Retour sur l'expo Cohen (avec Ari Folman)

BLOGUE / J'ai eu la chance de visiter l'expo "Leonard Cohen - Une brèche en toute chose" la semaine derrnière, qui est présentée au Musée d'Art contemporain de Montréal jusqu'au 9 avril. Je me permets d'y revenir dans le blogue pour diverses raisons, notamment parce qu'un an après sa disparition, il semble qu'on commence tout juste à réaliser l'immense legs de l'artiste.

Cette exposition -dont j'ai traité plus en détail ici- permet une immersion bien particulière dans l'art et le parcours de Cohen. Il y a beaucoup pour les yeux, mais beaucoup pour les oreilles aussi, avec des reprises très pertinentes de son répertoire par des artistes aussi divers que Sharon Robinson, Ariane Moffatt ou The National.

Pour les néophytes de l'art contemporain, cette expo est par ailleurs une très bonne porte d'entrée. Il y a des propositions vraiment réussies, comme celle de Candice Breitz, où l'on est entouré par des fans de Cohen, qui chantent son répertoire a cappella.

Cohen, l'homme, se révèle aussi, en filigrane, avec ses propres mots, tirés de performances, de monologues ou d'entrevues, mais avec la pudeur et la discrétion qu'il a pu avoir tout au long de sa vie.

«I'm Your Man», de Candice Breitz, avec 18 fans qui chantent, présentés sur des écrans installés en cercle.

Parmi les nombreux artistes qui ont participé à l'expo, on retrouve le cinéaste Ari Folman, auquel on doit l'excellent Valse avec Bashir, qui en est à sa toute première expérience dans un musée. Sa chambre de dépression, où l'on entre un à un sera sans doute l'une des installations les plus difficiles à apprécier, à moins de vous présenter aux heures de faible affluence, puisque c'est une personne à la fois qu'on y prend place, couché, pour une écoute de Famous Blue Raincoat, avec diverses projections. Cela dit, l'attente vaut la peine...

Au terme de ma visite, j'ai discuté avec Folman, qui m'a raconté son premier souvenir de Cohen, lié à sa soeur. Celle-ci, à la suite d'une douloureuse rupture, s'était emmurée dans sa chambre et faisait tourner son vinyle de Cohen en boucle. Toute la famille était inquiète de ne pas la voir ressortir, mais le paternel avait dit que, tant qu'on entendrait Cohen -c'était l'époque où les tourne-disques étaient la norme- c'était qu'elle était encore vivante! Elle avait fini par sortir de sa chambre amaigrie, mais délivrée du plus gros de sa peine. On comprendra que c'est cette étonnante histoire qui a inspiré à Folman sa Chambre à dépression.


Folman m'a aussi partagé son admiration pour Cohen. J'avais dû retrancher ce segment dans mon papier d'origine, faute d'espace. Je le reproduis ici, car il synthétise très bien la trajectoire du poète disparu.

«C'était un artiste courageux. Les transitions qu'il a faites durant toute sa vie sont assez fascinantes. Débutant comme un écrivain, puis poète. Après 4-5 albums, changer de style de musique, puis disparaître, essayer différentes religions et forcé de faire ce retour sur scène à l'âge de 74 ans, car il s'était fait voler son argent. Ensuite, cette tournée qui a connu tellement de succès, même s'il n'avait plus la même façon de chanter qu'à ses 30 ans... C'était comme une différente personne, mais qui rejoignait autant de monde. C'est une histoire unique. Ce n'est pas comme les Rolling Stones, qui vont donner le même concert qu'à leurs 20 ans et qui sautent comme des fous! C'était une renaissance, comme un autre artiste...»

Nul doute que ce parcours est unique et l'expo au MAC permet d'en saisir l'ampleur de manière intelligente et originale. J'ai grandement apprécié et je compte bien y retourner, n'ayant pas pu, par contrainte de temps, entendre l'entièreté du matériel audio qu'il y avait là. Vous y serez?

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L'oeuvre «Je pense que je te suivrai bientôt» montre le cabinet de travail de Cohen.