Réhabiliter Berthe Morisot au MBNAQ

Monet, Renoir, Cézanne, Degas, Manet : des noms qui évoquent instantanément l’impressionnisme. Morisot? Le son de cloche est beaucoup plus faible… Et pourtant, la peintre n’en est pas moins un pilier du mouvement pictural de la fin du 19e siècle.

C’est pour corriger cette injustice historique que quatre musées se sont associés dans la création d’une rare exposition sur Berthe Morisot, présentée en primeur au Musée national des beaux-arts du Québec, cet été, avant de partir en tournée internationale. 

«L’idée de cette exposition, c’est véritablement de redonner le statut d’artiste à part entière à Berthe Morisot», explique Sylvie Patry, conservatrice générale du musée d’Orsay, à Paris, et co-­commissaire de l’exposition avec Nicole R. Myers, conservatrice au Dallas Museum of Art. Outre ces institutions et le MNBAQ, la Fondation Barnes et le musée de l’Orangerie ont aussi participé au projet. 

Née en 1841 dans le milieu bourgeois parisien, Berthe Morisot a été encouragée très tôt par ses parents dans son exploration de la peinture, tout comme sa sœur Edma. Celle-ci deviendra d’ailleurs un de ses modèles de prédilection quand elle fondera une famille et laissera de côté sa carrière d’artiste. C’est elle qu’on voit penchée sur son bébé, l’air mélancolique, dans Le berceau, l’une des plus célèbres œuvres de Morisot. 


« L’idée de cette exposition, c’est véritablement de redonner le statut d’artiste à part entière à Berthe Morisot »
Sylvie Patry, conservatrice générale du musée d’Orsay, à Paris, et co-­commissaire de l’exposition

Berthe, elle, persistera dans son travail et commencera à exposer et mettre ses œuvres en marché, afin d’asseoir sa réputation comme artiste professionnelle. Son exploration de la vie bourgeoise de Paris, des femmes au travail (broderie, couture…) et de scènes en plein air, où elle tente de fondre personnages et paysage sous une même lumière, feront qu’elle sera vite remarquée par la critique. 

«Très tôt dans sa carrière, elle s’affiche comme l’une des plus audacieuses, c’est presque abstrait parfois. C’est étonnant, et ça a été reconnu à l’époque par la critique, qu’elle était la plus impressionniste des impressionnistes — ce qui n’était pas tout à fait positif à l’époque», a expliqué lors d’une visite hier la co-commissaire Nicole R. Myers.

Elle sera la première et seule femme à faire partie du groupe impressionniste lors de son exposition inaugurale en 1874. Ensuite, elle n’a jamais cessé d’y prendre activement part, même après son mariage avec Eugène Manet, le frère du plus célèbre Édouard, et la naissance de sa fille Julie. Cette dernière deviendra d’ailleurs un de ses modèles préférés. 

Rassembler la soixantaine d’œuvres de l’exposition, totalement inédites au Canada, a été un travail de longue haleine, en marche depuis 2013. C’est qu’une des raisons qui peut expliquer le relatif anonymat de Berthe Morisot, malgré son apport indéniable au mouvement impressionniste, est que la plupart de ses œuvres sont restées, après sa mort, dans le circuit des collectionneurs privés, et ce, jusqu’à aujourd’hui. D’où le caractère très particulier de la présente exposition, insistent les deux commissaires. 

Le choix du sous-titre de l’exposition, Femme impressionniste, n’a d’ailleurs pas été fait au hasard. «Le terme d’impressionniste, c’est pour l’ancrer dans un mouvement dont elle a été une des participantes majeures», résume Sylvie Patry. «Et ce terme de femme, c’est pour montrer qu’effectivement elle a peint dans un contexte historique et social donné [qui n’était pas évident pour les femmes artistes], mais en aucun cas pour réduire sa peinture à une peinture de femme ou féminine, ce qui l’a longtemps desservie», poursuit encore la co-commissaire. «On espère que la force des œuvres réunies ici convaincra les visiteurs que Berthe Morisot est simplement une grande artiste et que la prochaine fois qu’on fera une exposition, on aura juste besoin de mettre son nom, sans femme ni impressionniste.» 

L’exposition Berthe Morisot. Femme impressionniste, présentée jusqu’au 23 septembre, est aussi l’occasion pour le MNBAQ de rouvrir une partie du pavillon Gérard-Morisset, après une cure de jeunesse extensive qui sera terminée en novembre. 

Fait à noter, il sera possible de visiter la nouvelle expo gratuitement en fin de semaine, soit du 23 au 25 juin, à l’occasion des célébrations du 85e anniversaire du musée.