Rachid Badouri a pris prétexte de passages difficiles de sa vie des dernières années pour faire naître le rire, mais aussi l’émotion.
Rachid Badouri a pris prétexte de passages difficiles de sa vie des dernières années pour faire naître le rire, mais aussi l’émotion.

Rachid Badouri: tendrement drôle

CRITIQUE / Trois ans que Rachid Badouri n’était pas monté sur scène à Québec. Autant dire une éternité pour ses fans qui l’ont accueilli sous un tonnerre d’applaudissements, mercredi soir, à la salle Albert-Rousseau. En retour, l’humoriste a livré un show à saveur autobiographique réglé comme du papier à musique, où il a pris prétexte de passages difficiles de sa vie des dernières années pour faire naître le rire, mais aussi l’émotion.

Car, à l’orée de la quarantaine, Badouri l’avoue lui-même, il était devenu insupportable avec son entourage, un «vrai trou de cul» comme il dit. L’«ancien enfant roi» faisait preuve d’une suffisance crasse. «Qu’est-ce que tu connais à l’humour, Yvon Deschamps?» Une facette de sa personnalité qu’il a dévoilée avec une étonnante franchise.

Cette mise à nu a été l’occasion pour lui de se rappeler ce qu’il a failli perdre avec son comportement outrancier. Dont la femme de sa vie. Visiblement ému, l’humoriste est resté de longues secondes sans dire un mot en racontant ses tentatives pour la reconquérir. Qui a dit qu’on ne faisait que rire dans les shows d’humour?

La peur de la mort

À l’aise dans son coton ouaté bourgogne à capuchon, Badouri s’est aussi attardé à ses craintes existentielles, dont la peur de la mort. En cela, la foule a été servie à souhait avec une flopée d’anecdotes de son cru, dont plusieurs découlant d’un séjour à l’hôpital après avoir été frappé par la cellulite, une proche cousine de la bactérie mangeuse de chair. Diminué physiquement, il a dû s’en remettre à sa douce moitié pour sa toilette intime. «Laisse jamais ta blonde te laver avec une débarbouillette, elle va te le remettre dans la face pour le reste de tes jours...» 

Les multiples tests médicaux subis ont donné lieu à des moments désopilants. Scanner, bronchoscopie, l’inévitable toucher rectal de la prostate, le Rachid ne l’a pas eu facile. «Mes orifices ont tout donné, comme à une journée portes ouvertes au cégep : tu vas chercher de l’info, pis tu sors.»

Racisme

Si les premiers instants de la soirée ont été plus faibles, avec les sempiternelles différences entre les Parisiens et les Québécois, il n’a pas fallu longtemps pour qu’il fasse flèche de tout bois sur le thème du racisme. L’humoriste s’est gentiment moqué de ses origines marocaines et de la langue arabe, pas toujours séduisante au premier abord, rien à voir avec celle des Latinos. «Même l’herpès en espagnol, c’est romantique.» N’empêche, n’eût été des Arabes, a-t-il relevé, les Québécois seraient pris avec les chiffres romains. «Essaye de laisser ton numéro de téléphone en chiffres romains à une fille...»

Le sympathique humoriste a aussi rendu hommage à la gent féminine. Sa description de l’accouchement de sa femme était particulièrement hilarante. «Qu’est-ce qu’on a foutu dans ce projet de conception, les boys, à part faire un dépôt?»

Ce père hyper protecteur a également partagé sa crainte de voir sa fille être victime de violence. D’où sa décision de l’inscrire à des cours d’arts martiaux. Un passage où l’humour s’est fait discret, tellement l’humoriste prend l’affaire au sérieux.

En fin de spectacle, le héros de la soirée a eu la surprise de voir sortir des coulisses sa femme, sa fillette et ses collaborateurs (dont Laurent Paquin) qui lui ont remis un billet d’or pour la vente de 63 000 billets de son spectacle. Badouri en a profité pour présenter fièrement à la foule son père, présent dans l’assistance.

Une conclusion à l’image du spectacle : tendrement drôle.

Rachid Badouri est de retour à la salle Albert-Rousseau les 9, 10 et 11 janvier, ainsi que les 7-8 et 9 mai.