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Le réalisateur Nicola Lemay
Le réalisateur Nicola Lemay

Réouverture des cinémas : «C’est presque un miracle» pour Félix et le trésor de Morgäa

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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Si Nicola Lemay devait adopter une maxime, ce serait certainement : tout vient à point à qui sait attendre. Après une fructueuse carrière en animation auprès de l’ONF, des studios hollywoodiens et des collaborations en France, son premier long métrage arrive enfin — à 50 ans! Et Félix et le trésor de Morgäa aura la chance de prendre l’affiche à la réouverture des cinémas, le 26 février, après une longue interruption provoquée par la COVID-19. «C’est un beau cadeau!»

«C’est inespéré. J’avoue que j’avais fait une croix là-dessus et que j’étais serein», explique le réalisateur en entrevue au Soleil par visioconférence. Alors que «malgré la pandémie, on sort au moment visé par le distributeur. On est vraiment chanceux, c’est presque un miracle.»

D’autant que cette sortie fut même publicisée par le premier ministre Legault la semaine dernière en conférence de presse comme le film à aller voir en famille à la relâche!

Il raconte l’histoire de Félix, 12 ans, qui part avec son chat Ulysse à la recherche de son père avec l’aide de Tom et de son perroquet Quack. Il y en a pour tous : les animaux pour les tout-petits, le garçon pour les enfants et le vieux marin pour les adultes, fait valoir Nicola Lemay. L’équipage échouera sur une île où la mégalomane Morgäa dirige une secte prête à tout pour obtenir l’immortalité.

Et l’action s’y déroule ici, au large des Îles-de-la-Madeleine. «C’est tellement magique!» Fait non négligeable, le directeur artistique Philippe Arseneau Bussières est Madelinot.

L’action s’y déroule au large des Îles-de-la-Madeleine.

Un contexte important, souligne le réalisateur en évoquant qu’il aurait aimé, plus jeune, voir des films d’animation dont l’action se déroulait au Québec (il y a eu, un peu plus tard, en images réelles la série des Contes pour tous). Sa productrice Nancy Florence Savard et lui partagent la même vision : «On veut mettre le Québec de l’avant.»

Cela dit, ce ne sont pas les magnifiques paysages de l’archipel qui furent la source d’inspiration, mais les phares! Nicola Lemay leur voue une passion qui ennuie beaucoup ses filles. N’empêche : c’est grâce à eux qu’il a imaginé un garçon qui en gravit les marches pour regarder au loin s’il voit le bateau de son père rentrer à bon port.

Une stimulation visuelle lui sert d’élément déclencheur pour «développer une histoire». Ce synopsis ne faisait toutefois pas un long métrage pour autant. Il lui fallait un scénariste, un «métier pour lequel j’ai beaucoup de respect», en l’occurrence Marc Robitaille (Histoires d’hiver, Un été sans point ni coup sûr…). «J’aime travailler en équipe, c’est dans ma nature.»

C’est ce dernier qui a développé le volet entourant Morgäa et sa fontaine de Jouvence. Si le thème majeur s’avère la quête de Félix — littéralement «au premier degré : il cherche son père» —, la question de la vieillesse et la mortalité occupe aussi une place importante dans le film. N’est-ce pas un peu étrange pour des enfants?

«C’est un défi. Mais j’ai fait attention pour toujours raconter du point de vue de Félix. Que Tom soit proche de mourir, c’est abstrait pour lui. De même, savoir que Tom resterait sur l’île, immortel, mais qu’il ne pourrait jamais être avec lui, qu’est-ce que ça donne? Dans la tête d’un enfant, il veut que son papy soit avec lui. Que Tom soit éternel, mais coincé sur une île, c’est comme le paradis finalement. Les enfants peuvent quand même savoir quelques trucs là-dedans», croit-il en traçant un parallèle avec certains thèmes «flyés» développés par Pixar (le récent Âme navigue en effet dans les mêmes eaux).

Divertir et faire réfléchir

Qu’on se rassure : la facture loufoque de Félix et le trésor de Morgäa s’inscrit tout à fait dans le créneau des films familiaux — et certains liens filiaux. Son père Jean-Guy s’avère être le créateur de Bojoual le huron-kébékois, personnage au cœur de trois bandes dessinées entre 1973 et 1976.

Comme Obélix, Nicola Lemay est tombé dedans quand il était petit. Il concède des références aux BD franco-belges des années 1960-1970 (avec des «clins d’œil» à Spirou et à Astérix). Mais également à des cinéastes des années 1980 comme Spielberg et Robert Zemeckis (Retour vers le futur, Forest Gump) qui ont marqué son imaginaire.

Ce qui explique dans sa démarche une volonté conjuguée de divertir et de faire réfléchir, croit-il. «C’est peut-être le fait que j’ai été à l’ONF longtemps. On n’y fait pas des films pour rien. Je trouve aussi que chaque film, c’est un privilège puisqu’il y a de l’argent public. On a une certaine responsabilité par rapport à ce qu’on raconte.


« Mais je crois au divertissement : comédie, film d’action… Sauf que quand on touche à la jeunesse, je trouve important de faire réfléchir à une certaine thématique. Comme la famille dans Félix… Je trouve que ça enrichit le divertissement quand il y a une profondeur, une sensibilité, qui donnent plus de relief et de tonus au film. »
Nicola Lemay

Une part éducative, certes, mais sans tomber dans le prêchi-prêcha, en évitant d’être trop moralisateur, d’une part, ou prétentieux, d’autre part, plaide le réalisateur. «C’est un turn-off pour moi et je pense que les enfants le sentent. C’est une question d’équilibre afin de trouver le juste milieu.»

De la même façon, Nicola Lemay revendique «une certaine lenteur» dans le déroulement du film afin que les spectateurs ne deviennent pas insensibles à ce qui se développe sous leurs yeux si le rythme est effréné.

On verra si la concoction procure satisfaction. En attendant, Nicola Lemay co-réalise, avec Christine Dallaire-Dupont, Béluga Blues et prépare une suite aux aventures de Félix.

Félix et le trésor de Morgäa prend l’affiche le 26 février.