C’est l’ancien Chick’n Swell Daniel Grenier qui a eu comme mandat de « déconfiner » le Vieux Clocher de Magog samedi soir, devant une salle d’environ 85 personnes (toutes à deux mètres les unes des autres), avec son spectacle « J’adore ». L’humoriste a mené à bien sa mission avec son humour à la fois naïf, absurde et partant dans toutes les directions.
C’est l’ancien Chick’n Swell Daniel Grenier qui a eu comme mandat de « déconfiner » le Vieux Clocher de Magog samedi soir, devant une salle d’environ 85 personnes (toutes à deux mètres les unes des autres), avec son spectacle « J’adore ». L’humoriste a mené à bien sa mission avec son humour à la fois naïf, absurde et partant dans toutes les directions.

Réouverture du Vieux Clocher de Magog : pause cérébrale avec Daniel Grenier

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
Critique/ En matière d’échappatoire aux pressions du confinement, on peut dire que Daniel Grenier était un excellent choix pour la réouverture du Vieux Clocher de Magog samedi soir. Avec son humour à la fois naïf et absurde, voire TDAH (sa prestation tient davantage de l’enfilade de gags que du spectacle avec fil conducteur), l’ancien Chick’n Swell a vraiment fait du bien aux quelque 85 personnes au rendez-vous.

Même si on était loin des 400 spectateurs que peut contenir la salle, et en dépit des deux mètres entre chaque table, l’ambiance n’a pas fait défaut, la qualité du public étant au rendez-vous. Le Victoriavillois s’est retrouvé devant un auditoire rompu à son humour et qui n’a pas été désarçonné par l’absurdité extrême, voir le non-humour sauce Grenier.

« Tantôt j’ai entendu quelqu’un dire : host… qu’il est con! Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas entendu ça! C’est fou comme cette phrase m’a fait du bien! » de confier l’artiste avant de repartir dans ses délires plus ou moins contrôlés.

Dans le paysage multicolore de l’humour québécois, aucun doute que Daniel Grenier a sa place, ne serait-ce que par l’utilisation intelligente du visuel et des accessoires. En cette époque où le stand-up est roi, la plupart de ses homologues ne s’armant que d’un micro et d’un projecteur, le mec débarque avec trois valises pleines. C’en devient même un élément de « suspense », tellement on se demande quel sera le prochain objet qu’il en tirera.

On doit même saluer l’humoriste pour son aptitude à ne pas se mélanger dans la succession de ses blagues et des « gréements » associés. Remarquez, la majorité des gags sont tellement courts et indépendants les uns des autres qu’il pourrait facilement, ni vu ni connu, replacer plus loin celui qu’il a oublié — et on le soupçonne de l’avoir fait probablement une fois ou deux samedi soir.

Le chat de Kiss

Hormis sa propension à se poser des questions que personne ne se pose (pourquoi le batteur de Kiss a un maquillage de chat?) et à imaginer toutes sortes de scénarios échevelés comme réponses, le Sylvifranc excelle particulièrement à détourner des jouets de leur dessein original (la plupart du temps de façon très osée). Dans les mains de Daniel Grenier, un livre pour apprendre les mots pourrait soudainement se vendre dans une boutique érotique…

Mais la plupart du temps, son humour tient davantage du regard enfantin, de celui qui voit tout ce à quoi les grandes personnes ne penseraient jamais, par exemple que Couche-Tard devrait se rebaptiser Couche-Jamais… avec une enseigne en conséquence.

Grenier est également un bruiteur hors pair, et plusieurs de ses mini-numéros s’articulent sur la reproduction, à échelle « pas du budget », de grands classiques de la culture populaire, surtout celle de la télé et du cinéma. Encore là, il y a une forme de suspense à le voir lentement mettre en scène une blague qui ne durera que quelques secondes. Mais comme il tombe toujours sur la coche, l’effet est réussi. Attendez de voir ce qu’il fait avec un petit ventilateur et deux pogos…

Ce serait injuste de passer sous silence toute la composante musicale de la prestation, la soirée comportant plusieurs chansons complètement déjantées (majoritairement à la guitare, mais aussi au petit orgue Casio), certaines ne durant qu’une mesure, d’autres plus élaborées, comme l’hilarante audition à La Voix.`

Quelques-unes fonctionnent mieux que d’autres. Avec le poussin sur la tête, Grenier pousse vraiment l’absurdité à l’extrême, ce qui peut expliquer qu’une partie du public semblait moins suivre. Mais il pouvait compter sur les admirateurs de la première heure, à qui il a offert une chanson des Chick’n Swell.

À la fin, l’humoriste aura bellement réussi à faire décrocher des tensions ambiantes : à le voir mettre ainsi tous les neurones en pause, on a juste envie d’en faire autant.

L'humoriste a enfilé une tête de chat à un moment du spectacle.