Simon Dumas, fondateur et directeur artistique de Rhizome

Rhizome: 20 ans à promouvoir la poésie

En botanique, le rhizome est un plant qui court dans toutes les directions horizontales, sans hiérarchie. Il y a 20 ans, l’image avait plu à Simon Dumas, alors à la recherche d’un nom pour le nouvel organisme culturel qu’il venait de créer, voué «à la création en matière d’expression littéraire hors du livre».

«Au début, le titre que j’avais trouvé était radicelle, une subdivision de racines qui se ramifient. Mais ça faisait un peu spectacle jeunesse. J’ai trouvé qu’il y avait une métaphore philosophique dans le terme rhizome. Ça reflétait bien la démarche interdisciplinaire qu’on voulait mettre de l’avant», explique le jeune passionné de poésie, toujours à la barre de Rhizome à titre de directeur artistique.

«On met en scène des écrivains, sous plusieurs formes, que ce soit le roman, la nouvelle ou le polar. Mais la poésie se prête bien aux types d’expérimentations multimédias qu’on fait», précise-t-il, en entrevue dans son bureau du Centre culturel Frédéric-Back, avenue de Salaberry.

C’est alors qu’il était étudiant en littérature à l’Université Laval que Simon Dumas a eu l’idée de tenir des soirées où le verbe serait à l’honneur. «Mes premières motivations étaient personnelles. J’avais envie d’organiser une soirée de poésie et j’avais envie d’être dedans. Moi et mes amis Marc Doucet et Yannick Renaud admirions des poètes dont plusieurs étaient nos professeurs. Les premiers spectacles étaient des cabarets, avec lectures de poèmes, musique et projections de diapos expérimentales. On a intégré plus tard des décors et des courts-métrages. On avait loué une salle à Méduse. Notre budget était de 1000$ et la salle coûtait... 1000$.»

S’il y a une fierté que retire Simon Dumas des deux décennies d’existence de Rhizome, c’est «d’avoir amené des écrivains de tous genres, poètes ou romanciers, devant des publics autres que ceux acquis à la littérature». Au fil des ans, quelque 200 auteurs et autrices ont pris part aux activités de l’organisme : Érika Soucy, Christian Lapointe, Bertrand Laverdure, Mathieu Arsenault, Nicole Brossard, Juliette Bernatchez… Rhizome s’est également beaucoup promené, au Québec et à l’extérieur des frontières, notamment en Europe.

Le socle de la littérature

Simon Dumas ne peut dire d’où lui vient cet amour de la poésie. «Ça reste un mystère. Je crois que j’avais une capacité à projeter mon imaginaire, à lire entre les lignes.» Il se remémore l’effet marquant qu’a eu sur lui la prose de Jacques Geoffroy. Michèle Lalonde lisant son Speak White l’avait littéralement «jeté par terre». Il a regardé en boucle, à s’en user les rétines, la cassette VHS de La nuit de la poésie, à la Cinémathèque de l’Université Laval.

Lui-même auteur de cinq livres de poésie, le natif de Saint-Anselme, dans Bellechasse, refuse de croire que ce genre de littérature soit élitiste ou difficile d’accès. À son avis, il suffit de faire preuve d’ouverture. «Pour moi, la poésie est la forme littéraire la plus libre. Il n’y a pas de règles, on fait ce qu’on veut. Il y a moins de choses qui sont données, comme dans un roman, pour combler les trous. Il y a un degré d’efforts à faire pour les remplir. La poésie est simplement en genre plus troué que les autres. C’est ce que j’aime. Je vais à la rencontre d’une expérience (…) La poésie est le socle de la littérature. Toute la littérature est construite sur elle. Le reste ne sont que des déclinaisons.»

Le 20e anniversaire de Rhizome fera l’objet d’une fête au Centre Horizon (4e Rue), jeudi, à compter de 17h.