Rayonnante apothéose pour Anthony Roth Costanzo

CRITIQUE / Le contre-ténor Anthony Roth Costanzo et les Violons du Roy ont offert un concert unique, raffiné et éclaté pour clore leur semaine d'enregistrement et le Festival d'opéra de Québec. Leur interprétation sublime des pièces de Handel et galvanisante des oeuvres de Philip Glass nous donnait des picotements dans la poitrine. On les sentait résonner longtemps encore après être sorti de la salle de concert.
La voix d'Anthony Roth Costanzo et la musique des Violons du Roy étaient faits l'un pour l'autre. Les Violons collectionnent les collaborations coups de coeurs, et Costanzo vient certainement de s'ajouter à la liste déjà longue de ceux qui tombent sous leur charme.
On sent déjà qu'une synergie assez exceptionnelle s'est installée entre les musiciens et leur nouveau directeur musical, Jonathan Cohen. Assis au milieu des musiciens, il semblait les guider davantage avec ses yeux qu'avec ses mains, qui s'agitaient comme des oiseaux pendant Handel et avec une précision implacable, mais douce, pendant Glass.
Costanzo a été charmant dans ses interventions et complètement habité par ses rôles lorsqu'il entonnait des airs. Sa voix soutient les notes longues comme si des rayons s'échappaient de ses lèvres pour fendre l'air, se déploie en arabesques incandescentes ou le secoue tout entier lorsqu'il enchaîne les notes courtes du récitatif de Guido dans Flavio. Rarement a-t-on vu un interprète si investi, si radieux. Entre des airs d'une beauté diaphane et d'une intensité hypnotique, les Violons ont interprété le Concerto grosso en ré mineur de Handel avec une énergie leste, vive et inimitable dont on s'était ennuyé depuis la fin de la saison. C'était un bonheur de les retrouver en si belle forme.
La deuxième partie du programme nous a surpris, charmé et conquis. Entendre les Violons et Costanzo jouer du Philip Glass, c'est comme voir de vertigineuses architectures utopiques se construire sous nos yeux. Les extraits de l'opéra Akhnaten, que Costanzo a chanté à plusieurs reprises, nous donnaient un saisissant aperçu de cette histoire de pharaon et de dieu soleil. Pendant qu'altos, violoncelles et contrebasse échafaudaient avec des répétitions infinies l'armature de Hymn, une imposante section de vents construisait patiemment un crescendo aveuglant. Pendant le prélude, Mélissande McNabney a réussi à extirper de l'orgue un son délicat, doux et enveloppant qui ne semblait pas appartenir à l'imposant instrument. Les violoncelles qui se relayaient, l'apparition de Costanzo au deuxième étage et sa déclamation solennelle... tout, du moindre détail aux lignes les plus franches contribuaient à l'ensorcellement qui s'opérait.
The Encounter (d'une délirante beauté intersidérale), In the Arc of Your Mallet et Liquid Days, Part 1, trois pièces rares, spécifiquement arrangées par Michael Riesman pour les Violons et Costanzo, étaient hautement réjouissantes. La voix si irréelle de Costanzo avait perdu un peu de sa portée après ce programme exigeant, mais nous aurions voulu, malgré tout, que le délice s'étire.
Le concert était présenté une seule fois samedi soir au Palais Montcalm.