalie Mallette.

Les jeunes héroïnes de la série n’auront pour la plupart pas choisi d’être enceintes. Le choix qu’elles font cependant, c’est de garder leur bébé, quoi qu’en pensent leurs parents. Ces filles mères sont en aussi bas âge que 13 ans, comme c’est le cas d’Anaïs (Cassandra Latreille), qui souhaite convaincre ses parents de la faire admettre à Marie-Labrecque.

On croyait peut-être que les histoires de filles mères appartenaient aux années 50, mais il n’en est rien; ça existe encore aujourd’hui. Et il est encore mal vu dans les écoles de les accueillir, de peur qu’elles influencent leurs camarades à être enceintes elles aussi, de là l’importance d’une école comme Marie-Labrecque, un milieu favorable à leur épanouissement. Les six filles dont on suivra de plus près la grossesse la rendront toutes à terme, avec toutes les complexités que cela implique.

Contrairement à Unité 9, Toute la vie ne sera pas tournée en studio, même en partie, mais dans un vieil édifice retapé à Montréal, question de créer l’environnement le plus naturel possible pour les jeunes actrices sans expérience. La tournage commence la semaine prochaine.

La soirée Artis en hausse

La 34e soirée Artis a été suivie par 1728 000 téléspectateurs, dimanche soir à TVA. C’est plus que l’an dernier, alors que 1638 000 personnes étaient au rendez-vous. Beau succès aussi pour le tapis rouge, qui a rallié 1299 000 curieux à 19h, comparativement à 1164 000 l’an dernier. À la même heure dimanche, le téléfilm Ma vie avec Liberace n’a retenu que 97 000 téléspectateurs sur ICI Radio-Canada Télé.

RICHARD THERRIEN

La soirée Artis en hausse

BLOGUE / La 34e soirée Artis a été suivie par 1 728 000 téléspectateurs, dimanche soir à TVA. C'est plus que l'an dernier, alors que 1 638 000 personnes étaient au rendez-vous.

Beau succès aussi pour le tapis rouge, qui a rallié 1 299 000 curieux à 19h, comparativement à 1 164 000 l'an dernier.

À la même heure dimanche, le téléfilm Ma vie avec Liberace n'a retenu que 97 000 téléspectateurs sur ICI Radio-Canada Télé.

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Télé et radio

Gildor et Sarah-Jeanne, roi et reine du gala Artis

CHRONIQUE / Pour être surpris, on l'a été dimanche soir par cette 34e soirée Artis. Ce sont les artistes d'ICI Radio-Canada Télé, au nombre de 10, qui ont été récompensés le plus, devant ceux de TVA, salués à six reprises. Le monde à l'envers pour une soirée qu'on a longtemps qualifiée du «gala de TVA».

Il faut dire que District 31 est un phénomène contre lequel même le diffuseur privé ne fait pas le poids. L'immense ascendant de Gildor Roy sur le public s'est manifesté trois fois dimanche, pour cette série mais aussi pour son rôle dans Lâcher prise. Le futur grand-papa nous a fait un sympathique portrait familial. Aussi gagnante, Hélène Bourgeois Leclerc, dont le personnage a quitté la série en fin de saison, se fait dire par le public : «ne pars pas, Isabelle!» Quoique le vote a eu lieu avant les adieux. Véritable reine de la soirée, Sarah-Jeanne Labrosse a fait le plein de trophées avec trois, dont le plus prestigieux, celui de la personnalité féminine. «Merci de me dire que ma personnalité, est correcte!» a lancé la Donalda des Pays d'en haut et égérie de Révolution, très émue. L'actrice a aussi décroché le trophée jeunesse pour Le chalet à VRAK et le gala Mammouth à Télé-Québec.

Du côté des dramatiques saisonnières, l'auditoire a aussi attendu le départ du curé Labelle dans Les pays d'en haut pour récompenser Antoine Bertrand, auparavant reconnu dans la catégorie des comédies. Une ultime victoire sur Séraphin pour le bon curé. «Amour de ma vie, ramasse-toi!» a lancé le maître des remerciements à sa blonde, dans l'un des segments les plus drôles de la soirée.

Télé et radio

Pas de place pour l’ego pour Gino Chouinard

CHRONIQUE / Bientôt 12 ans qu’il se lève au beau milieu de la nuit du lundi au vendredi, après l’avoir fait quatre ans le week-end. Mais Gino Chouinard a eu une vie avant «Salut bonjour», de sorte qu’il compte 30 ans de carrière à son actif, un anniversaire qu’a voulu souligner son équipe vendredi dernier.

«Je devais aller tourner une publicité à Québec, mais on m’a fait croire qu’il fallait que je reste parce qu’on consacrait une partie de l’émission au Gala Artis. J’ai été bien naïf», raconte l’animateur de 51 ans, encore sous le coup de l’émotion. Prenant le contrôle de l’émission, Jean-Michel Anctil a alors refait la ligne du temps de la carrière de Gino, sortant bien sûr de multiples extraits et photos, pas toujours les plus flatteurs!

Il est loin le temps où, durant ses années d’études au Conservatoire Lassalle, il annonçait des rabais sur des jeans avec un porte-voix au centre d’achats Pie-IX à Montréal. Ou qu’il annonçait des sous-vêtements et des serviettes en coton molletonné au magasin La Baie du Mail Champlain. «J’aimais ça parce que ça me permettait de construire des messages publicitaires. C’était une école, et ça faisait partie de mon apprentissage», dit-il aujourd’hui avec philosophie.

C’est à titre d’annonceur maison du jeu Double défi qu’il a fait ses débuts à l’écran à TVA, le 10 mai 1989, avant de devenir la voix de Fais-moi un dessin et de Charivari. «Après 10 ans comme annonceur à TVA et à la radio de Joliette, je voulais me réinscrire à l’université pour finir un bac, mais finalement ce creux de vague-là n’a pas duré longtemps. Je pense que j’ai bien fait», affirme celui qui a ajouté une corde à son arc depuis en devenant ambassadeur et propriétaire des boutiques Chocolats favoris.

Sur ces 30 ans, Gino Chouinard en aura passé six à Québec, à la barre notamment des émissions Ciné-magazine, Zap week-end et à la chronique culturelle du Grand journal de TQS Québec, mais aussi au micro de CHIK. «C’était des années d’exploration. Durant mon université, je travaillais dans un hôpital comme préposé aux bénéficiaires tout en faisant de la télé et de la radio communautaires. Quand je suis arrivé à Québec, je faisais de l’écran pour la première fois après des années comme annonceur à TVA. J’ai pu délimiter ma zone, ma couleur, ma personnalité. Au Grand journal, on nous laissait très libre. Mon patron d’alors, Pierre Taschereau, qui est maintenant mon patron à Montréal, nous encadrait bien mais nous permettait de créer notre couleur. Le grand journal avait connu un succès phénoménal à l’époque.»

Près du record de Guy Mongrain

À la veille de battre le record de Guy Mongrain, qui a quitté Salut bonjour après 13 ans de service, Gino Chouinard ne songe pas encore au jour où il pourra rester couché le matin. «Guy est une référence, mais je ne me donne pas comme but d’atteindre son record. Je préfère me demander si j’ai encore du plaisir. J’ai une belle équipe, je ne sais pas si je vais encore être capable de me lever à cette heure-là, mais pour l’instant, quand j’y réfléchis, je n’ai pas le goût d’arrêter.» Née à l’automne 1988, l’émission est encore la référence le matin. «L’automne dernier, on a fait autour de 360 000 pour 45 parts de marché», dit avec fierté l’animateur, citant au passage la forte concurrence des multiples plateformes.

Et pourtant, il n’y a pas que des avantages à tenir la barre d’une émission aussi populaire. «La charge de travail de quatre heures de direct fait que la vie sociale est inexistante. Ma fille a 12 ans, mon fils a 9 ans, ils sont rendus à venir me donner un bisou à 20h15 avant d’aller faire de la lecture. Je ne sors jamais, c’est une de mes déceptions, j’aimerais ça aller voir des chums, des humoristes, des chanteurs, mais j’ai un choix à faire.»

Gino ne caressait pas du tout l’ambition de succéder à Guy Mongrain, ni même à Benoît Gagnon, qui l’a fait durant trois ans. «Je ne l’avais tellement pas qu’il a fallu me convaincre de remplacer Guy Mongrain à son premier été d’absence. J’avais été annonceur à Charivari, Guy était un modèle pour moi, je ne me sentais pas prêt à le remplacer.» L’animateur souffre-t-il du syndrome de l’imposteur? «Je viens d’une famille bien modeste, où il fallait laisser la place aux autres. J’ai grandi dans des commerces, mon père était postier, il s’occupait de l’hôtel de mon oncle, j’ai toujours été en contact avec le public, il a toujours fallu que je prenne peu de place. Aujourd’hui, une bonne partie de ma job est de mettre les autres en valeur. C’est comme si cette jeunesse-là, en contact avec le public, a fait de moi un bon gars de service à la clientèle. C’est comme ça que je me vois à Salut bonjour.»

Abonné au gala Artis — il a remporté son 12e trophée dimanche dans la catégorie des émissions de services — Gino Chouinard entend bien sûr ce commentaire, «c’est toujours les mêmes qui gagnent», sans toutefois le prendre personnel. «Ça ne m’insulte pas, je comprends ces commentaires. Dans ma catégorie, il y a de très belles personnalités, de bons animateurs. C’est le public qui décide, alors j’ai beau me sentir un peu coupable ou mal à l’aise comme je l’ai déjà mentionné dans mes remerciements, je n’ai pas de contrôle là-dessus. J’ai cessé de m’en faire avec ça, mais j’avoue que je me suis questionné et j’ai souhaité qu’ils en fassent gagner un autre. J’ai beau être modeste, à un moment donné, il faut que je prenne ce qui m’arrive.»

Tout le monde s’entend sur une chose : Gino Chouinard compte parmi les êtres les plus sympathiques du milieu artistique. Pas de place pour l’ego dans son cas. «Ce n’est pas valorisant de tirer sur la couverte des autres pour en prendre de son bord. Étonnamment, en agissant comme ça, je récolte davantage. Ce matin, j’ai été ébranlé par les témoignages de mes collègues. J’essaie toujours d’être un bon compagnon, un bon guide, un bon capitaine. Je suis fier d’avoir su créer quelque chose d’aussi sincère au sein de mon équipe.»

Richard Therrien

La gentillesse assumée du gala Artis

CHRONIQUE / Vous aimez vos galas bien épicés, capables de quelques méchancetés? La soirée Artis, dont TVA diffuse la 34e édition dimanche à 20h, précédée du tapis rouge dès 19h, ne mange pas de ce pain-là. Et c’est pleinement assumé, confie Jean-Philippe Dion, qui coanime la soirée avec Maripier Morin pour la deuxième année consécutive.

«Il est où le cahier de charges qui dit que, dans un gala, faut faire de l’humour incisif? C’est le fun pour qui? Pas pour le monde dans la salle, pas nécessairement pour le monde à la maison non plus», affirme celui qui porte aussi le chapeau de producteur au contenu pour ce gala de popularité. «On veut faire plaisir au monde. Le public a voté pour des gens, on est qui nous autres pour aller les critiquer devant eux?» Ce gala qui célèbre la télé, le duo d’animateurs le veut tout aussi festif et rassembleur qu’en 2018. L’an dernier, on a quand même joué safe, c’était notre premier, on a gardé une animation classique. Cette année, on se permet de faire des choses qu’on avait envie de faire dans un gala. On se délousse la cravate.»

Pour Jean-Philippe Dion, cet esprit de party rend meilleurs les remerciements des gagnants, souvent le point faible de bien des soirées du genre. «Dans un gala où tout le monde se sent un peu persécuté, c’est sûr que personne n’aura de fun. Nous, ce qu’on leur dit, c’est : “prenez votre temps, amusez-vous, ayez du fun”.» L’an dernier, les remerciements de Magalie Lépine-Blondeau, c’était du bonbon. Même chose pour Pierre Bruneau, qui a lancé une ligne coquine à sa Ginette. Tout ça me fait mourir de rire.» Pour réussir à faire prendre la mayonnaise, l’équipe fait remplir un questionnaire à tous les nommés pour connaître leur chanson de party préférée, avec le souci d’équilibrer la présence de chacun des réseaux, mais aussi de voir de nouveaux visages dans le gala.

Si vous croyez qu’une telle soirée est réglée au quart de tour six mois à l’avance, détrompez-vous. Encore lundi, on procédait à des changements et on retournait à la table d’écriture. «Je ne veux pas qu’on fasse des jokettes pour essayer de faire de l’humour de bas étage. Je retravaille beaucoup ça avec les scripteurs, Nicolas Boucher et Julien Tapp, et avec Maripier», explique Jean-Philippe.

Bien que fier du gala de l’an dernier, il en a retiré des leçons et a pris note des critiques. Notamment au sujet du choix de chanson en anglais pour Ariane Moffatt, qui reprenait What About Us de P!nk. «C’était notre erreur, on a oublié d’expliquer pourquoi», affirme l’animateur. Dans cette soirée qui célébrait les femmes et l’égalité des sexes, un tel titre pour présenter les personnalités féminines était pourtant justifié, comme l’a expliqué elle-même la chanteuse sur les réseaux sociaux au lendemain du gala. «On a beau avoir de bonnes idées, si on ne les communique pas et que les gens ne les comprennent pas, on a raté notre coup», poursuit l’animateur de La vraie nature, perfectionniste et très ouvert à la critique. «Si ce n’est pas bon ce que je fais, je veux qu’on me le dise. Dans la vie, on a toujours peur de blesser les gens. Mais c’est important de se dire la vérité, plutôt que de le regretter le lendemain du gala.»

On pourrait croire qu’un animateur de gala regarde toutes les remises de prix pour s’en inspirer. «J’ai regardé les Oscars et les galas de musique américains, et ça ne m’a pas inspiré. Ils ont un budget 1000 fois plus grand que nous, leur numéro d’ouverture coûte ce que l’ensemble de notre gala nous coûte, mais j’ai été plus inspiré par un vidéoclip de Sam Smith et Calvin Harris, Promises, pour le ton, l’ambiance, le style, plus que dans les codes de gala.»

Le mot variétés prendra tout son sens dimanche au Théâtre Denise-Pelletier, avec la présence sur scène de 18 danseurs dans une chorégraphie du duo gagnant de Révolution, Team White. Se relaieront également en musique le groupe ottavien LGS (Le Groupe Swing, composé de Michel Bénac et Jean-Philippe et connu pour son succès radio On perd la tête), Patsy Gallant, Mario Pelchat, Les sœurs Boulay, Véronique Claveau, Olivier Dion et Émile Proulx-Cloutier.

Seize trophées seront remis dimanche, y compris ceux des personnalités féminine et masculine, dont les nominations seront dévoilées durant le gala. Pierre Bruneau, Gino Chouinard et Dave Morissette risquent fort de monter sur scène encore une fois, mais les autres catégories pourraient causer des surprises comme l’an dernier, du moins, on l’espère.

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RICHARD THERRIEN

«La Voix» et «Tout le monde en parle» relativement stables

BLOGUE / L'érosion des cotes d'écoute s'est très peu fait sentir le dimanche soir cet hiver, autant à TVA que sur ICI Radio-Canada Télé. Ainsi, «La Voix» a perdu près de 60 000 adeptes par rapport à l'année dernière, ralliant en moyenne 1 945 000 fidèles pour la présente saison, comparativement à 2 004 000 en 2018, selon les données confirmées de Numeris, disponibles jusqu'au 21 avril.

Pas de panique non plus du côté de Tout le monde en parle, suivie cet hiver par 937 000 accros, comparativement à 1 023 000 l'année dernière à pareille date, une baisse de 86 000 sur ICI Radio-Canada Télé. Les deux émissions ont d'ailleurs été renouvelées pour la prochaine saison.

Seulement pour la finale de dimanche, La Voix a été vue par 2 004 000 téléspectateurs, selon les données préliminaires, qui n'incluent pas les enregistrements. L'an dernier, 2 114 000 étaient au rendez-vous.

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Richard Therrien

Le P'tit Québec

CHRONIQUE / Si le peuple avait dit Oui en 1995, le Québec aurait-il sa propre monnaie? À quoi ressemblerait son armée? Et se serait-il réellement débarrassé du débat autour de la question nationale? On pourra en avoir un aperçu dans La maison bleue, nouvelle comédie en tournage à partir de lundi, et prévue pour l’hiver prochain sur l’Extra d’ICI Tou.tv.

L’idée émane de Ricardo Trogi, qui l’a développée avec son partenaire de hockey Daniel Savoie, connu pour son personnage de Patrice Lemieux. Louis Morissette, qui collabore au scénario en plus de produire la série chez KOTV, n’a pas la prétention de vouloir décrire ce que le Québec serait réellement devenu si le Oui l’avait emporté, par une marge aussi mince que 50,5 %. Le but premier de La maison bleue reste de nous faire rire.

Guy Nadon, à qui on pensait pour jouer le président Hamelin, est la première personne après la direction de Radio-Canada à qui KOTV a fait lire le projet. «Il nous a dit : “j’ai tellement ri, je veux le faire!” Ça nous a beaucoup rassurés», raconte le producteur, qui parle d’un président de bonne foi, «qui ne veut surtout pas être le premier à échapper le Québec». Anne-Marie Cadieux jouera son épouse, un peu désœuvrée, qui parle très peu anglais, une situation embêtante quand le président américain décide d’honorer le Québec de sa visite. Le couple a une fille, interprétée par Anyjeanne Savaria.

Ce Québec indépendant sera donc un petit pays ne jouissant pas d’une grande reconnaissance à l’international, et sclérosé systématiquement par une question référendaire. «Il reste quand même 49,5 % des Québécois qui ont hâte de retourner dans le Canada. On n’en sort jamais de la christie de question!» C’est aussi un pays qui dispose de moyens limités, ce qui se traduit par une armée un peu dégarnie, dirigée par le général Charrette, joué par Roger Léger. Sachez que les auteurs ont imaginé un Québec qui a sa propre monnaie. Curieux de savoir qui apparaîtra sur les billets de 5, de 10 et de 20 dollars, des gens assurément plus contemporains que les Laurier, Élisabeth II et Mackenzie King de la monnaie canadienne.

L’idée de La maison bleue est différente de tout ce que reçoit Louis Morissette comme propositions chez KOTV. Peu de comédies au Québec ont eu la politique comme trame de fond. La dernière, Si la tendance se maintient, remonte à 2001 et racontait qu’on pouvait faire élire n’importe quel imbécile, en l’occurrence Alain Gagnon, joué par Michel Côté.

Même s’il s’agit d’une série politique, le producteur croit que ce sont par les personnages et non par son sujet que le public risque d’embarquer. «Il faut qu’on les aime. La trame de l’amitié, de la famille, de l’adolescente qui ne suit pas les décisions de son père, est importante. L’entourage du président compte aussi pour beaucoup.» Geneviève Schmidt agira comme directrice des communications, Claude Despins, comme vice-président, et Dominic Paquet, comme garde du corps.

Dans l’histoire, la maison bleue présidentielle est située à Sillery, même si dans les faits, on tourne en très grande majorité à Mont­réal. «C’est une belle maison, mais comme dit Ricardo [Trogi], il lui a manqué 20 millions pour qu’elle ait l’air de la Maison-Blanche», s’amuse Louis Morissette. Vous y retrouverez une reproduction du bureau ovale et de la salle de crise. L’équipe tournera trois jours à Québec.

La maison bleue reste une comédie, marquée par toutes sortes de situations loufoques. En manque de ressources naturelles, le président américain souhaite échanger une partie du Québec, collée sur le Vermont, en échange d’une partie de la Floride. Le président Hamelin a aussi un voisin envahissant, un fédéraliste acharné, qui a gagné à la loterie et qui est venu s’installer à côté du président, «juste pour le faire chier».

Avant que les accusations fusent, on dit que La maison bleue ne prendra parti pour aucune option politique, de droite ou de gauche, et envisage de tirer partout. «Personne n’a l’air d’un prix Nobel» parmi les personnages, confirme Louis Morissette. «En comédie, les gens les plus gaffeurs sont les plus drôles. C’est la joke qui nous mène. On n’a pas d’agenda.»

RICHARD THERRIEN

Le top 10 du mardi 16 avril 2019

BLOGUE / «Bonsoir bonsoir!», qui a obtenu un faible auditoire de 292 000 téléspectateurs mardi soir sur ICI Radio-Canada Télé, se classe à la 11e position du palmarès des émissions les plus regardées, exclu du top 10. Le talk-show devance toutefois «L'arme fatale», suivie par 275 000 adeptes à TVA. Les chiffres devraient être plus élevés pour mercredi, alors que Jean-Philippe Wauthier recevait des vedettes de «District 31» à la veille de la finale.

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D'ailleurs, le top 10 est une nouvelle fois largement dominé par la quotidienne de Luc Dionne avec 1 388 000, suivie du Tricheur, vu par 852 000 fidèles à TVA. Le quatrième match opposant le Lightning aux Blue Jackets a été suivi par 376 000 amateurs à TVA Sports, ce qui lui donne la septième position du classement. À Télé-Québec, Passe-Partout trouve la faveur de 214 000 petits et grands à 18h.

1- District 31 (ICI Télé): 1 388 000

2- Le tricheur (TVA): 852 000

3- TVA Nouvelles 18h (TVA): 826 000

4- La facture (ICI Télé): 630 000

5- District 31: le documentaire (ICI Télé): 393 000

6- TVA Nouvelles 22h (TVA): 390 000

7- LNH: Séries éliminatoires (TVA Sports): 376 000

8- Le téléjournal 18h30 (ICI Télé): 338 000

9- World of Dance: la compétition (TVA): 326 000

10- Le téléjournal 18h (ICI Télé): 320 000

Source: Numeris

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