De gauche à droite : Marjorie Champagne, Julia Caron et Caroline Stephenson
De gauche à droite : Marjorie Champagne, Julia Caron et Caroline Stephenson

Rencontre avec les morning women de Québec [PHOTOS et VIDÉOS]

Tous les matins, leur voix réveillent Québec. C’est la première fois de l’histoire de la capitale que trois morning women animent simultanément une émission matinale, un poste traditionnellement occupé par leurs homologues masculins. Le Soleil a rencontré ces trois femmes pétillantes et colorées pour discuter de leur vision de la radio de Québec de demain.

Les trois femmes sont assises à une table à pique-nique au parc Victoria, au centre-ville de Québec. L'entrevue se transforme vite en discussion animée sur leur réalité d’animatrice. Se lever aux aurores ? Aucun problème pour ces trois animatrices pleines d’énergie. Ce qu’elles préfèrent, c’est le privilège de commencer leur journée dans la ville qui se réveille.

«On ne peut pas faire abstraction qu’à la radio, surtout les shows du matin, des mornings women, il n’y en a vraiment pas beaucoup», déclare Marjorie Champagne, animatrice de Québec, réveille! Sur les ondes de CKIA 88.3. «Là, on est trois, ce qui est vraiment enthousiasmant».

À travers leurs parcours bien différents, elles ont leur façon d’aborder le monde qui les entoure : Caroline Stephenson, animatrice de l’émission Les matins éphémères à CKRL 89,1, est avant tout comédienne, mais n’a jamais réellement laissé le micro. Julia Caron, animatrice en anglais de Quebec AM sur les ondes de CBC radio, a monté les échelons des médias étudiants d’Ottawa jusqu’à son poste d’aujourd’hui sans jamais lâcher prise. Marjorie, elle, a commencé en enseignement tout en ayant collaboré avec la Fabrique culturelle de Télé-Québec.

Caroline Stephenson, animatrice de l’émission <em>Les matins éphémères</em> à CKRL 89,1

Trouver sa voix

Être animatrice à la radio, c’est un travail de longue haleine. «Ce n’est pas un sprint, mais un marathon », déclare Marjorie. «I have that written on my desk!» s’exclame Julia en riant. Un rôle qui les habite à toute heure du jour et de la nuit et où il est parfois difficile de poser des limites.

Ce métier, elles veulent le faire avec rigueur tout en restant authentiques. «C'est sûr que mes expériences en tant que femme, parent, personne queer, font partie de mon parcours et influencent la façon que j’ai de poser des questions, ce que je priorise [dans ma couverture de l’actualité]», décrit Julia, animatrice de Quebec AM sur les ondes de CBC, dans un franglais charmant. «Il ne faut pas se cacher en se disant: “I am the objective journalist. Je connais les bonnes questions et j’ai toujours la bonne réponse”. Je crois que les gens cherchent ça de plus en plus».

Leur voix, leur ton, elles les cherchent encore malgré l’expérience. 


« J’aime ça faire de l’humour, un peu d’opinions, mais en même temps je veux respecter mon éthique de travail. »
Marjorie Champagne

«Je veux que personne ne se sente lésé dans ce que je dis». Dans son émission à la saveur féministe et de gauche, Marjorie aime aussi adopter un ton pédagogique.

Avec l’expérience, elle a appris àgérer l’imprévu, parce que, comme elle aime le dire : «Ça reste deux heures d'improvisation sans filet, il peut arriver n'importe quoi».


« C'est pas grave à quoi ressemble notre face, si on est maquillé le matin. Les gens entendent notre voix et dans notre voix, il y a notre personnalité, nos anglicismes, nos expressions »
Caroline Stephenson
Julia Caron, animatrice en anglais de <em>Quebec AM</em> sur les ondes de CBC radio

Faire parler tout le monde

Que ce soit Caroline et Marjorie à la radio communautaire ou Julia au sein du service public, elles s’efforcent toutes de créer une émission plurielle. «On peut juste parler du fait que nous sommes trois femmes blanches», note Julia en dénonçant le manque de diversité dans nos médias.

«C’est important la diversité parce que sinon ça revient tout au même», ajoute Marjorie. «Si on regarde le paysage des radios privées, c’est problématique. C'est tous des gars. On dirait qu'il pense qu'on n’est pas capable», s’insurge-t-elle.

Marjorie Champagne, animatrice de <em>Québec, réveille!</em> Sur les ondes de CKIA 88.3

Sous l’ombre d’un arbre d’une belle après-midi du début de l’été, elles refont le monde de la radio. Selon elles, les gens sont de plus en plus prêts pour cette diversité, de genre, d’origine, d’accent : «Quand on parle de question de langage sur nos émissions, les gens nous remercient de mettre des gens en onde qui n'ont pas un anglais parfait», insiste Julia. 


« Entendre des accents de la Gaspésie, de la Basse-Côte-Nord, c'est fucking beau et c’est ça le Québec »
Julia Caron

Elles s’efforcent aussi de mettre des ressources à la disposition de leur auditoire. Elles veulent faire parler des organismes qui viennent en aide à la population ou des gens qui revendiquent une plus grande justice sociale. «J’ose croire que je rétablis la balance dans le paysage radiophonique de Québec quand je fais ça», explique Marjorie.

Tellement de rencontres et d’interviews les ont marqués tout au long de leurs carrières, mais elles s’entendent toutes sur deux invités qu’elles souhaitent recevoir à leur micro : le maire de Québec, Régis Labeaume, qui n’a jamais accepté leurs invitations, et Céline Dion. Pourquoi pas pour une interview simultanée ? Les invitations sont lancées.