Byron Mikaloff des Lost Fingers 

Rencontres d'un soir

Vous souvenez-vous de Cogne-Fou? De la rencontre entre Jean-Jacques Goldman et Robert Charlebois? De celle entre Chick Corea et Gary Burton? Des moments uniques.
The Lost Fingers, une tête d'affiche «made in Québec»
9 juillet 2009 / Même lorsqu'il a pris un important virage international, partant à la chasse de grandes vedettes, le Festival d'été s'est efforcé de ne pas négliger les talents d'ici, jouant un rôle de premier plan dans l'ascension de certains. C'est ainsi qu'en 2009, on confiait aux Lost Fingers le mandat de lancer les festivités sur les plaines d'Abraham.
«On a fait l'ouverture, ce qui est le plus grand honneur, s'enthousiasme encore le guitariste du groupe, Byron Mikaloff. Je ne sais pas si, dans l'histoire de la ville de Québec, il y a déjà eu un artiste de la ville qui a fait l'ouverture...»
De fait, depuis que le FEQ a commencé à recruter les incontournables du rock, de la pop, du metal ou du hip-hop pour sa vaste scène, les talents locaux se sont surtout chargés de faire les premières parties, que ce soit Mute pour The Offspring ou Dance Laury Dance pour Metallica. Mais les Lost Fingers, eux, ont eu droit à la totale, montant sur les planches en tête d'affiche, avec les Michel Louvain, Daniel Lavoie, Stéphanie Lapointe, Plastic Bertrand et autres Compagnie Créole.
«C'est certainement dans le top 3 de nos shows à vie!» lance Mikaloff.
Le FEQ a par ailleurs suscité diverses rencontres entre les artistes québécois et ceux de l'étranger. D'aucuns se rappelleront, par exemple, que DJ Ram avait enregistré avec René Lacaille et Debashish Bhattacharya durant l'événement de 2002. 
John Jorgenson
Les Lost Fingers, eux, ont fait une rencontre déterminante en 2008. Le groupe, alors trio, jouait au pub Saint-Alexandre, en première partie du multi-instrumentiste et réalisateur John Jorgenson (Bob Dylan, Johnny Cash, Roy Orbison, Barbra Streisand). Entre le moment où ils avaient été programmés et le moment où ils s'étaient produits, les Lost avaient vu leur popularité exploser au point où il y avait une importante file d'attente au Pub, ce qui n'avait pas échappé à l'attention de Jorgenson. 
«D'habitude, pour des shows de jazz manouche, t'as un public de 50 personnes, alors ça l'a impressionné, raconte Mikaloff. Notre rencontre s'est faite là, on a échangé des numéros. C'est à ce moment-là que j'ai découvert qu'il était aussi doué à la clarinette et sur des instruments ethniques et qu'il avait joué avec Elton John et plein d'autres musiciens.»
Quand est venu le temps d'enregistrer l'album Gypsy Kameleon, Mikaloff a contacté Jorgenson pour qu'il mette sa touche sur une chanson. Il a finalement touché à trois d'entre elles. Et par la suite, la complicité a grandi au point où l'Américain est devenu le réalisateur attitré du band, rejoignant même les Québécois sur scène, de temps à autre.
«Il est devenu un super bon ami en plus. Ça va plus loin que le travail, c'est la plus belle rencontre que le Festival d'été pouvait nous offrir.»
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Deux bêtes sacrées
Jean-Jacques Goldman et Robert Charlebois ont partagé la scène en 1986.
13 juillet 1986 / À l'été 1986, Jean-Jacques Goldman est au zénith de sa popularité. Le Français, qui s'était jusque là fait discret sur les scènes québécoises, a remédié à la situation en clôture du 19e Festival d'été dans un concert-événement lors duquel il a partagé l'affiche avec Robert Charlebois.
Les deux chanteurs se sont pointés au Pigeonnier fort bien entourés, chacun ayant amené son groupe de musiciens. Malgré la pluie qui n'a jamais cessé, une foule estimée par les organisateurs à 15 000 personnes a assisté au spectacle. Dans sa recension, le journaliste du Soleil, Louis Tanguay, imageait que «jamais autant de mains mouillées n'avaient applaudi» en même temps à Québec.
Robert Charlebois, qui dit garder un très bon souvenir de cette soirée, en aurait de son côté pris un peu plus, selon ce qu'il nous avait confié à son retour au FEQ en 2013. «Ça tombait comme des cordes, ça n'avait pas arrêté une minute, avait-il raconté. C'était télévisé et les images étaient très, très belles. Mais les gens n'aiment pas ça quand il pleut. Ils se tiennent après leur parapluie et ils n'applaudissent pas. Et comme les applaudissements sont le pain de l'artiste, nous, on n'est pas nourris!»  Geneviève Bouchard
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Cogne-Fou, supergroupe olympique
Cogne-Fou avait présenté au Festival d'été un spectacle monté à l'occasion des Jeux olympiques de Montréal.
17 juillet 1976 / Vous êtes impressionnés de voir King Crimson partir en tournée avec quatre batteurs? Sachez qu'en 1976, Cogne-Fou, un supergroupe québécois réunissant des membres d'Harmonium, de Beau Dommage, de Contraction, de l'Infonie et de Conventum, exploitait déjà l'idée, offrant ce qui allait devenir, cette année-là, le concert le plus couru du Festival d'été.
«On n'en revenait pas, la cour du Séminaire débordait, se remémore Michel Rivard, qui faisait partie de l'équipe de 14 musiciens. C'était une époque bénie où tu n'étais pas obligé d'avoir des gros hits à la radio pour attirer le monde. C'était quand même pointu, on ne jouait pas de la musique de Beau Dommage ou d'Harmonium, c'était de la musique créée sur mesure et des sketches écrits pour ça.» 
À l'origine, le spectacle de Cogne-Fou avait été monté dans le cadre des festivités entourant les Jeux olympiques de Montréal. Une représentation avait eu lieu à la place des Arts, après quoi une offre était venue pour Québec. 
Le bassiste Yves Laferrière avait eu la mission de mettre cette production sur pied. Il avait réuni l'imposante troupe autour des batteurs Mathieu Léger (Conventum), Denis Farmer (Harmonium), Richard Perrotte (Contraction) et Ysengourd Knörh (L'Infonie) afin que le spectacle porte bien son nom, soit Cogne-Fou, un show de percussions et de répercussions.
«On avait monté un show comme ça, avec quatre batteurs, pour que ça groove tout le temps, se remémore Laferrière. On avait des pièces de funk, de world-beat... C'était vraiment une création collective.»
Loin de se prendre au sérieux
Si la musique instrumentale avait le beau rôle, enjolivée par l'apport de trois choristes - Judi Richards, Estelle Ste-Croix et Christiane Robichaud - Cogne-Fou était loin de se prendre au sérieux. Michel Rivard, qui jouait de la guitare dans la bande, s'était aussi chargé des interventions avec un humoriste qui allait bientôt connaître une belle carrière: Claude Meunier.
«On avait écrit La légende de Cogne-Fou, se remémore Rivard, entre deux éclats de rire. C'était une espèce de légende orientale où l'on racontait la légende des drummers fous; un texte drôle et absurde pour raconter l'affaire! Il y avait aussi ce qui allait devenir un des fameux sketches de Paul et Paul: Les policiers montés, mais à cette époque, ils étaient des soldats. On était deux soldats canadiens qui cherchaient des drogués dans le rayon des viandes surgelées!»
Avant que le concert ne soit présenté, le journaliste du Soleil, Louis-Guy Lemieux, prédisait «ce soir, la fête se terminera en apothéose». Il avait vu juste: quelque 4000 spectateurs étaient debout dans la cour du Séminaire, un lieu où l'on pouvait habituellement en asseoir 2200...
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La complicité jazzée de Corea et Burton
Le pianiste Chick Corea et le vibraphoniste Gary Burton
7 juillet 1980 / L'un des traits distinctifs du Festival d'été est bien sûr son caractère généraliste. Au fil des ans, nombre de branches stylistiques ont eu droit de cité, qui plus est avec de dignes représentants.
En 1980, deux grands du jazz donnaient rendez-vous aux amateurs dans la cour du Séminaire de Québec: le pianiste Chick Corea et le vibraphoniste Gary Burton. Les deux hommes avaient collaboré sur une base régulière durant la décennie 70, acquérant une complicité qui est apparue indéniable lors de leur visite. 
Formule dépouillée
La formule, dépouillée, impliquait une grande écoute et complicité du public. Et justement, elle y était, doublée d'un vif enthousiasme, si bien que cette rencontre n'était pas que celle des deux jazzmen, mais aussi des musiciens avec les spectateurs: «le petit brun et le grand blond ont donné un show parfait en tous points, perfection en grande partie attribuable à cette belle réaction du public», écrivait Jean-Pascal Souque, pour Le Soleil. «Dans cette tapisserie habilement tissée de questions/réponses et commentaires, la trame laissait clairement paraître que là, un plus un faisait beaucoup plus que deux», ajoutait-il.